Le trafic de personnes d'Haïti vers l'Amérique du Nord et d'autres pays des Caraïbes, notamment la République dominicaine et les Bahamas, augmente d'année en année. Le Groupe d'appui aux réfugiés et rapatriés (Garr) a recensé 3 000 cas de trafic de personnes vers la République dominicaine entre 2005 et 2006. En 2007, le chiffre a atteint le pic de 19 000. La hausse s'est poursuivie avec seulement, pour le mois de janvier 2008, 5 000 cas recensés.
Fuir la misère, la violence physique, trouver une vie meilleure pour soi et les siens, sont les motivations qui embarquent, à destination des Etats-Unis ou des Bahamas, les hommes et femmes sur les bateaux de fortune à l'épreuve d'une mer houleuse, aux morsures de requin... ou les font se jeter, à destination de la République dominicaine, entre les mains de passeurs malhonnêtes.
Mais le rêve tourne souvent au cauchemar, car leurs conditions de vie ne se sont pas améliorées dans le pays d'accueil. C'est du moins ce qu'illustre l'exposition de photos de coupeurs et coupeuses de canne haïtiens en République dominicaine, dans le cadre d'un forum binational sur la traite et le trafic de personnes, tenu , à l'initiative du Garr, au local du ministère de la Culture et de la Communication.
Ces photos, prises sur le vif, témoignent que la République dominicaine n'est pas la terre promise. Elles montrent notamment : un coupeur de canne, les vêtements sales, avec, sous le bras, une machette qui lui a sans doute amputé la main, des enfants mâchant de la canne à sucre faute de mieux, une fillette chétive et mal nourrie qui sourit quand même face à la caméra.
Le forum prendra fin ce jeudi et projette, selon Collette Lespinasse, coordonnatrice du Garr, de compiler les revendications des participants et participantes relatives aux droits économiques, sociaux et culturels. Ces revendications seront soumises aux autorités concernées.

« Une façon de dire les mesures qui doivent être adoptées dans l'immédiat en faveur des groupes sociaux défavorisés, notamment les paysans, paysannes, les femmes et les enfants susceptibles d'être manipulés par les passeurs. Nous savons que c'est parmi la paysannerie sans terre que se recrute la main-d'oeuvre des champs de canne de la République dominicaine. Ceux et celles qui tombent dans les filets des trafiquants, sont des jeunes désabusés, sans foi dans le pays et dans l'avenir. Donc, ces résolutions seront soumises au gouvernement puisque, nous autres, nous travaillons en vue d'un changement dans l'État. Depuis deux ans, nous demandons au Parlement de voter une loi contre le trafic et la traite des personnes. Aujourd'hui, nous réitérons cet appel. Certes, il existe une loi sur la traite, mais les deux phénomènes, à savoir la traite et le trafic des personnes, sont liés. Donc, une loi qui se veut efficiente, doit englober les deux phénomènes », a martelé Collette Lespinasse.


Les femmes et les enfants : cibles privilégiées des trafiquants
77 % des victimes du trafic et de la traite à travers le monde sont des femmes. La prostitution, le travail domestique, l'assujettissement à un partenaire violent, sont souvent leur sort. Présente à l'ouverture du forum, la ministre sortante à la Condition féminine et aux Droits des femmes, Marie Laurence Jocelyn Lassègue, a proposé la création d'une concertation nationale pour résoudre le problème, incluant la société civile, l'État et des organismes internationaux.

« Souvent, des jeunes femmes, victimes des trafiquants, portent plainte au ministère. Ce sont, dans la majorité des cas, des jeunes filles à qui l'on a promis des bourses d'études dans des universités en République dominicaine. Une fois là-bas, elles se retrouvent dans des réseaux de prostitution ou comme bonnes à tout faire. Certaines femmes, qui ont accompagné leur partenaire à l'étranger, et dont le passeport a été confisqué par ces derniers, s'en retrouvent prisonnières. Ce sont des phénomènes connus de nous et sur lesquels le ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes agit. De par son rôle transversal, le ministère travaille avec d'autres instances de l'État pour donner des réponses à la pauvreté des femmes : déféminiser la pauvreté. Bref, stopper la violence contre les femmes, l'une des causes de la traite. Tout comme la concertation nationale contre la violence faite aux femmes a permis de porter une réponse à la violence, nous pensons qu'une concertation peut porter fruit dans la lutte contre la trafic et la traite des femmes. Bien sûr, il existe un comité interministériel sur la question, mais une concertation renforcera le travail », a soutenu Marie Laurence Jocelyn Lassègue.


Source: Le Matin