Dans mon pays, tout finit dans le rire. Un grand éclat de rire accueille, en effet, le commentaire inattendu sur une situation embarrassante, et même houleuse. Là où se dessine un conflit irréductible, une prise de parole à caractère instructif et mêlée d'humour vient détendre l'atmosphère. Faire retomber la tension. A l'écoute, le samedi 25 août 2007, de radio Kiskeya, j'ai poussé un grand éclat de rire. Liliane Pierre-Paul faisait entendre le point de vue de Me Osner Févry sur l'ultimatum donné inopportunément par le Sénat à l'Exécutif suite au refus du commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince de répondre à une invitation par devant la commission Justice et Sécurité du Grand Corps le mercredi 22 août.

Au matin du vendredi 24 août, Me Gérard Gourgue, invité de Radio Métropole, tranchait :« Le Sénat a perdu la face ». Hérold Jean-François, directeur de radio Ibo, à Questions-réponses dans l'après-midi, n'y allait pas avec le dos de la cuillère: "Sena a pèdi tèt li". Il déplorait la démesure du Grands Corps. La démesure, comme le mot l'indique, traduit un manque. Le Sénat n'a pas mesuré sa réaction. N'a donc pas fait montre de modération dans cette affaire d'interpellation inappropriée du Premier ministre. Enfourchant le même cheval, je dis : Le Sénat s'est fourvoyé. En tout état de cause, la nation médusée assiste à l'engagement d'un bras de fer entre deux grands corps de l'Etat, non des moindres malheureusement. En espérant secrètement que sur ce brasier quelqu'un jouant les facilitateurs y versera promptement de l'eau.

Dans la population, l'appréhension reste vive quand l'opinion de Me Osner Févry nous est parvenue via les ondes. S'élevant contre la position irréfléchie du grand Corps, le bouillant avocat croit en une formulation élégante qui contiendrait l'injonction que l'on connaît. Par exemple : « le Parlement annonce que le grand Corps cesse toute collaboration avec le ministère de la Justice tant que son titulaire n'aura pas rétabli toute son autorité sur les chefs des Parquets, notamment celui de Port-au-Prince ». Et d'ajouter : « lò fè l konsa, tout moun ap konprann ke se revokation Claudy Gassant wap mande, men lè w al mande intèpelation Pwemye minist la et w lye li a revokation préalable komisè Gassant, se grossier ! »

En effet, c'est grossier. J'ai pouffé de rire. Un rire détressant. Tout est dans la manière, comme chacun le sait. Il faut mettre les formes. Sinon on est jugé sévèrement pour son manque de tact. Hé oui, le Sénat a manqué de tact en choisissant l'escalade pour une banale histoire d'invitation à laquelle l'invité n'a pas répondu. La blessure d'orgueil des sénateurs prend un caractère disproportionné. Il est loisible à l'invité d'accepter ou de refuser. Son refus ne tire pas à conséquence. A moins que le motif de la détention préventive prolongée cachait des desseins inavoués. Tout ce boucan allumé pour si peu. Il y a lieu pour le grand Corps de se ressaisir et de rester la tête froide. Pour préserver une fragile stabilité. Pendant que l'urgence est à la construction c'est à dire à l'ouverture de nombreux chantiers. En effet, au lieu de nous épuiser en de vaines querelles, nous gagnerions à nous remettre au travail.
Source: Le Nouvelliste