La paysannerie haitienne en question.
Posté par Titonton 06-12-2002 10:32 PM
La dynamique du changement social exige une adaptation continue aux nouvelles données de l?existence. Les prises de vue figées à une époque déterminée nous apportent des résultats biaisés , des demi-vérités et des lectures obsolètes sur les événements en cours. Le développement ne peut pas être concu avec un esprit partisan visant à privilégier un groupe au détriment d?un autre. Une coupe longitudinale dégage mieux l?allure des événements et nous permet de nous repérer avec un peu plus d?objectivité.


Durant ces 50 dernières années le monde a fait un bon extraordinaire dans tous les domaines. Si le livre du Docteur Alexis Carrel: ?L?homme cet inconnu? a fasciné l?esprit des générations passées, de nos jours les nouvelles données scientifiques ont infirmé ses thèses au point de le mettre au rancart. Il faut éviter de trainer après soi les vestiges du passé et de se complaire dans un narcissisme stérile. Cette attitude n?est pas payante et ne charrie pas le progrès économique ni l?avancement social.


Nous reconnaissons l?importance de l?histoire dans la quête des données génératrices du changement. Cependant si on veut aller à la recherche d?une solution aux problèmes d?Haiti ce n?est pas par le dénigrement. C?est une lâcheté bien vile de prendre la voie de la facilité en rendant les Gouvernement précédents responsables de tous les maux du pays.Ce refrain bien connu, devient rance avec la patine du temps et témoigne du crétinisme de certains censeurs. Une telle technique d?écriture n?a aucune valeur scientifique. Elle vise à réduire tout le monde au silence et à justifier la nullité de certains acteurs qui cherchent à décrocher des palmes au moyen d?arguments spécieux.Il faut éviter de traiter des questions d?importance de manière aussi cavalière si on veut jouir d?un certain respect et d?une certaine crédibilité.


Il ne s?agit pas de savoir qui est responsable de la misère et de la souffrance de la paysannerie haitienne et du peuple haitien.C?est une longue histoire. Personne ne peut nous dire si c?est la poule qui est sortie de l?oeuf ou l?oeuf qui est sorti de la poule. L?essentiel pour les mangeurs de poulets et les consommateurs d?oeufs que nous sommes c?est de savoir comment augmenter le nombre de poules pour avoir beaucoup plus d?oeufs et le nombre d?oeufs pour avoir plus de poulets de chair. Point barre.Nous avons pris la mauvaise habitude de viser en dehors du champ de nos objectifs. C?est pourquoi nous ratons toujours nos cibles.


Si le développement d?Haiti est d?abord agricole, il n?est pas nécessairement rural. Les données économiques internationales bousculées par la mondialisation, théoriquement impliquent la libre concurrence. Le prix des produits agricoles devient une donnée internationale. Grâce à l?autoroute de l?informatique tout le monde sait qu?un sac de riz de 100 livres coûte $ 25 à Taiwan tandis qu?une marmite de riz Mme Gousse de 5 livres coûte $ 25. Donc on peut acheter 20 fois plus de riz avec le même montant sur le marché international et le prix unitaire baisse considérablement avec la taille de la commande. Donc on ne peut pas demander au commerçant haitien de faire preuve de nationalisme.Désillusionnez-vous! Il va commander carrément le riz asiatique. Même nos parlementaires sont impliqués et scandalisés par ce commerce très lucratif du riz.Pour le présent moment, ils oublient la paysannerie haitienne, les planteurs de l?Artibonite et les slogans politiques au sujet de Ti Joseph et des fils de Sô yète .Peut-être aux prochaines élections on en reparlera.


Ce n?est pas la peine de bouder la mondialisation car Haiti a déjà signé les Accords de Libre Échange . On a déjà entrepris l?inauguration des zones franches à Maribaroux . Réveillez-vous , le train de la mondialisation est déjà en Haiti.La solution la plus intelligente consiste à utiliser des techniques visant à augmenter la taille de nos plantations pour réaliser une économie d?échelle . Ainsi on peut augmenter la productivité et réduire le coût à l?hectare pour parer à la concurrence internationale. De telles initiatives réclament des machineries lourdes et des techniques de plantation sophistiquées qui ne sont pas à la portée du paysan. Seules des firmes privées disposant de capitaux et du paquet technologique adéquat peuvent y faire face. Si l?on ne veut pas être pris de vitesse, on n?a qu?à emboiter le pas. Le développement de l?agriculture haitienne échappe à la paysannerie maintenant. Ce n?est pas un souhait, c?est l?ordre du jour.


Au lieu de gaspiller notre encre et notre salive dans des réquisitoires de petis révolutionnaires barbus, analysons la réalité.Comme solution de rechange, on peut mettre en évidence la loi de l?avantage comparatif en portant l?accent sur la multiplication des produits agricoles et des biens pour lesquels nous sommes mieux dotés sur le marché des facteurs. Ainsi, il nous serait plus facile de rentrer suffisamment de devises pour notre approvisionnement en biens que nous ne produisons pas et d?arriver à un meilleur équilibre de notre balance commerciale.


Point n?est besoin de remonter aux Duvaliers pour verser des larmes sur le sort de la paysannerie haitienne. Avec les 14 zones franches que le Gouvernement actuel installe en Haiti les ouvriers agricoles vont diminuer considérablement. D?ailleurs ce réservoir de main-d?oeuvre à bon marché dont nous disposons est l?unique pôle d?attraction des industriels étrangers en Haiti. Par voie de conséquence la production agricole va baisser considérablement. Les produits agricoles haitiens seront plus chers. La loi de l?offre et de la demande l?explique clairement. Le problème alimentaire sera encore plus cuisant. Une simple relation de cause à effets nous permet de prévoir l?urbanisation de l?espace rural haitien. La paysannerie haitienne va disparaitre quasiment avec le champignonnement des constructions autour des Centres de production industriels répartis à travers le territoite national.


Une coupe instantannée de la situation économique haitienne nous permet de constater que la paysannerie haitienne est en pleine régression. Ce retrait de la population rurale, en dépit des inquiétudes des profanes, est perçu par les économistes comme un reflet du développement.AllanB. Fischer et Collin Clark dans le cadre de leur analyse à trois secteurs affirment que le développement économique d?une nation peut être percu à travers la répartition de sa population entre les trois secteurs de l?économie: secteur primaire(agriculture), secteur secondaire (industrie), secteur tertiaire(services).Jean Fourastié dans son livre ?La Productivité? a prouvé la pertinence de cette théorie en analysant l?économie de la France de 1856 à 1991. Le mode de répartition de la population de la France est symptomatique de son développement économique. Le secteur primaire baisse au profit des secteurs secondaires et tertiaires.


Gémir, pleurer et prier sur le sort de la paysannerie haitienne n?apportera aucune solution. La mobilité sectorielle du travail actuellement en Haiti doit être perçue dans le cadre du modèle d?une économie à deux secteurs de William Arthur Lewis: l?un capitaliste , l?autre de subsistance. Avec la mondialisation le capitalisme est en flèche. La théorie du libre échange et le paradigme néo-classique maitrisent l?espace économique. Pour avoir accès au financement il faut respecter ses principes sacrosaints. La Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, le dollar américain, en dépit de tout ce qu?on raconte, demeurent les piliers du marché financier. Seul le capitalisme accorde l?investissement et dégage un surplus.Le secteur de subsistance persiste et consacre le chomage déguisé des ouvriers que le secteur capitaliste absorbera progressivement .


Les lamentations de Jérémie sur la Question paysanne n?ont aucun rapport avec le monde actuel en développement.Les remèdes ordinaires proposés traditionnellement pour secourir la paysannerie haitienne sont expirés. Le démarrage du train de la Mondialisation en 2004 n?accorde aucun délai raisonnable pour entreprendre l?encadrement des paysans et l?enseignement des techniques nouvelles. Au préalable, il fallait entreprendre leur alphabétisatisation. Il n?y a pas de place pour les retardataires.On est bien forcé d?adopter la médication capitaliste


Le fait de porter, en guise de solution, les paysans à se grouper pour bénéficier des mêmes équipements sociaux va provoquer l?éclatement de la structure rurale traditionnelle et la mutation de nos sections rurales en communautés urbaines. Nous ne prophétisons pas en nous exprimant de la sorte. C?est le schéma suivi par tous les pays qui nous ont précédé sur la voie du développement Nous nous inspirons du panorama économique et social des autres iles de la Caraibe.Les progrès de la cybernétique ont contribué à raprocher les habitants de la terre. Les messages passsent d?un bout à l?autre du monde en une fraction de seconde.Les jeunes sont vigilants et s?accrochent à toutes les nouveautés. Personne ne pourra plus retenir le paysan dans son isolement ordinaire . Pas mêmes les dictateurs, s?ils sont encore fonctionnels.


Le monde bouge. La paysannerie haitienne en question n?échappe pas aux vents de changements du monde. Il convient aux dirigeants actuels de divorcer avec les schémas traditionnels, d?effacer les freins psychologiques qui nous empêchent d?avancer. Il faut saisir les données économiques et sociales nouvelles en faisant appel aux techniques modernes de la gestion scientifique, en suivant les grands courants économiques qui mènent actuellement le monde et auxquels nous sommes assujetis. La paysannerie haitienne subira silencieusement les transformations subséquentes.