Après toutes les accusations, toutes les menaces, toutes les tergiversations, toutes les convocations par le Parquet, orchestrées par le pouvoir, aux fins de diaboliser ce CEP provisoire, Préval a finalement convoqué au palais national les partis représentés au parlement, pour discuter de sa caducité et de sa dissolution. Ca n'a pas été une surprise. L'intention était manifeste. Les réactions contradictoires anonymes de membres du gouvernement de Préval, à l'annonce de la dissolution du CEP, pleinement assumée par le ministre Joseph Jasmin, plongent l'administration Préval/Alexis dans la plus grande confusion et dans une succession de contradictions. Face à l'opposition manifeste des leaders de plusieurs secteurs importants de la société et du public en général qui par le biais de déclaration publiques et des reportages de micro trottoir, exigeant la tenue simultanée des élections indirectes et de celles renouvelant le tiers du Sénat, avec l'actuel CEP, n'est-il pas logique de déduire, sans crainte d'erreur, que la déclaration controversée du ministre Joseph Jasmin soit simplement un ballon d'essai d'un gouvernement peu sûr de lui-même et du succès de sa tentative ?

Point n'est besoin de nous rappeler que nous sommes en face d'un pouvoir faible avec des prétentions de velléité despotique. Ces hésitations et contradictions concernant la dissolution de ce CEP provisoire qui est une première démarche vitale à la consolidation de son pouvoir, sont l'expression irréfutable du doute que Préval éprouve dans sa capacité d'imposer sa volonté. L'empereur est nu. Et il le sait mieux que tout le monde. Ayant feint, pendant un temps plus ou moins long, de ne pas s'intéresser au pouvoir, Préval, sans avoir les moyens, soudainement enclenche un processus précipité de consolidation de son pouvoir. Malheureusement, il veut reconstruire un pouvoir du genre qu'il a géré sous son premier mandat, un pouvoir despotique du style lavalassien. Il veut instinctivement retourner au statu quo ante. Le malheur pour Préval, est qu'il ne comprend pas qu'une dictature se planifie et se prépare minutieusement, avec le temps, en jouant surtout sur l'avantage des rapports de forces. Exploitant l'autorité traditionnelle du régime présidentiel, mais avec une carence de base et de force politique réelle, Préval court le risque de plonger ce pays dans une crise constitutionnelle. Dans cette conjoncture, il ne lui sera pas facile d'établir le régime dictatorial, dont il rêve.

Préval sait aussi, et mieux que tout le monde, que les partis politiques qui se sont réunis avec lui pour discuter du sort de l'actuel CEP, sont loin de représenter en vérité, ni la mosaïque d'intérêts nationaux, ni l'expression de la volonté générale. La majorité de la nation haïtienne, tous secteurs et milieux confondus, veut simultanément des élections indirectes et celles renouvelant le tiers du Sénat avec un CEP provisoire qui n'est pas au service exclusif des intérêts de ce gouvernement.
Force est surtout de comprendre qu'avec la déclaration controversée de la dissolution du CEP, il y a quelque chose de plus grave, une surprise, une proposition de changement du processus du choix et de la nomination des 9 membres du nouveau CEP provisoire. Nous citons un paragraphe du reportage de la Radio Kiskeya du 10 octobre 2007 :
« Dans le processus de consultation engagé plusieurs options sont envisagées dont la désignation par chacun des trois pouvoirs (Exécutif, Législatif, Judiciaire) de trois conseillers électoraux.
Les déclarations de Joseph Jasmin n'étaient toutefois pas immédiatement confirmées au siège de la Présidence où la confusion le disputait à l'embarras. Des collaborateurs immédiats du chef de l'Etat, interrogés par Radio Kiskeya , sont allés jusqu'à exprimer off the record leur étonnement d'entendre pareilles affirmations. »
Cette proposition réserve l'exclusivité du choix et de la nomination des 9 membres du nouveau CEP provisoire qu'aux trois pouvoirs. En d'autres termes, elle exclut tous les secteurs qui ont contribué à la création de l'actuel CEP, à participer à la création du nouveau CEP provisoire.

Or ceux(?) sont précisément ces secteurs exclus qui réclament plutôt la consolidation au lieu de la dissolution de l'actuel CEP. Parce qu'ils ne veulent pas d'un CEP vassalisé par le pouvoir. Force est de se rappeler que la participation de ces secteurs à la formation de l'actuel CEP a été le résultat du succès des pressions exercées au cours de la longue lutte insurrectionnelle. L'exclusion de la participation de ces secteurs à ce processus est une violation flagrante des acquis du 29 février 2004 qui se sont faits au prix du sang. Le paradoxe est que, ceux(?) sont les ressortissants du même régime contre qui cette lutte a été menée, qui veulent fouler aux pieds nos droits de participation. « Cé laver main, suiller a tè ». On ne peut pas laisser faire. On ne peut pas accepter sans mot dire de perdre nos doits à la participation. Et encore pire, par la volonté de ceux contre qui on s'est battu pour acquérir ces droits. Il nous faut à l'unisson exprimer notre refus, contre cet insulte. Il nous faut faire valoir nos droits. Il nous faut faire respecter nos droits. Si les partis qui sont allés à la soupe, veulent vendre leur conscience pour un plat de lentille à Préval, c'est leur affaire. Nous, nous ne vendrons pas la notre !

Il faut bien comprendre, que ce ne sont pas les élections renouvelant le tiers du Sénat qui gênent Préval et Alexis. Ils ont d'ailleurs offert illégalement et inconstitutionnellement aux 3e sénateurs un mandat de 6 ans sans aller aux élections. Ce qu'ils craignent vraiment, c'est l'effritement d'un pouvoir déjà faible. Les élections qu'ils veulent à tout prix éviter, sont les indirectes qui créent les Assemblées territoriales. Ces élections de fait octroient aux Assemblées territoriales le partage de pouvoirs qui n'étaient que du domaine exclusif du pouvoir exécutif : la nomination des juges de paix, des juges de première instance et des juges d'appel, la participation aux réunions du cabinet ministériel, avec voix délibérative, etc., la création de la liste des noms de laquelle les 3 pouvoirs doivent choisir les neuf membres du CEP permanent. Le conseiller François Benoît n'a-t-il pas déclaré publiquement : « Le CEP a entamé depuis le mois d'avril la procédure devant aboutir à la réalisation des élections indirectes. On a acheminé à l'Exécutif depuis plus de trois mois, un document sur les procédures de réalisation de ces élections, jusqu'à présent, on n'a aucune réponse. » Pourquoi le gouvernement ne l'a pas démenti ? Pourquoi le gouvernement Préval/Alexis refuse-t-il catégoriquement de faire les élections indirectes ? L'actuel CEP est dûment mandaté pour faire les élections indirectes, mais pas les sénatoriales. Voilà la vérité !

Mis à part la crise électorale qui s'annonce, ce qui se trame subrepticement dans les couloirs du palais, est encore plus grave. La formation accélérée d'une Assemblé constituante pour remplacer la Constitution de 1987, au lieu de l'amender. Préval offre pour justification la notion que cette Constitution est la cause du sous-développement et de l'instabilité d'Haïti. Force est de constater qu'il n'a offert à date, aucune preuve, aucun argument pour corroborer cette notion.

Le régime lavalas est de fait le premier et le seul régime à gouverner le pays sous la Constitution de 1987. Pourquoi pendant ses 13 ans, les législatures lavalassiennes n'ont jamais légiféré pour rendre la Constitution de 1987 fonctionnelle ? Pourquoi, aucun des CEP, sous le régime lavalas, n'a abouti aux élections indirectes ? C'est pour la première fois depuis 20 ans que nous sommes arrivés au seuil des élections indirectes, avec un CEP qui manifestement est prêt à nous accompagner pour franchir ce seuil. Pourquoi Préval veut-il empêcher à la nation haïtienne de franchir ce seuil. Pourquoi Préval s'oppose-t-il avec autant d'acharnement à la décentralisation, qu'il fait obstacle à la tenue des élections indirectes, en tentant de disqualifier et de dissoudre l'actuel CEP ? Pourquoi veut-il à tout prix remplacer la Constitution de 1987 qui prescrit la décentralisation ? Préval et Alexis veulent-ils répéter le coup d'état de la caducité du 11 janvier 1999 ? Heureusement, on ne se baigne pas deux fois dans la même rivière !