Les sénateurs peuvent-ils accorder un vote de non-confiance à la déclaration de politique générale du gouvernement de Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis, ratifiée par la Chambre des députés, vendredi dernier, par une écrasante majorité ?
L'obstacle du Sénat de la République paraît insurmontable, en dépit de la démonstration de force des manifestants pro-Pierre-Louis qui, ce vendredi-là, ont menacé de mettre Martissant à feu si la chambre basse s'avisait de barrer la route au Premier ministre ratifié. Cette grande menace publique ne va-t-elle pas peser sur la Chambre haute ?
La visite du président de la République, René Préval et du Premier ministre ratifié Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis à Cité Soleil, dans le contexte actuel, est interprétée par certains analystes politiques et membres de parti politique comme une menace faite au Sénat de la République si elle compte bloquer l'installation de ce nouveau gouvernement. Cité Soleil est-elle la zone la plus touchée par le cyclone Gustav qui mériterait la sollicitude agissante d'un Premier ministre non encore en selle ?
Faut-il, dans le même esprit, considérer comme une pression (non comme une menace) la déclaration de l'ambassade des Etats-Unis d'Amérique suite au vote des députés ? L'ambassade «s'engage à travailler étroitement et de manière coopérative avec le nouveau gouvernement une fois qu'il serait installé».

Menace, pression, l'obstacle reste insurmontable si, d'ici à la tenue de cette séance à la Chambre haute, les revendications légales ou légitimes des sénateurs ne sont pas satisfaites ! Les députés ne se sont pas embarrassés de scrupule constitutionnel, procédural ou légale, ignorant royalement l'acte controversé de l'Exécutif nommant par arrêté les membres du nouveau cabinet ministériel et leur installation, en dehors de toutes les normes, à la cloche de bois, dit-on. Les sénateurs peuvent-ils être capables de parjure après avoir signé une lettre publique dans laquelle ils jurent leurs grands dieux que l'arrêté de l'Exécutif est anticonstitutionnel parce qu'il constitue une négation du Parlement, une négation du régime politique prévu par la Constitution de 1987 ?

L'obstacle, s'il n'est pas insurmontable, est de taille, compte tenu de l'effectif des sénateurs, de la configuration du Grand corps. Sur les 18 sénateurs en fonction (la voix du président ne compte pas), Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis ne peut compter, jusqu'ici, sur les voix des sénateurs de l'OPL qui doit regretter amèrement de ne pas détenir une majorité confortable au niveau de la Chambre des députés. L'OPL est de ces partis politiques qui mène la résistance pour obtenir le retrait de l'arrêté de l'Exécutif. De même, s'il faut s'en tenir à une logique simple, Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis est automatiquement privée des voix qui se sont abstenues et ont voté contre, lors de la ratification de son choix comme Premier ministre au Sénat de la République.

Les sénateurs peuvent-ils résister aux menaces des manifestants pro-Pierre-Louis, au chantage autour d'un réveil fracassant de la population de Cité Soleil, à la pression de l'ambassade des Etats-Unis d'Amérique et même de la Mission des Nations unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH)... ? Qui va accepter de perdre la face ? Les sénateurs ? Le président et le Premier ministre ratifié ?
Si l'obstacle au Sénat de la République n'est pas surmontable, n'est-il pas de taille ?