Par Rock André
Dans une atmosphère de carnaval, le Champ de Mars a accueilli le samedi 15 septembre l’un des plus grands concerts de son histoire. Des dizaines, voire des centaines, de milliers de gens ont déferlé sur la plus grande place publique de Port-au-Prince pour assister aux prestations de Wyclef, Akon et de leurs invités haïtiens. Pendant que beaucoup s’amusaient avec de la bonne musique, c’était l’occasion pour d’autres de faire, avec raison, de bonnes affaires.

Dans la liste des grands événements qui ont marqué l’année 2007 en Haïti, il faudra désormais inclure un certain samedi 15 décembre, au Champ de Mars, où un concert majeur, dont les portées dépassent la frontière du culturel, s’est déroulé. L’événement présentait l’allure d’un vrai carnaval, en termes de participation populaire. Dans toutes les artères attenantes à la place, de la place Pétion au kiosque Occide Jeanty, un défilé permanent de participants a été constaté. Le dispositif de sécurité était de taille. Des agents des différentes unités de la Police nationale d’Haïti s’assuraient que tout était sous contrôle. Les membres de la Brigade d’intervention motorisée (Bim) ont été particulièrement visibles. Comme lors des carnavals, les automobilistes n’avaient pas accès au Champ de Mars. Dès l’avenue Christophe ou à hauteur de l’avenue Jean-Paul II, seuls les piétons pouvaient franchir le périmètre de sécurité établi pour la circonstance.

Les écrans géants placés au Champ de Mars permettaient au public de suivre en direct les prestations, en différents points de la place. Ce qui a permis de diminuer la pression populaire sur le Kisoque Occide Jeanty, où les artistes se produisaient.
Les gens, de tout âge, paraissaient venir de toutes les catégories sociales. Un député a été remarqué en train de se frayer un chemin dans la foule, comme l’homme de la rue. Des étrangers circulaient en petits groupes, avec l’aide de leurs guides, et cherchaient eux aussi à profiter de cette occasion rare pour se divertir.
Intensification des affaires
Dans les parages de la place, les établissements commerciaux spécialisés dans la vente de nourriture et de boissons participaient aussi de la fête. Ils gardaient leur porte ouverte durant le concert pour satisfaire la demande. Dans les entreprises du genre fast food, tels Tom and Jerry et Paradice, c’était le grand attroupement. Il fallait faire des queues inhabituelles avant d’obtenir une commande. Les petits marchands de poulets, de cigarettes et de boissons gazeuses et alcoolisées n’ont pas raté non plus l’occasion pour dégager des revenus. Éparpillés dans la foule, ils étaient remarqués un peu partout.

Comme tout objectif d’un investissement est de dégager un profit, le parraineur de la soirée la compagnie Voilà a transformé le Champ de Mars en un vaste espace de promotion, affichant pancartes un peu partout, distribuant maillots et diffusant des spots publicitaires sur les écrans géants. Pour conquérir le cœur de nouveaux clients, fidéliser les anciens et promouvoir la gamme de produits de la compagnie, Voilà a sorti les grands moyens.
Cette soirée restera longtemps encore dans les mémoires. Mais surtout, elle a montré en quoi l’industrie culturelle peut contribuer à l’essor économique du pays. Beaucoup de familles se sont réveillées le dimanche 16 décembre avec les poches plus pleines que d’habitude, car les ventes ont été dopées au Champ de Mars le samedi précédent, grâce à ce concert culturel.

Autant que les visites d’hommes d’affaires se sont multipliées dans le pays en 2007, si des concerts de ce genre pouvaient être plus fréquents, les retombées pour l’économie nationale seraient tout à fait intéressantes. Mais pour cela, il faut aussi penser à améliorer la logistique. Dialoguant avec le public, Wyclef Jean a émis l’idée qu’il y ait un stade de 100 000 places dans le pays pour accueillir de tels évènements. À ce moment, il faudrait aussi créer les conditions pour rentabiliser un tel investissement, notamment en s’assurant que le pays entre définitivement dans l’ère de la stabilité politique et que les problèmes d’insécurité, d’insalubrité, d’électricité et d’environnement soient résolus, conditions nécessaires pour attirer les étrangers à un rythme soutenu dans le pays.
Source: Le Matin