Les 391 kilomètres de la frontière haitiano-dominicaine sont contrôlés par une force armée de la République voisine : le Corps spécialisé pour la Sécurité frontalière (CESFRONT). Il y avait pourtant possibilité d'avoir une force binationale pour la surveillance frontalière, si les autorités haïtiennes avaient manifesté plus d'intérêt à l'initiative de l'Organisation des Etats américains (OEA) et du Pan American Development and Foundation (PADF) en octobre 2005.

Le 23 juin 2005, les autorités dominicaines, dont le président Léonel Fernandez, avaient organisé, sous le haut patronage de l'OEA et du PADF, un sommet frontalier à Santo-Domingo pour discuter de la question migratoire et des dispositifs sécuritaires pour mieux gérer les relations frontalières entre Haïti et la République dominicaine. A l'issue de cette rencontre, les participants s'étaient mis d'accord sur la nécessité d'améliorer les relations entre les deux peuples et de créer une force binationale ayant pour tâche, quelque peu délicate, la surveillance frontalière.

Quatre mois plus tard, soit les 5 et 6 octobre 2005, les deux organisations internationales avaient convoqué les assises en Haïti. Dans un atelier national organisé au Karibe Convention Center, les autorités haïtiennes avaient engagé aussi les débats sur la mise en place d'une structure de police et militaire des deux côtés de la frontière chargée d'appliquer les lois qui régissent la migration. Le gouvernement de transition avait alors déclaré qu'il n'était pas en mesure de mettre à exécution un tel projet. « A cette époque de transition, les autorités gouvernementales avaient déclaré qu'ils ne pouvaient pas s'engager », se rappelle encore le directeur régional du PADF pour Haïti, Joseph Félix, qui avait participé à cet atelier de travail.

Des mois ont passé, aucune décision bilatérale concrète n'a été prise. Finalement, les autorités dominicaines ont décidé à elles seules d'assurer la sécurité de la frontière en créant, en octobre 2007, le Corps spécialisé pour la Sécurité frontalière (CESFRONT). Les membres de cette force armée ont été déployés dans les zones frontalières notamment à Dajabon.
Leur mission serait, selon certains médias dominicains, de lutter contre le trafic de drogue et d'armes à feu, contre la contrebande de véhicules et d'animaux sur la frontière, mais aussi contre la migration clandestine des Haïtiens qui traversent quotidiennement la rivière Massacre pour entrer en République voisine.
De 2007 à nos jours, le corps spécialisé a déjà arrêté et rapatrié des milliers de compatriotes haïtiens sans papiers. Le 26 juillet 2008, quatre-vingt sept d'entre eux ont été interceptés dans un minibus assurant le transport Navarete-Santiago et refoulés dans l'immédiat en Haïti, lit-on dans un article publié sur le site
Listin Diario.
En général, dans ces exercices de rapatriement, les militaires dominicains n'aménagent pas les compatriotes haïtiens vivant en condition illégale sur leur territoire. « Ils sont souvent malmenés, bastonnés par les militaires dominicains qui les entassent dans des autobus pour les refouler en Haïti », a souligné le sénateur Rudolph Boulos qui intervenait le 12 août dernier à l'atelier binational sur la migration et les relations frontalières organisé à Dajabon.
Les militaires du CESFRONT qui contrôlent également le marché dit binational situé à Dajabon sont vertement critiqués d'infliger de mauvais traitements aux petits commerçants haïtiens qui traversent chaque lundi et chaque vendredi le pont jeté sur la rivière Massacre pour s'approvisionner en produits de toute sorte.
Source: Le Nouvelliste