La Poesie: Le sacrifice de Pétion-ville
Un matin à Haïti, un des pays les plus pauvres du monde, dans la capitale Port au Prince dont un quartier sur les hauts se nomme Pétion-ville et ou se tient un marché, j'ai découvert à un mètre de moi, une fillette, au sol dont le visage semblait me fixer et, qui avait été sacrifiée selon des rites Vaudou pour apporter une soit disant prospérité ou bien un malheur.
Sa position de sacrifiée faisait que nul ne semblait lui prêter attention et les mamans afférées à faire leurs courses l'enjambaient sans la voir.
Militaire, je faisais une patrouille, me frayant dans la foule un difficile chemin comme pouvaient le faire les acteurs du film "les oiseaux" d'Hitchcock parmi les volatiles.
La déplacer aurait été un grand sacrilège. Elle m'a marqué pour toujours, je lui dédie ce poème.
Le sacrifice de Pétion-ville
Port au Prince un matin sur le marché aux fruits,
Ton corps de chérubin j'ai retrouvé blotti.
Les chalands afférés à faire baisser les prix
Semblaient trop occupés pour prêter attention
A toi qui pour jamais perturba ma raison.
Petit être figé dans ta gangue de boue,
Fillette sacrifiée par les prêtres Vaudou,
Puisses-tu à ton tour, jeter à ces gourous,
Des sorts qui chaque jours leurs feront regretter,
D'avoir sans dieu recours choisi ta destinée.
A l'instant où mes doigts ont baissé tes paupières,
Mes yeux remplis d'émois en grand se sont ouverts.
Dans la brousse à présent les brumes de poussières,
Levées par l'harmattan me présentent le soir,
Ta silhouette d'enfant ondulant dans le noir.
En sillonnant la terre, au détour d'un chemin,
Souvent je suis amer en croisant des gamins,
A qui tu ressemblais, je sais mes pleurs vains,
Jamais je ne verrais sur ton joli minois,
Ces rires ensoleillés par tes yeux pleins de joie.
N'oubli pas mon enfant qu'au sol je t'ai laissée
Sans linceul décent, sans tombe, abandonnée.
Si j'avais pu courir je me serais sauvé.
Ne crains pas de me nuire en entrant dans mes songes
Je ne veux plus te fuir car le remord me ronge.
Oh Dieu aide tes frères, la souffrance est bien là,
Exauce les prières de ceux qui n'en font pas.
Dans la pureté de l'âme de ceux que tu créas,
Tu gouteras les larmes et entendras les pleurs.
Descends vivre le drame de tes anges qui meurent.
Ecoute bien le cri d'une mère sans enfant;
Si à ton tour tu pries, pense à cette maman,
Serrant sa propre chair dont le sang se répand.
Es tu l'aride terre qui s'empresse de boire
Ce plasma de misère plutôt que de le voir?
La faucheuse à ma porte un matin frappera,
Mon âme sera forte, car je sais, ce jour là,
Qu'une enfant Haïtienne par le bras me prendra,
Et ma main dans la sienne sans peur je partirai
Pour partager sa peine durant l'éternité.
Finis les cris de joie et les rires enfantins
Tu pleureras en moi jusqu'au dernier matin.
Fabrice Duvaut http://www.toutelapoesie.com/index.php?showtopic=180