Beaucoup de Sénégalais ont vécu en compagnie de journalistes haïtiens en voyage d'études au pays de Léopold Sédar Senghor, le passage en Haïti des cyclones Fay,Gustav et Hanna.
Sur les écrans des chaînes de télévision sénégalaise et étrangère, sur les ondes de leurs stations de radio, le label Haïti, pays le plus pauvre de la Caraïbe, revenait comme un refrain lancinant dans nos tympans. « N'est-ce pas qu'Haïti est à quelques heures de vol de Miami ? » nous rabattaient les oreilles quelques personnes à la pointe de l'actualité.
A la rédaction de Le Soleil, un quotidien sénégalais qui a consacré des pages à Haïti, certains confrères voulaient savoir instamment quelle structure anticyclonique l'Etat haïtien a mis en place pour éviter de pareils drames. Sur Internet, ils décryptaient les informations sur Cuba et découvraient avec intérêt comment l'île castriste s'organisait pour protéger sa population. Les autorités cubaines n'ont recensé que 4 morts après le passage des trois cyclones et ouragans contre quelque 300 cadavres en Haïti.
Sur les sites des quotidiens Le Nouvelliste et Le Matin, des images de désolation crevaient l'écran. Gonaïves, Port-au-Prince, Jacmel, Cayes, Miragoâne sont sous les eaux. A la merci du vent et de la pluie, ces villes étalent une vision apocalyptique.
La ville des Gonaïves inondée donne une ampleur poignante au drame. Des gens perchés sur les toits des maisons, des rues transformées en rivières, des toits de maison ressemblent à des coques de navire renversées. Toutes ces images bouleversantes nous renvoient à la tempête tropicale Jeanne qui, en 2004, avait laissé derrière elle environ 3000 morts et 300 000 sinistrés.
Des questions revenaient incessamment : « Après le passage de la meurtrière Jeanne qu'est-ce qui a été fait pour aider les survivants aux Gonaïves à surmonter le drame ? Y a-t-il eu une prise en charge psychologique ? Les maisons des victimes ont-elles été reconstruites ? Quelle politique environnementale l'Etat a-t-il élaboré...? » Prise en charge psychologique, non. Traumatisée, la population des Gonaïves développe cependant un réflexe collectif. Aux moindres averses, elle se réfugie sur les toits des maisons ou gagne les montagnes les plus proches. Les moins chauvins ont carrément abandonné la ville martyre.
Vu et entendu
En bon capitaine, El Bachir Sow du quotidien Le Soleil essaie de remonter le moral des journalistes haïtiens en voyage d'études au Sénégal, cet Etat de l'Afrique de l'Ouest qui a bien des similitudes avec Haïti. Il tire du phénomène météorologique l'aspect professionnel du métier. Aussi attire-t-il notre attention sur l'importance du reportage. « La technique du reportage est au centre de notre métier. Le reportage nous permet de recréer la réalité observée et offre au journaliste la grande occasion de mettre tous ses sens en éveil, déclare-t-il, l'index pointé en l'air. Un bon journaliste ira sur le terrain afin de relater de manière vivante ce qu'il a vu et entendu. »
Friand d'informations attractives, vieux routier de papiers qui sortent du cadre monotone des comptes rendus, El Bachir nous suggère de cultiver plusieurs genres journalistiques pour traiter l'information sur ces drames comme l'enquête, le portrait, l'interview etc.
Après des heures de travail éreintant sur le terrain, à la rédaction, les journalistes des presses écrite et parlée - qui ont fait le voyage d'études dans le cadre du programme de Population Reference Bureau sur la santé reproductive et les questions de genre - se retrouvent à l'hôtel et trouvent encore le courage de visiter les sites qui informent sur Haïti. On se branche sur les stations en ligne comme radio Métropole pour être au courant des dernières nouvelles.
A l'hôtel, les gens nous pressent de questions et s'alarment à propos des intempéries qui mobilisent l'attention du monde. « Il y a quelques jours que Gustav et Fay sont passés sur Haïti, n'est-ce pas ? » On n'a pas encore fini de compter les morts, de panser les blessures, on n'a pas encore dressé le bilan des ravages et Hanna fonce sur l'île.
Haïti, Sénégal : signes particuliers
Entre deux bouchées, il pleut sur Dakar. Rues, avenues et boulevards sont transformés en de longs fleuves tranquilles. Il est 20 heures. Les gens s'agglutinent dans le restaurant de l'hôtel et regardent la télévision tout en consommant un thiboudieune, espèce de riz brisé mélangé de tamarin et arrosé de citron. Un cocktail dont seul le Sénégal à la recette. La télévision diffuse des images de désespoir sur Haïti. Pendant qu'on a les yeux rivés sur le petit écran, soudain, un serveur de l'hôtel lance : « Mais, c'est le Sénégal ! »

Il nous a fallu parcourir juste quelques kilomètres de ce pays de l'Afrique de l'Ouest pour comprendre l'étonnement de ce serveur. Pendant la navétane, appelée encore l'hivernage au Sénégal, il pleut chaque jour pendant au moins quatre mois. Ce pays plat à cause du problème d'assainissement vit les pieds dans l'eau. A Guédiawaye, une banlieue dakaroise insalubre, qui étale ses misères comme si on vivait à Cité Soleil, les habitants vivent éternellement dans la peur des inondations.
« Guédiawaye est une localité où il ne fait vraiment pas bon vivre, en ce moment. Certains quartiers de cette ville vivent entre la psychose des inondations, le calvaire de l'insalubrité et la recrudescence des agressions », écrit Daouda L. Gbaya, dans l'édition du 3 septembre de Le Quotidien.
Cette similitude, ces traits chaotiques présents dans les réalités sénégalaise et haïtienne prennent une résonance particulière pour El Bachir Sow qui a déjà fait plusieurs voyages en Haïti. Il nous fait remarquer avec une pointe d'humour : « Par ces aspects, l'Haïtien ne se sent pas tellement dépaysé. »
Ce voyage d'études au Sénégal dans les domaines de la santé de la reproduction et de l'égalité des sexes a été supporté par Population Reference Bureau (PRB)
Source: Le Nouvelliste