12 803 772 gourdes ont été récoltées, dimanche 14 septembre 2008, lors du télémarathon organisé au Parc Historique de la Canne à Sucre. Retour sur cette journée placée sous le signe de la solidarité.

Simple et élégante dans un tailleur blanc, Marlène , 46 ans, traverse le Parc historique de la Canne à Sucre, à Tabarre, le dimanche 14 septembre 2008. Direction : la tente installée au fond, derrière le stand, où seuls les dons en nature sont collectés par des scouts. Une bible sous l'aisselle gauche, un sachet en plastique à la main droite, cette mère de quatre enfants remet des vêtements qu'elle a pris le soin de laver et de repasser. «C'est tout ce que je peux donner», susurre-t-elle, avec, dans la voix, de la compassion et de l'amour. Sur ses talons, des gamins en sueur trimbalent des boites en carton alors que le chef de l'Etat ou plutôt le citoyen René Préval, se présente, un peu avant 10 heures du matin, au panel de journalistes qui donnent des consignes aux auditeurs et téléspecteurs des réseaux ANMH et AMIH à l'occasion du télémarathon.

A son tour, René Préval reprend, avec ses mots, l'essence du message du comité organisateur. «La quantité importe peu.C'est le geste qui compte. Le geste de solidarité. Le geste d'amour et d'amitié». Le visagé fatigué, comme s'il était insomniaque, l'élu du 7 février 2006, après maintes hésitations, concède à Hérold Jean-François que l'extrême vulnérabilité du pays est consécutive à plusieurs décennies de dégradation de l'environnement. Selon lui, cette situation est aussi et surtout le «reflet de la crise que traverse l'ensemble de la société».

A la limite rassembleur, le président de la République appelle à une «réflexion commune» susceptible de créer une conscience collective face à la gravité et la complexité de la problématique environementale. Un tantinet évasif, sur les interventions à court, moyen et long terme des pouvoirs publics pour contrer la dérive environnementale, il a fait valoir son point de vue quant à la nécessité de créer de la richesse dans la paysannerie parallèlement aux «travaux de réhabilitation». Le choix est déchirant pour le paysan. Laisser son enfant mourir de faim ou couper un arbre pour en faire du charbon, explique-t-il, déplorant au passage l'instabilité politique responsable de la difficulté à concevoir et implémenter sur le long terme des politiques publiques d'intérêt collectif. L'instabilité politique, une allusion au cinq derniers mois sans gouvernement légitime, est responsable du report de la conférence des bailleurs qui devait se tenir en Haïti au mois d'octobre, souligne-til.

Un peu plus ponctuel, le président Préval soutient que le rétablissement des communications terrestres est l'une des priorités du gouvernement dans la première phase des opérations de secours. «Il y a 6 kilomètres de route entre Ennery et Gonaïves qui ont pratiquement disparu», dit-il révélant qu'un pont métallique est déjà disponible pour relier ces deux villes. Dans le chapitre de l'aide publique aux sinistrés et aux populations vivant une situation précaire à cause des dégâts causés par Fay, Gustav, Hanna et Ike, il affirme qu'une enveloppe de 5 millions de gourdes sera allouée à chaque commune.

Comme l'apôtre Jean, René Préval va prendre son bâton de pèlerin. Pendant et en marge de la 63e Assemblée générale de l'ONU le 26 semptembre,à New York, il promet de sensibiliser le monde sur le drame que vit le peuple haitien avant, avec son chéquier personnel, de passer faire son don. Entre l'annonce de la collecte du premier million de gourdes, du nombre de SMS faite par Mathias Pierre, de l'AGERCA, du one man show de Kako, des navettes de personnalités de la presse , de la société civile, du Parlement et de donateurs sur le panel, le Premier ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis exprime, elle aussi, sa solidarité en venant au parc.

Fraichement rentrée des Gonaïves où la situation est toujours compliquée quelque dix jours après Ike, Michèle D. Pierre-Louis croit que «toutes crises offrent des opportunités». «Ce n'est pas le moment de la résignation.Il faut changer les paradigmes pour reconstruire le pays dans un élan de solidarité. Nous ne pourrons pas le faire seul. On aura besoin de l'aide de la communauté internationale», précise l'ex-patronne de la Fokal qui prêche une réflexion sérieuse, une nouvelle politique d'aménagement du territoire. Constante dans ses interventions, le centre de tabulation,à 16 heures 28 informe que 10.169.444 gourdes sont collectées sous les vivats de nombreux volontaire et d'une brochette d'artistes dont Michel Martelly, Fabrice Rouzier, Kéké Bélizaire. On n'était pas loin d'atteindre les 12 803 772 gourdes recueilies à la fin de l'exercice saupoudrés d'un mini-concert, de jams notamment de Wyclef Jean.
Sur Magik 9
A Fas pou Fas sur Magic 9, lundi 15 septembre, le Dr Réginald Boulos s'est montré satisfait. C'est l'élan de solidarité, la transcendence des clivages de toute sortes qui m'a marqué. «Il n'y avait pas Racing /Violette, de mulâtres contre noir, de Djakout/T-Vice....Il y avait des Haïtiens mobilisés pour aider leurs compatriotes à faire face à une situation difficile», note M.Boulos dont les remerciements aux volontaires n'en finissaient plus.
Les dons collectés seront acheminés à ceux qui en ont le plus besoin.Une référence aux endroits du pays qui ne bénéficient pas de l'attention des Gonaïves, informe-t-il en rapelant l'engagement du comité de réaliser les opérations dans la plus grande transparence. «La solidarité se poursuivra. A Miami, l'idée d'un marathon fait son chemin, ajoute-t-il en annonçant pour le 27 septembre une vente aux enchères dont le produit sera donné aux sinistrés. Après délibération avec le comité, je pourrais vous donner plus de détails sur cet évènement»,dit-il.

La Chambre de Commerce et d'insdustrie d'Haïti (CCIH), l'Association des Médias Haïtiens (ANMH), l'Association des Médias Indépendants Haïtiens (Amih), Unitransfer, Camtransfert, Digicel, Voilà, la Fondation Canez Auguste... sont parmis une douzaine d'organisations de la société civile ayant contribué à la réussite de ce télémarathon dont les fonds seront versés à l'Association pour la Gestion des Risques et la Continuité des Activités (Agerca). Même si les 100.000 appels pour 100 millions de gourdes n'ont pas été atteints, le capital de solidarité récolté est inestimable, estime plus d'uns.Ce n'est pas Marlène et les milliers de donateurs qui diront le contraire...
Source: Le Nouvelliste