Seulement 7 % des 108 millions demandés par Ban Ki-moon ont pu être collectés. René Préval, qui n'a pas pu donner l'impulsion nécessaire à la mobilisation pour la reconstruction d'Haïti se rend compte que les «blancs » ont d'autres soucis : récession, crise alimentaire et énergétique, entre autres.
Le président René Préval est revenu bredouille de son périple new-yorkais. Le ton alliant gravité et décontraction, il a en effet confié que seulement 7 % des 108 millions de dollars d'aide d'urgence demandé par l'Onu en faveur d'Haïti ont jusqu'ici été collectés. La crise financière américaine déja plombée par les envolées des cours du pétrole, et des produits alimentaires, la menace de récession de l'économie mondiale sont à l'origine de cette « lenteur », a-t-il expliqué à un parterre de journalistes le dimanche 28 septembre 2008, à l'aéroport international Toussaint Louverture.
« Nous ne devons pas compter sur l'international pour trouver l'argent nécessaire à la reconstruction du pays », a ajouté le président Préval qui appelle à une « mobilisation civique » nationale transcendant les clivages pour faire face aux défis rendus plus ardus après le passage de quatre cyclones dévastateurs sur Haïti en moins d'un mois.
René Préval s'est par ailleurs montré inquiet face à la flambée des prix des produits alimentaires alors que quelque 3 millions d'Haïtiens vivent une situation d'insécurité alimentaire. « L'année dernière, à la même époque, la tonne du riz coûtait 330 dollars, aujourd'hui, il coûte 730 dollars américains. En un an, le prix du riz dont se nourrit la moitié de la population a doublé », a-t-il dit en rappelant sa détermination à miser gros sur l'agriculture nationale.
L'élu du 7 février 2006 a indiqué que deux cents tracteurs et 25.000 tonnes d'engrais seront achetés dans cette perspective. Le ministère de l'Agriculture qui avait pris un coup de vieux est en train d'être rajeuni. Aux côtés du ministre Gué, deux jeunes secrétaires d'Etat à la Production animale et végétale ont été nommés pour redynamiser le secteur, a-t-il fait savoir.

Attendu à Miami vendredi où il doit participer à un lever de fonds en faveur d'Haïti à l'initiative du journal Miami Herald, René Préval avait antérieurement placé la barre très haute. Il avait promis avant son voyage à l'ONU de mobiliser la communauté internationale sur la gravité de la situation dans le pays et sur l'urgence d'une contribution rapide et substantielle aux autorités haïtiennes. Le président René Préval, qui avait appelé à briser les paradigmes de la charité dans notre approche de la coopération internationale, a implicitement annoncé des mois difficiles pour les Haïtiens et les Haïtiennes à un moment où l'inflation atteint plus de 18 % au mois d'août 2008.

L'économiste Camille Charlmers, qui a salué le discours ancré à gauche du président Préval qui reprend les arguments traditionnels des alter mondialistes contre le capitalisme sauvage et ses perversités, a cependant indiqué qu'il fallait prendre au mot le président. Il faut qu'il agisse, a poursuivi M. Charlmers qui précise que l'Etat haïtien, dans la pratique, fait exactement le contraire de ce que dit le président à la tribune de l'ONU.
En attendant, à défaut de millions pour la reconstruction du pays, le président appelle à la mobilisation de la nation. Comme panacée...
Source: Le Nouvelliste