Sport / Football
Le rapport de « Vérification spécifique des subventions accordées à la Fédération haïtienne de football, période octobre 2000-septembre 2007 », préparé par la Cour Supérieure des comptes et du contentieux administratif, informe officiellement de l'existence réelle d'écuries d'Augias à l'avenue Christophe, siège de la FHF. Y aura-t-il un Héraclès pour les nettoyer ? C'est un espoir légitime même si on peut en douter dans ce pays.
Il faut rendre justice à cette colonne et à notre collaborateur Kesner Pharel, chroniqueur économique de Radio Métropole aussi, qui n'ont eu de cesse, spécifiquement sur le cas de la FHF et généralement dans l'administration publique, d'attirer l'attention sur la nécessité d'éradiquer la mauvaise gestion dans le pays. Les notions de bonne gouvernance, transparence, bien public, intégrité, devraient être intériorisées par tous pour qu'enfin l'intérêt général ait un sens réel.
Étonnant, au chapitre « Les faits saillants », le rapport précise au point 1.4 : « En ce qui concerne la subvention 2006-2007, la FHF n'a pu justifier que 84,7 % du montant octroyé, accusant un total non justifié de 2 717 662, 46 gourdes équivalant à 15,3 % du montant global de la subvention. »
Ahurissant, ce qui suit au point 1.5 : « Pour la période 2000-2005, la Fédération haïtienne de football a reçu également une subvention de 23 532 533,89 gourdes pour laquelle aucun rapport financier n'a pu être retracé ainsi que les pièces justificatives. »
De soupçon de malversations, de corruption, de détournement de fonds, si on accepte d'avancer dans le dossier, on passe à la certitude que la faute administrative n'y est pour rien. Gravissime.
Il s'est échappé de l'esprit des protagonistes de la FHF que l'institution n'est pas leur bien propre. En fait, ils sont frappés du syndrome du dictateur, Ceaucescu, Marcos, Duvalier et les autres, qui finissent par se convaincre que l'État, c'est eux. N'avez-vous pas encore entendu le président de la FHF ou ses porte-parole se plaindre de ce que l'on veut détruire la fédération parce qu'on critique sa gestion calamiteuse ? La fédération c'est lui, comme avant lui, Haïti, c'était un président à vie.
Déjà, en 2004, la Fifa avait commandité un audit révélateur de déficiences administratives graves à la FHF. Celui de la Cour supérieure des comptes décèle un mal chronique alors qu'on ne fait même pas cas des matchs de Miami aux « misérables » recettes produites par un stade qui accueille 20 000 spectateurs détenteurs de billets achetés 20 $ US l'unité.

Cette nouvelle preuve de la dérive du football haïtien se rapporte à la fois à cette perception individualiste de l'inutilité du bien commun et à l'absence - en fait, son corollaire - d'une véritable philosophie. N'est utile, selon l'entendement des prévaricateurs, que ce qui se repose au fond des poches individuelles. Un programme d'augmentation du nombre des licenciés, intensification de la formation des meilleurs jeunes footballeurs, formation de cadres en synergie avec l'État, modernisation des clubs, valorisation du championnat national par la vente des droits de télévision, n'a jamais transpiré des prises de parole des dirigeants fédéraux.

En réponse à ces fautes d'une rare gravité, la fédération a organisé en son propre local une conférence de presse où a pris la parole un de ses contractuels sur les affaires d'imprimerie, assisté de quatre employés fédéraux qui se donnent aussi le droit d'être délégués de clubs : philippique contre le président de la République, Kesner Pharel, Patrice Dumont, le ministre des Finances Daniel Dorsainvil, les « juges corrupteurs » de la Cour supérieure des comptes.

Toutes ces mauvaises personnes se sont liguées pour ternir l'image d'une fédération à la gestion exemplaire au point qu'elle est incapable de produire une pièce pouvant justifier l'achat d'une voiture au profit de l'entraîneur Luis Garcia ou d'hébergement de joueurs en Haïti qui coûte 1 800 705,51 gourdes, presque égal - 1 854 080, 80 gourdes - pour la même rubrique à Miami. Pourtant, nous avons notre propre centre que la Fifa nous a construit, il est vrai jamais achevé malgré des dépenses de l'ordre de 800 000 dollars américains. La Fédération haïtienne de football nous meurtrit. Il n'y a plus de place pour les illusions.
Par Patrice Dumont
vendredi 4 juillet 2008