Le "citoyen" René Préval a prêté serment comme président d'Haïti, dimanche, en implorant la population de "faire la paix" entre elle afin de permettre au pays le plus pauvre de l'hémisphère de sortir de sa misère.
Quelque 300 dignitaires internationaux, dont la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, le vice-président brésilien, José Alencar, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, le gouverneur de la Floride, Jeb Bush, et l'acteur américain Danny Glover , ont asssisté à la cérémonie.
Des milliers de soldats et de policiers de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (MINUSTAH) avaient mis en place un imposant dispositif de sécurité autour des trois endroits où s'est déroulé la cérémonie d'investiture: le Palais législatif, la cathédrale de Port-au-Prince et le Palais national.
Dans un discours en créole prononcé devant plusieurs milliers de personnes, M. Préval a reconnu que la MINUSTAH, composée de 4300 militaires et de 1870 policiers étrangers, devrait continuer à "accompagner" le pays dans l'avenir prévisible.
Mais conscient de la fierté nationale, le nouveau président a tenu à dire que si les Haïtiens continuaient à "faire la paix", ils n'auraient plus besoin de la MINUSTAH, ni des autres organisations internationales présentes dans le pays.
"Aujourd'hui, ils faut nous asseoir pour faire la paix entre nous afin de déboucher sur un pays sans troupes étrangères", a-t-il déclaré, suscitant les applaudissements de la foule. "Peuple haïtien, les solutions à nos problèmes sont entre nos mains. (...) Personne ne nous fera de place. Nous n'avons besoin de l'aide de personne."
René Préval s'adressait plus particulièrement aux gangs armés qui ont multiplié les meurtres et les kidnappings avant les élections, en février. Il lançait aussi un appel aux nombreux partis d'opposition, qui sont majoritaires à l'Assemblée nationale depuis les législatives, en avril.
Le leader du parti Lespwa (L'Espoir) a souligné que la situation sécuritaire s'était améliorée depuis les élections, ce que confirme la MINUSTAH. Il n'a d'ailleurs pas manqué de faire remarquer que le scrutin ayant mené à son retour au pouvoir s'était déroulé sans violence, avec un fort taux de participation (63 pour cent) et que "tout le monde" en a reconnu les résultats.
Après l'exclusion de bulletins "blancs", M. Préval a recueilli quelque 51 pour cent des suffrages, ce qui a permis d'éviter un second tour.
Lourde tâche
René Préval sera évidemment confronté à de nombreux problèmes, dont les deux principaux sont la criminalité et l'existence de nombreux activistes qui militent pour le retour en Haïti de l'ancien président Jean Bertrand Aristide, qui a quitté le pays au début 2004.
D'ailleurs, plusieurs Haïtiens venus accueillir le nouveau président, dimanche, portaient des t-shirts à l'effigie de MM. Préval et Aristide, et scandaient, en créole, "qu'on le veuille ou non, Aristide va revenir".
Dans son discours, le président a repris les thèmes de son programme électoral, dont la "décentralisation" du gouvernement vers les régions, la professionnalisation de la Police nationale d'Haïti et la restauration de l'infrastructure. La pauvreté généralisée, la corruption omniprésente et l'inefficacité des institutions d'Etat commanderont aussi des réformes majeures.
"Nous devons nous parler afin de décider ensemble de quel côté nous voulons aller, à quel rythme et avec quels moyens", a affirmé René Préval.
M. Préval a remercié ses prédécesseurs, le premier ministre intérimaire Gérard Latortue, et le président Boniface Alexandre pour le travail "difficile" qu'ils ont accompli depuis 2004. Il n'a toutefois pas abordé le principal reproche qu'on a fait à l'administration sortante: son laxisme en matière de justice et de droits de la personne.
Le président de l'Assemblée nationale, Joseph Lambert, s'est quant à lui dit confiant que l'expérience de M. Préval - il a déjà été président de 1996 à 2001 - lui permettrait de ne pas répéter les "erreurs" du passé. "Il nous incombe de tourner la page et de viser d'autres objectifs qui puissent permettre de bâtir une ère de paix et de concorde propices à (notre) évolution", a-t-il dit.
Pour l'heure, la situation demeure précaire. Environ deux heures avant l'investiture, on a entendu des coups de feu près de la principale prison de Port-au-Prince, où des détenus auraient tenté de s'évader. La MINUSTAH est intervenue en force.