Les policiers canadiens en Haiti retrouvent leur souffle
(PC) Par Sylvain Larocque
Les policiers canadiens en Haïti ont connu un automne et un hiver difficiles, mais ils se réjouissent que la situation se soit grandement améliorée depuis la tenue des élections présidentielles et législatives, en février et en avril. Il reste que le temps n'est pas encore venu de partir, loin de là.
«L'automne et l'hiver avaient été très difficiles et tout à coup (depuis les élections), les choses sont devenues très calmes», explique en entrevue le commissaire de police de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), le Canadien Graham Muir.
«La situation sécuritaire est passée de fragile à relativement stable, ce qui est encourageant», précise-t-il.
«Même dans les secteurs difficiles de Port-au-Prince (y compris la tristement célèbre Cité Soleil) et des régions d'Haïti, c'est relativement calme et stable. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas des conflits localisés et des épisodes de violence, mais après tout, c'est pour cette raison que nous sommes ici.»
Avant les élections, des gangs criminels avaient multiplié les meurtres et les enlèvements. Le Québécois Mark Bourque, un policier à la retraite de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), a été assassiné en janvier alors qu'il venait en aide à un hôpital de la capitale.
L'élection de René Préval à la présidence a donc grandement contribué à calmer le peuple haïtien, qui fonde en lui beaucoup d'espoirs, notamment pour qu'il permette à l'ancien président Jean Bertrand Aristide de revenir au pays.
M. Muir voit d'un bon oeil cette stabilisation politique.
«Je dirais que c'est une très bonne chose, parce que ce n'est pas seulement la volonté d'un homme ou de son nouveau gouvernement, c'est aussi la volonté du peuple. La population a collectivement pris la décision d'essayer quelque chose d'autre, du moins pour l'instant.»
Pro-Aristide pacifiques
L'automne dernier, la MINUSTAH craignait que les défenseurs d'Aristide ne recourent à la violence pour arriver à leurs fins. Or, il n'en a été rien. Les manifestations ont généralement été pacifiques.
«La question à un million de dollars, c'est combien de temps est-ce que ça va durer? note Graham Muir. Je n'ai pas de réponse à cela.»
Le commissaire ajoute que pour l'avenir prévisible, aucun groupe ne menace de changer la donne.
«Mais en dépit de la paix précaire qui existe actuellement sur le terrain, les réformes des institutions du pays requerront que la communauté internationale reste ici au cours des prochaines années», fait remarquer M. Muir.
Lors de son passage en Haïti en novembre 2004, l'ancien premier ministre Paul Martin avait estimé que le Canada devrait rester engagé dans le pays pendant au moins dix ans, en soulignant que les missions antérieures avaient pris fin trop vite.
Il y a actuellement 80 policiers canadiens en Haïti, provenant de la GRC, de la Sûreté du Québec et des corps municipaux du Québec. Le commandant Muir dirige en tout 1870 agents provenant de pas moins de 38 pays, dont le Pakistan, la Chine et même le Népal.
Est-il difficile de faire travailler tout ce beau monde ensemble, surtout que pour plusieurs d'entre eux, c'est une première mission onusienne?
«Oui, lâche Graham Muir en riant. C'est un défi constant: chacun arrive avec ses propres traditions et avec son orgueuil national. Mais ça finit toujours par fonctionner.»