Par Pierre-Raymond DUMAS
Dominé par l'improvisation et des formules à l'emporte-pièce, le cinéma haïtien a connu ces derniers temps un boum mais avant tout un boum, quantitatif, c'est-à-dire, le jeu des acteurs, le scénario, la photographie, les répliques laissent à désirer. Une véritable galère ! Ça n'allait déjà pas si fort que ça il y a dix ans, ça risque d'aller encore plus mal. Expectative.

Ce que nous disons ou rien pour Barikad, Sonson Pipirit, I Love You Anne, La Rebelle, Café au lait, La prière d'Isha, Cousines, c'est un peu la même chose pour VIP, Le Destin de Caroline, Les Couleurs de la Dignité, Alelouya, La face de l'Ombre, Chomeco, My name is. Je sais. Je constate. Le cinéma est une industrie qui a ses règles et ses exigences propres. La formation en est une. On ne s'empare pas d'une carrière, on ne fait pas du (mauvais) théâtre filmé pour tirer un coup. Et, mon Dieu! tous nos films récents ne sont pas identiques dans leur médiocrité, leurs maladresses, leur absence totale de réussite. Ce ne sont pas les jeunes acteurs et actrices qui nous manquent. Au contraire. On ne citera pas ici de noms. Jeunes et visages féminins resplendissants d'enthousiasme. On n'a pas le temps. En passant, un gros coup de chapeau à Communication Plus qui investit avec obstination dans la production du cinéma haïtien!

Certainement habiles, pleins de vivacité, Richard Sénécal et Sacha Parisot ont du talent. Ce qu'il leur faut, c'est avant tout de bons acteurs, un budget conséquent et les moyens technologiques appropriés. Ce sont des exceptions rares.
Un Jean Gardy Bien-Aimé, c'est un forcené. Rude travailleur. Un réalisateur bourré de bonnes choses mais limité dans ses atouts. Mais on n'est sûr de rien.
On ne saura jamais ce que nos cinéastes charlatans auraient pu donner de bon. Nous n'avons pas le pouvoir d'anticiper. La disponibilité des nouvelles technologies a entraîné chez nous et ailleurs - ailleurs surtout - la floraison d'une bande de navets, de décevants jeux de massacre que l'enthousiasme et l'appât du gain ne peuvent pas seuls justifier ! C'est sûr.

Hélas ! Parfois le public en redemande. Et en fait, nous sommes tous dans ce cas, dans ce silence, dans cette expectative. A la fois nous ne voudrions pas être des boycotteurs, ce n'est jamais joli de condamner ceux qui investissent leurs efforts avec tant d'énergie, et d'une façon ou d'une autre, quel que soit son impact sur le public, un film, c'est toujours une oeuvre faillible ; en les critiquant nous cherchons à les pousser à se perfectionner. Sur ce point, le réalisateur du film Le président a-t-il le Sida?, Arnold Antonin, esprit éclairé et enthousiaste, devrait intervenir au niveau de l'association des cinéastes haïtiens. Parce que le problème est grave. Ce culte de la facilité ne peut que susciter le discrédit d'une manière ou d'une autre. Et, à la réflexion, tout ça est corrigible, si l'on respecte fidèlement les règles du professionnalisme....