L'affaire Natacha Jeune Saintil, la comédienne brutalisée en son domicile mercredi dernier par une escouade de policiers du commissariat de Carrefour dit Oméga, prend une autre ampleur. En attendant les suites légales, quatre policiers impliqués dans cet acte barbare sont mis en isolement.
Une première étape vient d'être franchie dans l'affaire Natacha Jeune Saintil. Conformément à la loi, quatre des policiers ayant brutalisé mercredi dernier la comédienne ont été mis en isolement. « Dans ce genre de situation, l'institution policière prend les mesures qui s'imposent et inflige des sanctions disciplinaires, telles que l'isolement et la révocation, aux agents fautifs », a expliqué maître Samuel Madistin, avocat de Natacha Jeune Saintil.
Selon Me Madistin, l'inspection générale de la police devrait soumettre bientôt le dossier au Parquet de Port-au-Prince qui, à son tour, mobilisera l'action publique contre les coupables. « Il faut considérer maintenant l'aspect pénal de la question. Le dossier devrait être légalement acheminé au Parquet de Port-au-Prince pour les suites judiciaires », a indiqué l'avocat de la victime.
Maître Madistin n'est pas le seul à s'attendre à l'application de la loi dans le cadre de ce dossier. Le secteur culturel se mobilise et réclame que justice soit faite à la comédienne du Petit Conservatoire. « Il faut que ce genre de barbarie sur les membres de la population cesse », s'est insurgé Gary Victor qui critique ouvertement certains policiers qui se comportent en véritables bourreaux dans les quartiers populaires.
Le directeur général de la PNH, Mario Andrésol, avait, au cours d'une interview accordée au Nouvelliste en mars dernier, critiqué le mauvais comportement des policiers qui s'érigent en chefs et qui croient n'avoir de compte à rendre à personne. « Selon moi, il faut démystifier cette affaire de " chef " en Haïti. Il nous faut divorcer d'avec certains comportements, d'avec certaines pratiques avant même de penser à l'instauration d'un Etat de droit dans ce pays », avait-il affirmé. La voix du directeur général de la PNH, semble-t-il, n'a eu aucun écho.

Pour l'année 2008, plusieurs citoyens ont été victimes de brutalités policières. La dernière en date, Natacha Jeune Saintil ne sait pas trop combien de temps elle va rester au centre hospitalier Médecins sans Frontières où elle a été admise mercredi dernier. Sept jours après avoir été rouée de coups par un groupe de policiers du commissariat de Carrefour, la jeune fille souffre toujours de douleurs au niveau des os du bassin. « La victime, qui a déjà subi une intervention chirurgicale, devrait être soumise à d'autres examens médicaux. Mais, selon l'avis des médecins, elle n'est pas prête pour cela », a expliqué Gary Victor, encore offusqué de cet acte barbare perpétré contre celle qui a magnifiquement interprété son monologue « La Reine des masques ».