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Lilas Desquiron:une «diva» ou presque

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Published by Mr MDE11- 04-12-08
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Ethnologue, afro-américaniste de formation, auteur du roman ''Les chemins de Loco-Miroir'' (1991) et de l'essai ''Les racines du vodou (1992), elle frappait par sa justesse de ton, jamais démentie. Culottée ou très impressionniste selon les goûts, c'était le bonheur de juger sur les ondes de la Télévision Nationale d'Haïti, comme on dit le bonheur d'écrire. Nous sommes au mitan des années 80, allègrement contrastées. Et d'écouter, pour nous, bien sûr, génération oublieuse. Parlons franc : cette critique appréciée de tous, pardon, «photogénique», peut-être moins impressionnante que sa voix fluette, travaillée, pointue, concentré d'enthousiasme et de perspicacité, n'est sans doute par un génie. Mais quel charme et que d'intuitions ! Une fan de cinéma de premier plan capable d'évoquer avec une finesse extrême le cinéma hollywoodienne, le cinéma commercial à grand budget sans jargonner sur les films de Marguerite Duras, Steven Spielberg, Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Alan Pakula, Andrzef Zulawski et sans spéculer sur le Japon d'Akira Kurosawa.
Tout à fait le contraire de l'image que l'on se fait d'un annotateur bénévole, Lilas Desquiron a une allure de mannequin et une tête bien pleine autant que bien faite. Mais l'espèce est en voie d'extinction. Ayant étudié à Bruxelles et à Paris, cette lady aime à l'excès les phrases qui caracolent et se cassent, les cinéastes qui tutoient le plein chant, les drames de l'inspiration chauffés à vif, les nuages d'encre, Isabelle Adjani, Ridley Scott, Francis Ford Coppola, Alain Robbe-Grillet, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jodie Foster, Antonio Mastroani, Robert De Niro et Alfred Hichcock. On pourrait allonger la liste. Remède assuré contre la torpeur et la médiocrité, elle est curieuse d'apprendre et prompte à vulgariser. C'est un des traits de son caractère. Nulle part, elle n'impose une esthétique ou une théorie. Est-elle alors un esprit uniquement critique? Distant ? Une cinéphile sincère, atteinte par le complexe de l'écrivain, qui tremble à l'idée qu'on la situe au bas de la hiérarchie des arts ? Tout le contraire. Court-circuitant le temps, les âges et les générations, Lilas Desquiron invitant sournoisement à une méthode vigilante, guidée de la sorte par les lumières à visée rationnelle et l'air du temps, est une critique de bon aloi, responsable et compréhensible à la fois. C'est trop d'extravagance, car elle était imbattable en matière de coquetterie. Présence imposante. Continuer >
Ainsi, nous voici revenu, à mon point de départ, l'étonnant manque d'objectivité de la critique chez Lilas Desquiron, sa partialité toujours alerte et qui n'a rien à voir, en aucun cas, avec la partisanerie, parce qu'elle réfléchit sur elle-même. Une telle agilité d'esprit est-elle payante ? Oui, elle recherche l'excellence, sans trop souffrir de ne pas l'atteindre. Avec autant de naturel poli, elle sait que la vérité est une quête difficile, un appel des lointains, nécessaire au plaisir intellectuel comme une ombre silencieuse et troublante. Cette séduction ne lui fit jamais défaut pourtant, et demeura l'ultime critère de jugement en faveur duquel elle écartait non seulement les avis superflus, mais aussi les critères courants, qu'elle connaissait, d'autre part, à la perfection. Désir de regarder tous les films ; d'être à l'écoute de son temps ; de n'ignorer rien, de savoir, de pouvoir tout. De cette frénésie est née alors un sens de la vulgarisation généreux et limpide d'une sensibilité et d'une allure vivantes, une interconnexion de sentiments et d'idées tels que nous n'en possédons pas, avec la même justesse, que de la main des vieux écrivains orientaux parvenus au soir de leur vie. La pensée libérée, fougueuse, jaillit, soumise à l'émotion qui l'emporte. Des effets de style semblables à des coloris, se répondent, s'affrontent comme si Lilas Desquiron, baignée d'images, rivalisait avec celles-ci. La belle, la vraie fonction de la critique quand elle n'est pas accablée ou torturée par une vaine rhétorique, c'est l'émotion sous sa forme vitale, contagieuse.
Tout son travail était bâti sur la décision de ne jamais s'évader, de se soumettre aux modes, avec cette élégance affûtée qui lui est consubstantielle, ce qui est simplement une autre manière de dire qu'elle était bâtie sur l'enthousiasme, le don de soi, l'esprit d'ouverture. Peu encline aux excès, mais une oreille toujours en bonne vibration avec l'époque, d'une courtoisie exquise comme elle doit l'être en tout et partout, elle est portée à admirer, non à haïr, et pas vraiment à craindre. A ceux pour qui l'esprit critique passe nécessairement par l'esprit d'ouverture, sa démarche paraîtra tout simplement exemplaire. On devient critique détesté ou adulé pour beaucoup moins que ça. Une carrière coiffée en mars 2002 par le poste de ministre de la Culture et de la Communication au sein du gouvernement Aristide/Neptune.
Pierre-Raymond Dumas
e-mail : padreramonddumas@yahoo.fr
cell : 3557-9628
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