Cent jours après la crise qui a chassé Jean-Bertrand Aristide du pouvoir, Haïti reste un esquif prêt à sombrer, avec ses 8 millions de naufragés à bord, tant jusqu?à ce jour ses prétendus sauveteurs ont failli à leurs missions.
Sur le plan intérieur, le premier ministre « de transition », Gérard Latortue, qui hérite d?un Etat en complète faillite, n?a marqué aucune rupture avec son prédécesseur : la pire violence urbaine continue de régner à Port-au-Prince, avec son cortège d?assassinats, de règlements de comptes et de rapts crapuleux. La reprise de l?activité économique en Haïti en est gravement compromise. M. Latortue, un technocrate des organisations internationales, homme rond et jovial, semble juger inutile de communiquer avec une population qui sort doucement de l?anesthésie dans laquelle le régime Aristide l?avait plongée.

« Le prix du riz a doublé depuis trois mois, des chefs de famille qui n?avaient jamais connu ça me disent maintenant qu?ils ont faim ! L?hôpital central n?a même plus d?électricité ! C?est affolant », dit le père Le Beller, de la paroisse Saint-Antoine, à Port-au-Prince. Et de s?indigner contre la passivité de la communauté internationale : « Il ne fallait pas venir chasser Aristide pour ensuite nous laisser dans la m... ! », s?exclame cet homme de bien.
Le recrutement de nouveaux policiers, par exemple, s?improvise sur des bases fantaisistes. Avec la lenteur qui le caractérise.
« Le nouveau premier ministre et son équipe ne connaissent pas le terrain », constate un diplomate sud-américain. « Latortue, ajoute un collègue européen, est un haut fonctionnaire sans éclat, il gaffe dès qu?il ouvre la bouche. Lorsqu?on lui dit que le riz est devenu très cher, il répond : mangez du maïs ou du manioc ! Il ne s?est jamais adressé aux couches populaires, ni même rendu dans la seconde ville du pays. »
A sa décharge, la nouvelle équipe au pouvoir découvre que la réputation d?Haïti dans le monde est à reconstruire patiemment.