Un petit pont est vite jeté - 15 jours après - sur la rivière de Montrouis par les responsables des Travaux publics en vue de faciliter les échanges entre Port-au-Prince et les autres départements du Grand Nord. Ce pont provisoire semble ne pas convaincre les habitants de Montrouis qui exigent beaucoup plus. De l'aide gouvernementale et l'asphaltage du tronçon ouvert en la circonstance.
Au bord de la rivière de Montrouis, ce vendredi, une foule constituée d'une trentaine d'individus, en majorité des femmes, attend de pied ferme le ministre des Travaux publics, Transports et Communications. Jacques Gabriel doit venir inaugurer le petit pont de 60 m, dit provisoire, jeté sur cette rivière. En même temps, le ministre devait procéder à l'ouverture à la circulation de la déviation percée sur trois km en vue de rétablir la communication entre Port-au-Prince et le grand Nord.
En fait, Jacques Gabriel doit prendre son baptême de feu à Montrouis, où la rivière a emporté le troisième pont jeté au-dessus d'elle lors des dernières intempéries.
« On a vu l'énergie mise par les autorités à réaliser ce pont. Elles sont en mesure de voler à notre secours, étant au courant de ce qui nous est arrivé », lance Elsie Dolciné, une petite commerçante.
Le discours du nouveau ministre des TPTC ne convainc personne. D'ailleurs, l'énumération des travaux entrepris par son ministère au niveau de certaines routes et des différents ponts endommagés par les intempéries semblent ne pas les concerner.
« Il est évident que les travaux vont très vite», déclare le ministre. «Nous avons déjà débuté avec les travaux sur la Nationale # 3, poursuit-il. Nous travaillons à réhabiliter le pont d'Ennery. Des études sont en cours en vue de reconstruire le pont de Mirebalais, tandis qu'à Miragoâne nous nous sommes mis au travail pour mettre en état la route affectée très sérieusement par l'étang. »
« Nou pa santi prezans Leta nan Monwi », « Nou bezwen manje », lit-on parmi sur les nombreux petits écriteaux.
200 maisonnettes ont été détruites et 300 endommagées à la 8e section communale de l'Arcahaie, selon M. Lamanière. Du bétail et des champs ont été emportés par les eaux.
Ce qui préoccupe le plus les habitants de Montrouis, c'est la voie percée au beau milieu de leurs champs. « Si ce tronçon de route reste en terre battue, il tuera de sa poussière ce qui reste de nos plantes », avance Elsie dans la foulée, pour expliquer leurs inquiétudes.
Cette femme qui a passé plusieurs minutes à discuter, sous un soleil ardent, avec le ministre sort un peu satisfaite. « Il nous promet de faire jeter de l'huile sur la route afin de diminuer la poussière, lâche-t-elle, un tantinet peu convaincue. On attend que ses promesses portent fruit. »
Avec la présence permanente de passagers à Montrouis, les activités commerciales s'étaient intensifiées suite à la décision des autorités d'interdire le passage sur le pont. Les autorités locales se font déjà du souci avec l'ouverture de cette route « contestée » dont elles craignent une prolongation de l'utilisation. « Cette route, révèle Jean Caréna Lamanière, représente une menace à la fois pour l'agriculture locale et le petit commerce après une courte période de bonne moisson. »
Source: Le Nouvelliste