La multiplication des véhicules de transport public jointe au manque d'espace crée, au portail Léogâne, une situation difficile pour la circulation. Et quand des gares routières se trouvent en pleine rue, réduisant considérablement la voie, et que les voitures n'arrivent pas à circuler, c'est le chaos. Les pauvres agents du Service de la Circulation n'y peuvent rien. Il faut des mesures d'un autre ordre. La mairie de Port-au-Prince a définitivement son mot à dire. Faut-il délocaliser cette gare qui enlaidit le sud de la capitale ?

Le bruit incessant des avertisseurs montant vers le ciel, des chauffeurs s'invectivant pour avoir la priorité, des gens traversant la rue en tous sens sans se soucier des voitures, deux lignes de bus type blue bird occupant les deux parties de la voie, telle est l'image, effarante, qu'offre la gare routière du portail Léogâne (Boulevard Jean-Jacques Dessalines). Là, aucun respect des règles de la circulation, seuls les plus audacieux se frayent une place, l'anarchie règne. Les bus sont garés l'un après l'autre, dans une ligne interminable, en attendant leur tour de charger les passagers. Des doubles files se forment des deux côtés du boulevard. Dans ces conditions, l'espace laissé à la circulation est réduit à une peau de chagrin. Certains chauffeurs n'hésitent pas à garer leur véhicule en biais.Il n'est pas rare de rencontrer plusieurs tap-tap stationnés comme bon semble à leurs chauffeurs en attendant d'éventuels clients se rendant à Martissant ou à Fontamara.

C'est aussi à la gare de Léogâne, paradoxalement, que les passagers doivent se rendre pour monter dans les camions qui vont à Miragoâne.
« La rue est faite pour que les voitures circulent. Mettre une station de bus en pleine rue est la preuve que les autorités prennent des décisions sans penser aux conséquences », critique un jeune qui habite dans le coin. Pour lui, des accidents, parfois graves, surviennent chaque jour à cause du manque de place, de l'impatience de certains chauffeurs. « Les agents de police ne peuvent rien contrôler », lance-t-il, visiblement excédé par cette situation. « Ici, c'est très difficile, même s'il y a beaucoup d'autobus pour Léogâne. Mais il n'y a aucune structure pour accueillir les usagers. Nous sommes obligés d'attendre, dans l'inconfort, que le bus soit rempli pour partir », se plaint Ariel, qui habite à la cité d'Anacaona, mais qui travaille dans la capitale.

Un chauffeur, dont le bus est parqué derrière une bonne dizaine d'autres, exprime des réserves quant à la position géographique de cette station. « Des fois, il m'arrive d'effectuer deux voyages au cours de la journée. Il y a d'autres chauffeurs qui ne respectent pas l'ordre établi », explique-t-il, indiquant que c'est un accord tacite entre les conducteurs qui les permet de stationner, chacun attendant son tour. Abel, un autre chauffeur, estime qu'il « faut que les autorités prennent des mesures pour éviter que les bus occupent tout l'espace. Mais je trouve que c'est le meilleur endroit ». Mettant le désordre régnant sur le compte de l'augmentation du nombre de véhicules qui font le circuit, il souligne : « Avant il n'y avait pas tous ces problèmes ».

Les riverains ne sont pas du même avis, car ces bus, qui, à longueur de journée, sont rangés devant leur résidence ne leur rendent pas la vie facile. « Ils sont stationnés sur le trottoir, ils nous empêchent de vaquer librement à nos occupations. Ils occupent tout l'espace », fulmine une femme dans la quarantaine devant son plateau de friandises. Un homme assez âgé attire l'attention sur les dangers que présente cette situation pour les piétons. Il en cite plusieurs, les camionnettes qui, pour permettre aux passagers de descendre, s'arrêtent en pleine rue. De plus, les gens qui traversent à pied n'ont pas d'autres choix, ils doivent courir très vite car ils ne peuvent voir arriver les voitures qu'au dernier moment.

Quelques mètres plus loin, la situation n'est pas si différente dans les stations des Cayes et de Jacmel bien que le danger soit moins imminent, mais l'anarchie règne tout autant. Des dizaines de marchands de produits divers sont assis à même la rue, fermant définitivement le tronçon à la circulation normale. Quand les camions se déplacent, certains marchands doivent retirer leurs produits pour livrer passage et les bousculades ne sont pas rares.
Source: Le Matin