Mardi 04 Septembre 2007
Wycleaf Jean toujours affûté ce lundi soir a Paris
L'ex leader des Fugees était lundi soir à Paris pour présenter son nouvel album The Carnival Volume II, Memoirs of an Immigrant. Un disque coloré et bigarré interprété en avant première au milieu de quelques VIP (Booba, Stomy, Omar sans Fred, Passi) par un Wycleaf au flow affûté toujours monté sur ressorts malgré les années. Sortie prévue le 5 novembre.
Pour assurer la promotion d'un nouvel album, certains artistes se content de donner des interviews. D'autres choisissent d'animer une séance d'écoute solennelle comme un cours magistral. Les derniers enfin, préfèrent mouiller la chemise, ou plutôt le marcel. Hier soir Wycleaf Jean, l'âme créatrice de feu les Fugees était à Paris pour un showcase d'une heure dans une boîte de nuit du côté de l'Etoile. Une manière de présenter en live et en toute convivialité son nouvel opus: The Carnival Volume II, Memoirs of an Immigrant.


De ses ex-acolytes des Fugees (contraction de Refugees), Wycleaf est le seul à mener une carrière cohérente et féconde depuis la séparation du groupe en 1996, à l'apogée de sa popularité - The Score s'était écoulé à 18 millions d'albums dans le monde. On reste sans nouvelles de son compère Pras, quant à Lauryn Hill, elle reprend tout juste une carrière solo interrompue pour élever ses enfants nés de son union avec l'un des fils Marley. Aux dernières nouvelles, elle peaufine son nouvel album produit par la star des producteurs rap, Kanye West.


Wycleaf Jean, lui, n'a jamais levé le pied. Cinq albums solos et une foule collaborations comme producteur (Tom Jones, Whitney Houston, Santana, Destiny's Child...). Avec ce nouvel opus, le rappeur new-yorkais poursuit son hommage aux musiques des caraïbes et au carnaval, grand-messe colorée et véritable exutoire à la misère sociale. Un disque bigarré et festif, éclectique dans les sons (reggae, rap, pop, rythmes créoles) comme dans son casting. On y croise Serj Tankian (chanteur du groupe de métal System of a Down), la star du crunk Lil Wayne, Norah Jones, Will I Am, Sizzla, Akon et Paul Simon, en personne, pour une délicate ballade folk-rap.
Immigration, tube engagé en puissance
A l'arrière, deux DJ balancent les nouveaux morceaux sur lesquels Wycleaf pose son flow affûté. Pas de grand discours, mais des commentaires souvent amusés et des plaisanteries jetées dans un melting polt linguistique allant de l'anglais, au créole en passant par l'espagnol et des bribes de français, origines haïtiennes obligent. En plein milieu d'un morceau, Wycleaf demande l'attention à l'audience pour écouter un solo de guitare, exécuté par lui-même. Et de rappeler qu'il est "l'unique rappeur au monde à jouer de la guitare". Pas faux, en tout cas personne n'a oublié le tube acoustique des Fugees (Vocab) à la guitare sèche. Une petite révolution dans le hip-hop à l'époque.


Toujours aussi nature et monté sur des ressorts malgré les années et le succès, Wycleaf assure l'animation, gonflé à bloc. On retiendra notamment What about the baby, comédie romantique R'n'B en duo avec Mary J Blige. Mais le tube de l'album s'impose, au regard de l'applaudimètre et des déhanchements lascifs, avec Immigration. Un titre taillé pour les pistes de danse avec ses volutes orientalisantes samplées chez Oum Kalthoum. L'occasion d'une charge adressée aux politiques répressives des états industrialisés contre l'immigration. Un thème cher à Wycleaf, né à Haïti avant d'émigrer, enfant, à New York. Pour venir en aide aux immigrants latino-américains, il avait d'ailleurs enregistré en 2006 Nuestro Himno, version en espagnol de l'hymne américain (The Star-Spangled Banner). Au bout d'une heure, il lui faut quitter la scène, le marcel mouillé, non sans un dernier duo avec son pote Passi (en chair et en os, lui). Le titre, Paris on fire, chronique des émeutes de novembre 2005, sera à écouter dans le prochain album de Passi, prévu pour le 15 octobre.