Par Rose-Laure Brierre
Quand je circule dans certains quartiers de Port-au-prince ou même de Pétion-Ville, je me sens toujours frappée par l'état lamentable de ces quartiers.On dirait que personne n'y vit, tellement ils sont sales et malsains.
Je me suis toujours posé cette question : Qui est -ce qui gère ces zones ?
A la vérité, la réponse est facile : personne.
Dans les pays développés, et même certains pays en voie de développement, l'Etat est suffisamment fort et dispose d'assez de moyens financiers, de ressources humaines et d'infrastructures nécessaires pour pouvoir controler et entretenir les quartiers. Mais ici l'Etat est faible :il n'est pas représenté. Il n'a pas les moyens ni ne se donne les moyens pour faire son travail.
Mais est-ce une raison pour que certains quartiers soient abandonnés comme ils le sont... Où est la société civile ? Où sont les comités de quartier ?
Autrefois, il y avait un dynamisme dans la société. C'est ainsi que des comités de quartier avaient vu le jour. Ils s'occupaient de la sécurité. Plus tard, ils étaient transformés en comités de nettoyage. C'était bien.
Actuellement, on a l'impression qu'il n'y a rien. C'est un laisser-aller général. Nos querelles internes ont, cette fois-ci, trop duré et ont eu raison de nous... Nous sommes devenus las, méfiants, incapables de trouver en nous les ressources nécessaires pour nous revitaliser. Il n'y a plus de repère.
Je suis passée derniérement dans un quartier à Delmas, un quartier residentiel. On venait de balayer la rue. Ca faisait plusieurs petites piles de chaque côté. Telle ne fut ma surprise de voir que plusieurs de ces piles sont en train d'être brulées à même la rue, sur l'asphalte. Quelle laideur! Alors que nous ne produisons pas de l'asphalte... N'y a t-il aucune personne, aucune organisation dans la zone pouvant gérer le ramassage de ces déchets ?
De nos jours, ça devient la mode. Dans plusieurs quartiers, les fatras de toutes sortes ( ti pil gwo pil) sont empilés et brulés dans la rue; ça ne gêne ni l'autorité ni le citoyen.
Dans d'autres quartiers, ce qui frappe surtout, c'est ces petites piles de sable qui restent sur la chaussée ou sur les trottoirs, après un travail de construction terminé ou pas. Le citoyen ne se sent pas obligé de libérer la chaussée ou les trottoirs. En période pluvieuse, ce matériau s 'en va avec l'eau et occupe une bonne partie de la chaussée jusqu'à gêner la circulation. Ces < ti pil gwo pil >, on les vois sur les routes nationales, devant les devantures des maisons, dans presque toutes les villes, dans tous les quartiers, riches comme pauvres, dans tout le pays. Dans mon quartier, je dois me battre avec les propriétaires ou les responsables de chantier pour faire enlever le reste des matériaux entreposés à même la rue.

Du salon du peuple, la rue est devenue la poubelle du peuple. On y jette tout ce dont on n'a pas besoin. Ca ne gêne personne, ni l'autorité ni le citoyen. Pourtant, non seulement ces matériaux enlaidissent les zones, mais aussi et surtout ils bouchent les égouts et forcent les eaux à envahir les rues et les maisons !
Il suffirait que la mairie ou la population prennent des mesures contre les gens qui déposent des matériaux sur les routes et notre vulnérabilité environnementale serait réduite. On serait étonné de voir la somme de problèmes résolus si l'Etat mettait un peu plus d'autorité dans la direction des affaires de ce pays, et si la société civile se montrait plus coopérative et plus entreprenante.
Si ce n'est pas du sable qu'on rencontre, c'est des piles de fatras. On en trouve tout près des restaurants, des clubs, des écoles. Ca ne gêne personne, ni l'autorité ni le simple citoyen. Il n'y a pas longtemps dans un quartier résidentiel , j'en ai vu une grosse pile mais vraiment grosse. Je regardais autour de moi pour voir si tous les gens du quartier avaient déménagé. Et bien non, ils sont là. Seulement, leurs barrières sont fermées. Je suis passée plusieurs fois, les fatras étaient toujours là.

Au centre-ville, heureusement, l'Etat a installé des poubelles dans certains endroits. Les ordures ainsi sont cachées et ne dérangent pas trop les passants. Bien que l'Etat devait exiger des habitants qu'ils déposent les ordures le jour ou la veille du jour où le camion passe, comme ça se fait ailleurs. Cependant, malgré ces poubelles, tu peux voir une pile de fatras à quelque 10 mètres de là. Le citoyen ne se sent pas obligé de faire l'effort d'arriver à la poubelle. Personne ne le lui interdit non plus. Ni le citoyen à côté de lui ni l'autorité en place.
Dans certains quartiers, les fatras sont camouflés dans ces voitures abandonnées. On en voit dans plusieurs rues. Le service de la circulation, à ce niveau, est absent Ce qui me frappe particullièment, c'est sur la route de Bourdon. Cette route devrait être impeccable.
S'il y a des quartiers qui pourraient avoir des prix pour insanité (fatras, marché en plein air, garage, mares d'eau, nids de poule, station de camionnette), il y a d'autres qui font des efforts pou garder tout au moins les rues propres, même si une bonne organisation dans la zone permettrait de faire plus et d'arriver à un véritable assainissement et embellissement. Il y en a d'autres, pas beaucoup, qui ont une véritable organisation (rues asphaltées et plantées, parc, maisons respectant les normes, entrées controlées, etc.)

Est-ce que vous savez que les mauvaises choses attirent les mauvaises choses, que l'insalubrité attire le mal? C'est pour ca que je pense que si les policiers font des efforts pour réduire l'insécurité, le citoyen a aussi quelque chose à faire : nettoyer son quartier pour attirer les vibrations positives. On dit que l'insécurité a baissé, mais ca ne lit pas dans le visage des quartiers. En apparence ,c'est comme si rien n'avait changé. La société civile aussi a un effort à faire en ce sens.
Si le citoyen veut propreté, il aura propreté. Quand il veut assainissement, il aura assainissement Un peuple a ce qu'il veut avoir
Alors choisissons propreté Choisissons la joie : un mental sain dans un environnement sain.
Choisissons la santé : un corps sain dans un environnement sain.
Choisissons la richesse : un esprit riche dans un environnement sain. Tu peux mieux réfléchir quand tu as un environnement sain.
Choisissons notre quartier : si c'est à nous, nous devons en prendre soin.
Choisissons Haiti pour nous-mêmes et pour nos enfants
Quand on a un bien commun, on s'organise pour le défendre.
Pour les habitants d'une zone, le bien commun représente l'ensemble des rues qui mènent à chaque maison. Le bien commun, c'est l'ensemble des édifices publics de la zone : église, école, dispensaire, conduites d'eau et d'électricité, cimetiére, place publique, etc.
Il est important qu'on s'entende, qu'on établisse des règles pour ce partage de biens. C'est ce qu'on appelle organisation. Sinon chacun fait ce qu'il veut.
Pour se faire entendre, il faut une organisation acceptée par les autres. C'est ce qu'on appelle démocratie. Cette organisation détermine les règles du jeu. Bien sûr que c'est pas facile. Mais on n'a pas d'autre choix si on veut sortir de notre état chronique de misère et d'insalubrité. Nos enfants ont besoin d'espérer. Nous avons besoin d'espérer
Oiseau_violet@yahoo.com