La quinzaine de policiers sous-équipés chargée de la sécurité de la population de Petite-Rivière de l'Artibonite - estimée à 133 000 habitants en 2004 - travaille dans des conditions abjectes. Désireux de voir leurs conditions de travail améliorées, ils ont beau écrire à leurs supérieurs hiérarchiques, mais rien n'y fait.
N'était la vieille couche de peinture bleu et blanc, nul n'aurait cru que le bâtiment délabré situé dans les parages de la place publique de Petite-Rivière de l'Artibonite abrite un commissariat. Avec ses portes démontées, ses murs calcinés, sa toiture dégarnie, sa cour recouverte d'herbes folles, le bâtiment dudit commissariat présente l'aspect d'un espace abandonné depuis belle lurette. Effectivement, il a été mis à sac, il y a de cela quatre ans, lors des événements de 2004. Les dommages n'ont jamais été réparés.
« Il faut beaucoup d'ardeur et de dévouement pour travailler au commissariat de Petite-Rivière de l'Artibonite, explique un policier, l'air indigné. Aller aux toilettes est un véritable cauchemar. Y dormir la nuit est une déclaration de guerre aux souris et aux cafards. Se baigner est un luxe. » Mis à part la carence en eau potable et le rationnement sévère de l'électricité auxquels les policiers sont confrontés, ils font également face à des problèmes d'ordre administratif.
En plus des conditions de travail exécrables, les quelques 13 agents cantonnés au commissariat de Petite-Rivière de l'Artibonite sont sous-équipés. « En terme de minutions, c'est seulement six cartouches que la direction de la PNH fournit à chacun de nous par année, déplore notre interlocuteur sous couvert de l'anonymat. Elle ne remplace même pas les fusils défectueux... »
La négligence des autorités policières est comme un laissez-passer pour les bandits opérant sur les 441,83 km2 de la commune. Là-bas, les véhicules qui transportent les commerçants sont souvent attaqués par des brigands armés. Depuis les événements de 2004, ces derniers se réfugient dans certains coins reculés de la région afin de ne pas être appréhendés après avoir rançonné la population. Nombre de Rivartibonitiennes sont victimes de viol. Pour traquer ces malfrats, les représentants des forces de l'ordre n'ont qu'une motocyclette et un pick-up à leur disposition.
Quant il s'agit de déférer les prévenus devant le parquet des Gonaïves, les policiers ont toutes les peines du monde. « Fort souvent, c'est à nos frais que nous transférons les détenus, rapporte un agent de la PNH avec un sourire moqueur. Même quand la MINUSTAH vient les chercher, les agents qui les accompagnaient, pour y retourner, sont obligés d'utiliser le transport en commun. De ce fait, ils vident leurs poches. »
La carence de matériel à laquelle sont confrontés ces policiers n'est pas sans conséquence sur leur travail. En dépit de leur volonté de fer, ils peinent à traquer les bandits de tout acabit qui terrorisent les habitants des six sections communales de Petite-Rivière de l'Artibonite.
Source: Le Nouvelliste