Le jeudi 20 mars 2008
Pâques sur le konpa avec T-Vice et Carimi reviennent à Montréal
T-Vice et Carimi, parmi les plus importantes formations du nouveau konpa haïtien, reviennent à Montréal par la grande porte, celle du Métropolis. Rien de tel pour consumer vos cocos de Pâques ce dimanche
Habitués de se réunir au complexe Cristina, une salle de bal située dans le nord-est de la ville, les fans de konpa sont très majoritairement issus de la diaspora haïtienne de Montréal. En investissant une grande salle de spectacle du centre-ville, ils feront peut-être l'effort d'inviter leurs amis de souche ou ceux issus des autres communautés. Jamais trop tard pour s'initier à ce style vieux d'un demi-siècle. Vieux? Régénéré.
Le konpa a traversé les générations haitiennes depuis la grande époque de Nemours Jean Baptiste... et des millions d'Haïtiens ont quitté leur île pour les raisons que l'on sait. Le konpa a suivi. Au fait, y a-t-il une différence marquée entre le son de Miami, de New York, de Montréal ou de Port-au-Prince, c'est-à-dire les principaux environnements urbains de la culture haïtienne?
«Je ne crois pas. Actuellement, le son de la nouvelle génération repose sur le groove, les voix, la personnalité des chanteurs, le son de chaque orchestre. Ça ne dépend pas exactement de la ville où tu résides», répond le chanteur, auteur, compositeur et guitariste Roberto Martino, un des authentiques leaders de la nouvelle génération konpa. Avec son frère Reynaldo, claviériste et compositeur, il mène les destinées de T-Vice, ensemble établi à Miami - alors que Carimi est basé à New York.
«Le son de notre groupe, estime l'interviewé (joint en Floride), se trouve dans l'amalgame des claviers et de la guitare. C'est aussi la façon dont on joue ensemble et dont on interagit avec le public.»
Ils ont pris ça du papa, les frangins? On sait que Robert Martino fut l'un des maîtres d'oeuvre de Top Vice et plusieurs autres formations de facture konpa.
«Mon frère Reynaldo et moi voulions être des artistes depuis la petite école. On avait ça dans le sang, on a hérité ça de notre père, qui est une légende de la musique haïtienne - et toujours mon idole! Il reste très actif, il vient parfois jouer la guitare dans nos concerts ou encore nous encourager à l'arrière-scène. On travaille d'ailleurs avec lui sur un album à paraître, qui s'intitulera Le père, le fils et le konpa.»
Au-delà du divertissement, fonction première du konpa (une musique de danse fondée sur un rythme dérivé du merengue), il y a l'engagement et l'appartenance.
«Nous vivons à Miami, explique Roberto, parce que le transit y est plus facile. Nous avons quand même gardé nos maisons en Haïti ou nous nous retrouvons très souvent. Mais nous sommes tellement en demande à l'étranger, il vaut mieux avoir une base à Miami. Et vu que ça reste difficile en Haïti...»
N'allons pas croire que T-Vice a déserté son pays, en témoigne la chanson Ayiti Pap Krazé sur leur dernier album (Kite'm viv), qui aborde la situation actuelle dans l'île.
«Nous sommes jeunes et nous voulons que finisse ce mauvais moment en Haïti. Mais ce n'est vraiment pas facile là-bas. Nous avons un système plutôt corrompu, des gens ne veulent pas que ça change parce qu'ils s'enrichissent sur le dos de la population et des institutions. Je ne veux pas blâmer le gouvernement Préval, car plusieurs membres y accomplissent un travail remarquable. C'est plutôt un ensemble de personnes malfaisantes qui freinent notre développement.»
Roberto Martino n'en demeure pas moins optimiste.
«J'ai la foi, j'ai beaucoup d'espoir. En Haïti, de plus en plus de citoyens veulent que ça change. Nous, de T-Vice, représentons toutes les couches de la population, de tous les quartiers de Port-au-Prince - Delmas, Pétionville, La Saline... Cette diversité au sein du groupe nous permet de mieux comprendre la réalité du pays. T-Vice vit bien de sa musique mais ça nous fait mal de voir qu'un si beau pays avec une culture riche et tant de choses à offrir va si mal. Alors? Nous voulons que ça change.»
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T-Vice et Carimi se produisent dimanche au Métropolis, 21 h 30. Une supplémentaire est prévue lundi au complexe Cristina.