Les premiers calendriers, entre Lune et Soleil
C'est aux Chaldéens, anciens habitants de l'Irak actuel, que l'on doit la première mesure du temps. L'unité principale, l'année, correspondait à peu près à la durée d'une rotation de la Terre autour du Soleil. Elle était divisée en autant de mois que de rotations de la Lune autour de la Terre.
Les Hébreux et les Grecs ont emprunté aux Chaldéens ce calendrier «lunaire»(aligné sur le cycle de la Lune).
Ils l'ont corrigé quelque peu pour faire en sorte que l'année coïncide avec la durée d'une rotation de la Terre autour du Soleil.
Jules César a participé à cet effort mais c'est seulement avec le pape Grégoire XIII, sous la Renaissance, il y a environ 500 ans, que l'on y est arrivé.
Le calendrier grégorien s'est imposé dans le monde entier pour son caractère pratique sans cesser d'être en concurrence avec d'autres représentations du temps à caractère religieux.
1er janvier 45 avant JC - Naissance du calendrier julien
Le 1er janvier de l'an 708 de la fondation de Rome (l'an 45 avant JC) entre en vigueur à Rome un nouveau calendrier conçu sous l'égide de Jules César.
Ce calendrier a été employé sans modification pendant près de deux millénaires et c'est une version à peine modifiée en 1582 par le pape Grégoire XIII qui s'est aujourd'hui imposée sur toute la planète.
La lune défaite par le Soleil
Aux premiers temps de Rome, la mesure du temps se fondait sur les cycles de la lune (celle-ci tourne autour de la Terre en 29 jours et demi environ).
L'année comportait 304 jours répartis en dix mois inégaux de 30 ou 31 jours (Martius, Aprilis, Maius, Junius, Quintilis, Sextilis, September, October, November, December). Il s'y ajoutait deux mois, Januarius et Februarius, de façon que l'année coïncide avec la rotation de la Terre autour du Soleil et respecte le rythme des saisons.
Pour les Romains, peuple de pasteurs et d'agriculteurs à l'esprit pratique, il était en effet essentiel que les travaux agricoles (labours, semailles, moissons,...) reviennent toujours aux mêmes dates
Plusieurs mois étaient dédiés aux dieux :
- le premier au dieu de la guerre, Mars ;
- le troisième à Maïa, une amante de Jupiter (les chrétiens ont plus tard dédié ce mois (mai) à la Vierge Marie) ;
- le quatrième (juin) à Junon, épouse de Jupiter (à moins que ce ne fut à Junius Brutus, l'un des fondateurs de la République romaine) ;
- le onzième (janvier) à Janus, un dieu à double face ;
- le dernier mois (février) était le mois des morts ; il était consacré à des purifications et réputé néfaste.
Jusqu'en 153 avant JC, l'année débutait donc le 1er mars, d'où les noms de septembre, octobre, novembre et décembre que portent encore les anciens mois de rang 7, 8, 9 et 10. Trois jours importants rythmaient les mois : les Calendes (1er jour), les Nones (le 5e ou le 7e) et les Ides (le 13e ou le 15e).
Il était habituel aux Romains de payer les intérêts de leurs dettes le premier jour de chaque mois. C'est ainsi que, de ce jour appelé Calendes, nous est venu le mot «calendrier». Ce mot a d'abord désigné le registre où étaient inscrits les comptes puis la mesure du temps elle-même.
Malgré les deux mois complémentaires de janvier et février, l'année calendaire dérivait par rapport au cycle solaire et les Pontifes, qui réglaient à Rome les affaires religieuses, devaient affiner le calendrier en ajoutant tous les deux ans quelques jours supplémentaires. Ils usaient de ce privilège en fonction de leurs intérêts, pour allonger ou raccourcir le mandat des consuls, ces derniers étant élus pour une année non renouvelable.
Jules César domestique le temps
En 46 avant JC, Jules César décide d'en finir avec les fantaisies pontificales. Il introduit un judicieux calendrier mis au point par l'astronome Sosigène d'Alexandrie. Le maître de Rome impose une année de 365 jours divisée en 12 mois de longueur inégale. Il la fait aussi débuter le 1er janvier (tombée en désuétude à la fin de l'empire romain, cette règle n'allait s'imposer en Occident qu'au XVIe siècle seulement).
Pour réduire l'écart entre l'année calendaire et la rotation de la Terre autour du soleil, on convient d'ajouter un jour au calendrier une fois tous les quatre ans. Ce 366e jour est introduit après le 24 février. Comme les Romains nomment les jours ordinaires d'après le jour important qui les suit, il est désigné par l'expression : sexto ante calendas martii (sixième jour avant les calendes de mars). Le 366e jour est en conséquence appelé bis sexto ante... D'où le nom de bissextile qui est encore donné aux années correspondantes !
La mise en place du nouveau calendrier intervient donc le 1er janvier de l'an 708 AUC (ab urbe condita, en français : depuis la fondation de la ville), autrement dit 708 ans après la fondation de Rome selon le calcul des années en vogue à l'époque. Elle est précédée par une «année de confusion» de 445 jours en vue de réaligner une bonne fois pour toutes le début de l'année sur l'équinoxe de printemps.
Auguste ne vaut pas moins que Jules
Sur une proposition du Sénat de Rome, le cinquième mois de l'année (Quintilis) est renommé Julius (le nom s'est transformé en juillet dans notre langue) pour remercier Jules César d'avoir réformé le calendrier.
Plus tard, son successeur Auguste remet la réforme sur les rails. Il supprime les années bissextiles sur une période de 12 ans pour gommer un léger décalage entre le calendrier de son prédécesseur et le cycle solaire. Flatteur, le Sénat décide en conséquence de donner son nom au sixième mois de l'année (Augustus, qui devient août en français)... Mais dans le calendrier initial, ce mois avait 30 jours contre 31 pour Julius !
Afin de mettre César et Auguste sur un pied d'égalité, on enlève donc un jour à février pour le donner au mois d'août,... et l'on attribue 30 jours au lieu de 31 aux mois de septembre (le septième mois dans l'ancien calendrier romain) et de novembre, ainsi que 31 jours au lieu de 30 aux mois d'octobre et de décembre.
Le calendrier julien dominera l'Occident pendant 16 siècles jusqu'à la réforme du pape Grégoire XIII.
15 octobre 1582 - Naissance du calendrier grégorien
Le lendemain du 4 octobre 1582, les Romains se réveillèrent le... 15 octobre 1582.
Cette nuit du 4 au 15 octobre 1582 avait été choisie par le pape Grégoire XIII pour l'entrée en application de sa réforme du calendrier julien, ainsi nommé d'après Jules César.
La réforme de Jules César
A Rome, l'année débutait en mars et comportait 355 jours et dix mois.
Les Romains payaient leurs dettes au début de chaque mois, ces jours étant appelés calendes (ou calendae). D'où le mot «calendrier» qui désigne le registre où sont inscrits les comptes puis la mesure du temps elle-même.
En 46 avant JC, Jules César donne à l'année 365 jours et 12 mois. Illa fait débuter le 1er janvier et prévoit des années bissextiles.
Le décompte actuel des années remonte à 532, lorsque l'Eglise décide de compter les années à partir du 1er janvier qui suit la naissance du Christ, 753 ans après la fondation de Rome.
Sous la Renaissance, les astronomes s'aperçoivent que l'année calendaire dépasse l'année solaire de... 11 minutes 14 secondes.
Quinze siècles après la réforme julienne, cette avance conduit à un décalage de dix jours... et à des problèmes croissants pour fixer la date de Pâques.
La réforme de Grégoire XIII
Grégoire XIII décide donc d'attribuer désormais 365 jours, et non 366, à trois sur quatre des années qui inaugurent les siècles.
Cette modeste réforme ramène à 25,9 secondes l'écart avec l'année solaire (une broutille).
Par ailleurs, le pape décide de rattraper les dix jours de retard du calendrier julien entre le 4 et le 15 octobre 1582.
La réforme va s'étendre peu à peu à l'ensemble des pays. Le calendrier grégorien est aujourd'hui d'application universelle.
24 novembre 1793 - Naissance du calendrier révolutionnaire
Le 24 novembre 1793, à Paris, la Convention publie le calendrier républicain, aussi appelé «calendrier des Français».
Les députés menacent de la guillotine quiconque s'exprimerait selon l'ancien calendrier, hérité de Jules César et modifié par le pape Grégoire XIII. Ils veulent de cette façon déraciner les rites chrétiens, en particulier le repos dominical et les fêtes religieuses.
Le calendrier républicain est l'oeuvre du poète François Fabre d'Églantine, qui s'est rendu célèbre en composant l'immortel «tube» : «Il pleut, il pleut, bergère...» !
Les jours ne sont plus consacrés à des saints mais à des produits du terroir : «châtaigne, tourbe, chien, radis, chèvre, abeille, sarcloir,...».
Les semaines sont portées à dix jours (primidi, duodi, tridi,...) et prennent le nom de décades.
Quant aux mois, ils ont chacun 30 jours et reçoivent des noms évocateurs des saisons : vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor, fructidor. Ils sont complétés par cinq ou six jours consacrés à des fêtes patriotiques, les «sanculottides».
532 à 726 - Invention de l'ère chrétienne... et oubli de l'An zéro
Dans les temps anciens, on comptait généralement les années à partir de l'année d'intronisation du souverain régnant (ce système prévaut encore dans l'empire du... Japon). Les Romains préféraient toutefois les compter à partir de la fondation de Rome, selon l'expression AUC (ab urbe condita, en français: depuis la fondation de la ville).
Et l'on inventa l'ère chrétienne
En 532 de notre ère, au temps de l'empereur Justinien, un moine scythe réfugié à Rome, Denis le Petit, situe l'année de la naissance du Christ 753 ans après la fondation de Rome, l'année de référence des anciens Romains (on pense aujourd'hui qu'il s'est trompé de 5 ans, le roi Hérode, contemporain de la naissance du Christ, étant mort en l'an 750 de la création de Rome).

Ce n'est pas par divertissement que le moine mène son besogneux calcul mais pour tenter de mettre un terme aux «querelles pascales» qui agitent l'Église de son temps. Pour fixer la date de Pâques, principale fête chrétienne (elle célèbre la résurrection de Jésus-Christ trois jours après sa mort sur la croix), les premiers chrétiens s'en remettaient à la tradition juive, fondée sur un calendrier lunaire. Mais cette solution a fini par déplaire à l'Église, désireuse de prendre son autonomie par rapport au judaïsme. D'où la recherche par Denis le Petit et quelques autres moines d'une passerelle entre le calendrier lunaire des juifs et le calendrier solaire des Romains.

Le calendrier et les tables de Denis connaissent une obscure diffusion dans les îles britanniques où l'on voit apparaître les premiers actes datés de «l'an de l'Incarnation de Notre Seigneur». Deux siècles plus tard, au temps de Charlemagne, un moine anglo-saxon resté dans la postérité sous le nom de Bède le Vénérable envisage de généraliser cette pratique à la manière des Romains qui comptaient à partir de la fondation de leur ville. C'est une façon de christianiser le temps.
Bède le Vénérable ne s'en tient pas là. Il a aussi l'idée d'un décompte négatif pour les années antérieures à la naissance du Christ. Ainsi écrit-il dans son Historia ecclesiastica gentis anglorum, publiée en 726 : «Dans la soixantième année avant l'Incarnation du Seigneur, Caius Julius Caesar fut le premier Romain à faire la guerre aux Britanniques».
L'année qui précède le moment précis où serait né le Christ devient ainsi une année bissextile de 366 jours qualifiée d'An 1 avant Jésus-Christ (ou avant JC). Les Anglo-Saxons écrivent en abrégé BC (Before Christ, avant le Christ).
La période postérieure à la naissance du Christ est par convention qualifiée d'«ère chrétienne». Elle débute avec l'An 1 après Jésus-Christ (en abrégé après JC ; les Anglo-Saxons emploient l'expression AD, du latin Anno Domini qui signifie en l'an du Seigneur).
L'ère chrétienne est supposée commencer au moment précis où serait né le Christ (il ne s'agit encore que d'une convention qui n'a rien à voir avec la commémoration par l'Église de la Nativité, le 25 décembre).
Vers une nouvelle représentation du temps
Le calendrier de Bède le Vénérable substitue à la représentation cyclique du temps, qui se renouvelle à chaque intronisation d'un souverain, une représentation linéaire avec des années s'ajoutant les unes aux autres... Et corrélativement, à l'idée que rien ne change, il substitue l'idée d'un progrès indéfini de l'humanité !
La nouvelle datation entre très vite en faveur à la cour de Charlemagne et de ses successeurs où l'on prend l'habitude de dater les actes publics à partir de la naissance de Jésus-Christ. Le mot date lui-même vient du latin «data» employé à propos d'un acte donné ou délivré tel jour. De la même racine viennent les mot Datum (allemand), data (italien),... L'espagnol fecha dérive quant à lui du latin «facta» (fait tel jour) ( *).
Il va s'écouler de longues décennies avant que le mode de datation des chancelleries ne se diffuse dans la pratique quotidienne. C'est ainsi que les Européens ordinaires de l'An Mil n'ont encore aucune conscience de la durée qui s'est écoulée depuis la naissance du Christ (d'où le caractère mythique de la « Grande Peur de l'An Mil »)... Rien de tel aujourd'hui ! Le calendrier de Bède le Vénérable est pleinement entré dans les moeurs. À preuve le succès planétaire des festivités du 31 décembre 1999, supposées marquer l'entrée dans le IIIe millénaire. -
Oubli de l'An zéro
Selon le calendrier de Bède le Vénérable, le premier siècle de notre ère a commencé le 1er janvier de l'An 1 et fini le 31 décembre de l'An 100... Quant au deuxième millénaire, il a débuté le 1er janvier de l'An 1001 et s'est terminé le 31 décembre de l'An 2000.
Comme on peut le voir, il n'y a pas d'année zéro dans ce calendrier pour la simple et bonne raison que le zéro était encore inconnu en Occident du temps de Bède le Vénérable.
Cet oubli ne gêne en aucune façon les historiens. Mais il en va différemment des... astronomes qui ont besoin d'additionner et soustraire des périodes. Or, quiconque est passé par le collège sait bien que le zéro est indispensable à ces opérations, surtout quand interviennent des nombres négatifs.
C'est pourquoi les astronomes ont choisi de numéroter les années avant JC par 0, -1,... en introduisant l'équivalence :
- An 0 de l'astronomie = An 1 avant JC de l'Histoire,
- An -1 de l'astronomie = An 2 avant JC,
-...
De leur point de vue, la bataille de Marathon s'est ainsi déroulée le 13 septembre -491 et non le 13 septembre de l'An 490 avant JC !
Notons pour être complet que les géologues et les préhistoriens, qui n'en sont pas à quelques centaines d'années près, notent les années à partir d'aujourd'hui. Par exemple, Lascaux, 18.000 BP (de l'anglais Before Present, Avant le Présent).
Avec l'aimable contribution de Philippe Filliatre, astrophysicien