Les informations de presse sont unanimes. C'est tout le pays qui est, à des degrés divers, affecté par le passage des cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike. Les besoins sont énormes pour panser les plaies et pour réparer les dommages.
Dans les semaines à venir, la faim et le désespoir vont s'abattre avec rage sur des régions entières. Des hommes, des femmes et des enfants vont souffrir dans leur chair et dans leurs rêves.
Nous sommes tous concernés.
Pour passer ce cap douloureux, nous devons tous faire preuve de solidarité et espérer que le monde entier viendra à notre secours. Chacun doit participer à sa façon à la grande chaine de solidarité et répercuter l'appel à l'aide du gouvernement.
Habituée à gérer une ONG, la Fokal, qui comme les autres institutions de ce genre n'a pas de compte à rendre à la population quand elles engrangent et engagent des fonds en son nom, Michèle Duvivier Pierre-Louis se trouve devant une revendication majeure de la crise engendrée par les cyclones en série qui viennent de frapper le pays : contrôler l'action des organisations non gouvernementales.
Au fil des ans, les ONG, profitant de la déliquescence des institutions locales et des petites délinquances répétées de l'Etat haïtien, sont devenues les interlocutrices privilégiées et crédibles des bailleurs de fonds.
De crise en crise, elles ont récupéré des pans entiers des prérogatives gouvernementales locales et nationales.
Mieux armées pour mener la guerre des relations publiques, mieux introduites auprès des cercles de décision des pays amis et surfant encore sur l'image qu'elles ne font que nous aider, des ONG qui creusaient des latrines il y a quinze ans gèrent aujourd'hui des projets grandioses et les millions qui vont avec.
Il suffit à une ONG de tenir sa comptabilité à la satisfaction des bailleurs pour que personne ne s'inquiète des résultats concrets de ses opérations sur les populations concernées.
Et comme tout cadre haïtien qui se respecte rêve d'avoir un poste dans une ONG, le consensus social est solide pour tout accepter de ces bons samaritains qui s'aident plus qu'ils ne nous aident.
Rutilantes 4X4, gros salaires, aucun compte à rendre à la nation, et avec la tranquille arrogance de ceux qui savent qu'ils sont indispensables, les ONG gèrent nos catastrophes avant et après les crises sans s'inquiéter ni des morts ni du suffrage des électeurs ou d'une virtuelle sanction de leur employeur de référence : la misère en Haïti.
Et nous voilà pris au piège, quatre cyclones et notre incurie aidant, de laisser l'urgence nous acculer. Nous, l'Etat et tous les citoyens de ce pays, allons, encore une fois, passer aux yeux du monde entier comme les pires corrompus de la terre et les plus grands «manfouben» de la planète.
Nous avons besoin de la solidarité de tous les amis possibles et des ONG, mais soyons vigilants.
Source: Le Nouvelliste