La population de la capitale, ainsi que celle de nos villes de province, a décuplé au cours des 50 dernières années. Pourtant, les services offerts à la population sont pratiquement les mêmes que ceux proposés il y a des décennies. Pour preuve, Port-au-Prince n'a toujours qu'un seul centre hospitalier public (en très mauvais état), qui date de la première occupation américaine, pour une population qui varie allègrement entre les 2,5 et 3 millions d'âmes, les autres ne méritant sûrement pas le titre d'hôpital.
Les marchés ne répondent plus aux besoins de la population de Port-au-Prince. Certains, construits sous le gouvernement de Florvil Hyppolite, ne peuvent plus, plus d'un siècle plus tard, remplir leurs fontions. Ce ne sont d'ailleurs, de nos jours, que des espaces puants, malsains qui ne respectent aucune norme d'hygiène.
Le résultat est que l'informel a envahi les trottoirs pour répondre aux besoins d'approvisionnement de la population. Tous les quartiers y passent, du centre-ville à Bourdon, du Bas-Peu-de-Chose au Canapé-Vert, de Delmas à Pétion-Ville. Aucune zone n'est épargnée. Et ce n'est pas le résultat du hasard, car ces marchés informels surgissent là où le besoin se fait sentir.
La notion de service devrait rejoindre, dans la logique de nos décideurs, celle de proximité, car on ne saurait exiger d'un consommateur qu'il parcourt 6 ou 8 kilomètres, aller-retour, chaque jour pour faire son marché (c'est un fait connu que la grande majorité des consommateurs vit au quotidien). C'est à peu près la distance qui sépare le haut de Bourdon ou Chist-Roi du Marché en fer, de la Croix-des-Bossales ou du Marché Salomon.
Quoi de plus normal alors que l'émergence d'un marché sur les trottoirs de Lalue ou de Chist-Roi, de Delmas ou de Fontamara ? D'autant plus justifié que les marchés formels (ou reconnus comme tels) ne peuvent plus, depuis longtemps, abriter les commerçants et les apprentis commerçants dont le nombre augmente, logiquement, avec la population.
D'après les dictionnaires et les encyclopédies, « le marché est à l'origine un lieu où des commerçants, des artisans, des paysans se réunissent pour proposer leurs produits directement aux consommateurs ». Et il y en a de plusieurs catégories, par exemple :
- le marché couvert ou "halle" (ou "halles");
- le marché de gros : marché où des grossistes vendent leurs produits à des détaillants ou des revendeurs;
- le marché aux puces : marché où l'on trouve des articles d'occasion ou de seconde main (meubles, vêtements, livres...).
En ce qui nous concerne, notre priorité serait la construction de halles dédiées spécifiquement à une catégorie de produits. Ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, informel n'est synonyme ni d'illogisme ni de désorganisation. Ainsi, on remarquera que nos commerçants s'organisent pour se regrouper en fonction de leurs activités. A Bois-Patate, les marchands de fruits et de légumes, au bas de la rue Magny, les marchands de sandales et autres articles en cuir, par exemple, se regroupent, offrant à leur clientèle un plus grand choix de produits.
Pourquoi donc ne pas suivre cette démarche en concevant, non pas de vastes marchés qui, généralement, deviennent rapidement insalubres, mais en créant, dans chaque quartier, des petits espaces de vente couverts qui permettraient de libérer les trottoirs tout en respectant la logique de satisfaire des besoins évidents dont la manifestation est la création des marchés informels.
La création de ces espaces, qui pourraient être aménagés de façon agréable (espaces verts, aire de restauration, toilettes, etc.), pourrait être une solution au manque de disponibilité d'espace, dans la région métropolitaine, pour la création de grands marchés.
Ainsi, il serait plus facile et moins onéreux d'avoir des marchés dédiés (marchés aux fruits, aux légumes, marché d'artisanat, marché aux puces, etc.), conçus pour recevoir, au plus, une cinquantaine de commerçants. Peut-être que la dimension réduite de ces points de vente les rendrait plus gérables et permettrait aux citoyens de faire leurs emplettes dans des espaces propres et agréables, loin de la boue, des piles de fatras et des mares d'eau malodorantes à côté desquelles les produits alimentaires que nous consommons sont exposés à même le sol, situation qui facilite la propagation de toutes les maladies du péril fécal-oral (parasitoses, ascaris, thyphoïde...).
Une idée comme une autre.
Source: Le Nouvelliste