Alors que les interventions du gouvernement et de la communauté internationale tendent à se focaliser en majeure partie sur la ville des Gonaïves, des voix se font entendre dans d'autres régions du pays où les tempêtes tropicales et ouragans Fay, Gustav, Hanna et Ike ont laissé des victimes sur leur passage.
« Nous n'avons encore rien reçu du gouvernement alors que la liste des victimes des tempêtes tropicales qui ont littéralement saccagé la ville s'allonge de jour en jour », a confié ce jeudi la maire adjointe des Cayes, Hervé Adine Mona Hector au journal Le Nouvelliste. Mme Hector, n'est pas la seule à se plaindre du fait que les interventions du gouvernement tardent à arriver dans le département du Sud.

Le député de la circonscription Cavaillon/Saint-Louis du Sud, Mervius Félix Jean, a tiré lui aussi la sonnette d'alarme en faveur des milliers de sinistrés de la circonscription qu'il représente au Parlement. « Plusieurs de nos sections communales, notamment Solon et Grande-Rivière, ont été totalement saccagées par les intempéries. Mais, jusqu'ici, aucun membre du gouvernement ne s'est penché sur notre cas », a indiqué le député Mervius qui reproche au gouvernement de mobiliser toutes ses ressources sur Gonaïves alors qu'il fait peu de cas des autres régions affectées par les intempéries.

Les complaintes viennent aussi du département du Sud-Est, notamment dans les communes de Belle-Anse et de Bainet. « Ma cousine ne cesse de m'appeler pour me dire que la situation est très difficile à Bainet et que les habitants n'ont reçu jusqu'à présent aucune aide », a expliqué une jeune dame, originaire de cette commune. Là-bas, le bilan des dégâts causés par les intempéries est alarmant, selon le député Malherbe François qui précise que « l'aide du gouvernement arrive timidement dans la commune ».
Les attentes sont pourtant énormes et pressantes tant sur le plan nutritionnel, sanitaire que socioéducatif. « Nous avons déjà enregistré 37 989 familles sinistrées. Jusqu'à maintenant, les neufs sections communales de Bainet ne peuvent entrer en contact avec la ville. Quatorze écoles ont été endommagées et trois autres complètement détruites », a succinctement énuméré le parlementaire.
La Grand'Anse aussi attend de l'aide
La situation n'est pas meilleure dans le département de la Grand'Anse qui compte 12 communes dont plusieurs d'entre elles ont été considérablement touchées lors des dernières intempéries. « Presque toutes les neuf sections communales de la commune de Jérémie, particulièrement la 7e section Marfranc, ont été inondées », a déclaré le maire adjoint, Dany Luc, qui dit ignorer l'arrivée de l'aide humanitaire dans sa commune.
« A Chambellan, les dégâts sont considérables, a affirmé le maire Vital Chevalier indiquant que les 40 000 gourdes reçues depuis quelques jours par ses adjoints de la part de la protection civile pour gérer des situations d'urgence sont insuffisantes pour voler au secours des sinistrés. Le marché public a été complètement ravagé, des tronçons de route ont été endommagés et les berges de protection installées sur la rivière ont été saccagées. »
Selon M. Chevalier, ces berges de protection, qui représentent actuellement un véritable danger pour la population, doivent être remplacées dans l'immédiat. « C'est un besoin urgent que doivent satisfaire impérativement les autorités centrales. »
Plus loin, le maire Chevalier a rappelé qu'un projet de reconstruction a été acheminé au ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales bien avant le début de la saison cyclonique de 2008, mais rien n'a été fait jusqu'à présent. Pourtant, dit-il, le ministre Paul Antoine Bien-Aimé s'était montré favorable au démarrage des travaux, lors d'une rencontre au Palais national, le 23 mai 2008. Six millions de gourdes, tel est le montant qui devait être débloqué pour réaliser ce projet qui, à présent, pourra coûter quatre fois plus que la somme initiale, selon les estimations du maire.

A l'instar d'autres communes, l'aide humanitaire n'arrive pas encore à Dame-Marie, à en croire le maire titulaire Clinton Jeanbon. « Nous avons entrepris des démarches auprès des autorités centrales, mais rien n'est encore fait jusqu'ici en termes d'assistance », a dénoncé le maire avant d'ajouter : « Nous avons seulement été informé qu'un bateau chargé de nourriture pourrait se rendre sous peu dans la ville afin de venir en aide aux sinistrés. »
Dans cette commune d'environ 40 000 habitants, des dizaines de maisons ont été détruites, notamment dans la 1ère et la 7e section, le tronçon de route Dame-Marie/Jérémie a été considérablement endommagé et des dizaines de familles sinistrées vivent dans des conditions difficiles. Actuellement, a rapporté M. Jeanbon, beaucoup de personnes hébergées se voient dans l'obligation de rentrer chez elles.
Le passage des tempêtes tropicales et ouragans Fay, Gustav, Hanna et Ike a provoqué d'énormes pertes en vies humaines et matérielles dans le pays (plus de 300 morts selon un bilan encore provisoire des autorités haïtiennes). Rien que dans les départements du Sud, Sud-Est et Grand'Anse, des dizaines de morts ont été recensés et des dizaines de milliers de personnes sont sinistrées... Et ce n'est pas encore terminé. Car la cyclonique ne prend fin que le 30 novembre. Ce qui inquiète de plus en plus les populations des zones vulnérables.
Source: Le Nouvelliste