Les coupures quotidiennes de courant font partie du paysage de paupérisation grandissante de la société haïtienne. La population entière vit avec le black-out, comme elle vit avec les moustiques, les ordures, la faim et tous les autres maux du pays. De plus, les contribuables sont contraints de subventionner ce black-out quasi permanent. À un prix mensuel très souvent plus élevé que les mois où le courant se fait moins rare que d'habitude. À la vérité, une politique de l'obscurité s'aligne parfaitement bien avec la politique du silence. Peut-être que le silence se révèle plus puissant comme stratégie politique quand les tentacules du black-out collent à une plus grande partie du territoire national.
L'exclusion énergétique
La société haïtienne pratique toutes les formes d'exclusion imaginables. L'exclusion se retrouve même au niveau de l'absence d'électricité. En effet, des bagarres de quartier pourraient avoir lieu à partir de la distribution inéquitable de l'électricité. Par exemple, les citoyens de la Route de Frères pourraient s'en prendre au circuit des citoyens des quartiers limitrophes, tels que Jacquet, Delmas 75, tant ils croupissent dans l'obscurité pendant que ces autres quartiers reçoivent des miettes plus importantes de courant.
L'arbitraire énergétique
L'arbitraire seul décide quel quartier reçoit de l'électricité et en quelle quantité. Aucun horaire de distribution n'est respecté. Au contraire, une impression nette se dégage qu'un « cachecache lubin sere lubin » est joué avec le courant. Ainsi, avec les sceaux de l'EDH, la compagnie ne fait que de petits sauts, pendant que ses seaux de black-out lui font prendre les contribuables pour des sots.
Entre-temps, l'EDH, dans toute la splendeur de son silence, continue à bousiller les réfrigérateurs, les télévisons, les micro-ondes, les stéréos des contribuables en toute impunité. Paradoxalement, les citoyens sont doublement « victimisés » par cette institution de l'État, d'un côté, avec un black-out qui pénalise certains quartiers plus que d'autres et, d'un autre côté, avec des factures les unes plus salées que les autres, mais toujours inversement proportionnelles à la quantité d'électricité reçue.
Malgré les promesses creuses d'augmentation de kilowatt, le printemps de l'obscurité se veut interminable et, non contente de priver les contribuables d'électricité régulièrement, l'EDH, très souvent, s'acharne sur le peu de matériel dont ils disposent.
Augmentation de capacité, diminution de gestion
Le gouvernement a annoncé que, très prochainement, avec la fin des travaux de la centrale électrique de Port-au-Prince et celle des différentes nouvelles centrales de provinces, grâce au support du gouvernement vénézuelien, que la capacité d'alimentation du pays en électricité sera amplement suffisante ou légèrement au-dessus de ses besoins. L'ovation citoyenne des contribuables devrait suivre. Si on ne l'entend pas, c'est parce que les citoyens se rappellent des déclarations tonitruantes faites en juillet dernier. En effet, les responsables de l'EDH avaient annoncé avec beaucoup d'assurance que la capitale recevrait en moyenne douze heures d'électricité par jour. Ils n'ont jamais reçu les heures promises et, durant deux semaines seulement, ils ont reçu régulièrement à peine la moitié de ce qui avait été promis. Après, le black-out est revenu comme à l'ordinaire, l'obscurité plus agressive que jamais.

Tout autant que l'EDH ne sera pas contrainte à la discipline de déclarer publiquement chaque jour ses horaires de distribution, sa gestion demeurera fantaisiste. En fait, avec l'augmentation de capacité, les contribuables risquent, après quelques semaines d'euphorie « énergétique », de retomber très vite dans la déprime de l'éternel black-out. Et, une fois de trop, la politique de l'obscurité aura encore gagné.
Source: Le Matin