Le dimanche 12 octobre 2008, Jacmel se réveille dans une vraie ambiance de carnaval. Ils sont environ 2000 à s'être réunis à l'avenue de la Liberté, mobilisés par le représentant du ministère de la Jeunesse, des Sports et à l'Education civique, Alex Lafontant, et le maire de la ville, Edo Zenny. Dans d'autres rues, sillonnées par un véhicule sur le toit duquel sont installés des haut-parleurs qui crèent l'ambiance et diffusent des slogans de motivation, des groupes beaucoup plus restreints se rassemblent et se répartissent le matériel mis à leur disposition pour le grand nettoyage d'une ville qui se veut la plus propre du pays, mais qui, depuis le passage des derniers cyclones, souffre de l'altération de son image à la suite des dommages enregistrés durant les deux derniers mois.

A Jacmel, la mobilisation ne se fait pas que dans les rues. Certains, indisponibles, pour une raison ou pour une autre, sur la chaussée ont participé à la leur manière en aidant à la distribution du matériel ou en offrant des rafraîchissements aux volontaires. Un geste appréciable qui a la vertu d'encourager ces jeunes à accomplir leur devoir civique.
La police, elle, est là non seulement pour mettre de l'ordre bien q'il n'y ait aucun désordre, mais aussi pour mettre la main à la pâte comme tous les citoyens qui se sont portés volontaires pour redonner à la ville son image de marque. Les sapeurs-pompiers sont, eux aussi, en première ligne, balais, pelles à la main, une façon peut-être de montrer à la population jacmélienne, qui dispose des services de l'une des meilleures unités de pompier du pays, qu'ils savent faire autre chose qu'éteindre les incendies et que leur rôle ne se limite pas à cette activité.

Il sont de toutes les tranches d'âge, ces volontaires qui se préparent à faire la toilette de Jacmel et qui sont harangués par le maire Zenny devant le local qui sert aujourd'hui de quartier général à cette armée de nettoyeurs, dont le principal ennemi est le plastique. Ainsi qu'ils s'en plaignent, leur ville est litéralement envahie par la pollution plastique. Bouteilles, sachets et autres emballages se retrouvent un peu partout, en particulier sur le littoral.
Si les montagnes de détritus constituent un problème, c'est surtout, selon le maire de la métropole du Sud-Est, parce qu'il n'existe toujours pas de décharge pour la ville, un problème qui paraît simple mais qui, toujours d'après Edo Zenny, réclame une étude sérieuse, le choix d'un tel site ne pouvant se faire à la légère ou au petit bonheur, vu les répercussions qu'il peut avoir sur l'environnement en général, et sur celui de la ville en particulier.

Alex Lafontant, le coordonnateur des activités de cette journée, n'a pas de temps à accorder aux journalistes qui veulent le rencontrer. Homme d'action, plutôt discret et avare de paroles, il est au four et au moulin. Il essaie de tout contrôler. Tantôt au volant d'un tout-terrain, tantôt derrière le guidon d'une moto, il est partout, sauf derrière un micro, au grand dam des journalistes qui tentent vainement de l'interroger. Les interviews, ce n'est pas pour lui. Il laisse ce travail à la délégation du MJSAC qui a fait le déplacement depuis Port-au-Prince.

Plusieurs volontaires se sont déclarés satisfaits du déroulement de cette journée de mobilisation pour la propreté qui fait suite à celles organisées à Port-au-Prince, à Cabaret et à Léogane. Cependant, pour eux, le travail ne fait que commencer, car si la mobilisation a été totale elle n'a permis que d'aborder partiellement rien que le problème des déchets, alors qu'il faudrait aussi, d'après leurs déclarations, se pencher sur les problèmes de reboisement qui, après les dernières inondations, demandent une attention spéciale. Pour un AMC (agent multiplicateur de changement), l'une des urgences du pays est la protection de l'environnement.

Interrogé à ce sujet, Marc-André Casséus, délégué du MJSAC pour la circonstance, a déclaré que ce n'est pas au ministère de décider des priorités des communes. Le ministère ne sert que de facilitateur pour le travail de mobilisation dans le cadre de son programme d'action civique et d'interface entre les différents organismes et institutions impliqués dans ce programme de nettoyage. Il a en outre insisté sur le fait qu'aucun budget n'avait été alloué par le MJSAC à ce programme qui est supporté, par exemple, par le ministère des Travaux publics, Transports et Communications qui a fourni le matériel (pelles, rateaux, balais, brouettes), par les municipalités (à Jacmel, les camions utilisés ont été procurés par la mairie), par le CNE dont la participation s'est révélée inestimable pour la réussite de la journée de nettoyage à Cabaret, par la Police nationale et d'autres institutions.
Source: Le Nouvelliste