Par Antoine-Hubert Louis
Un attroupement de curieux admirant des stands en constructionLe carnaval sous-entend une forte explosion artistique et doit témoigner de la créativité des agents qui sont impliqués dans son organisation. Il doit permettre également de montrer aux étrangers la richesse folklorique de la culture locale. Un tour au Champ de Mars nous a permis de nous faire une idée sur la place accordée à cet aspect par les différents opérateurs qui interviennent dans l'organisation du carnaval 2008 de Port-au-Prince.
Contrairement aux années précédentes, à moins de 72 heures du dimanche gras, la plupart des stands sur le parcours du carnaval, notamment dans l'aire du Champ de Mars, sont déjà à un niveau d'achèvement très avancé. Si, en plus de ces préparatifs, cela augure bien côté foule, il convient de se demander si le comité chargé de l'organisation du carnaval, spécialement le responsable artistique, les commanditaires et les ingénieurs constructeurs se soucient vraiment des aspect artistique et architectural des stands.
Il demeure évident que de grandes fresques picturales ajoutées à des innovations architecturales embelliraient davantage les constructions et contribueraient considérablement à renforcer la dimension festive et créatrice du carnaval.
À travers la majorité des stands déjà achevés, on a pu remarquer qu'une place de choix est accordée aux couleurs vives et bariolées, au détriment de la créativité. En d'autres termes, peu sont les stands qui portent des motifs burlesques, des masques bouffons ou autres objets caricaturistes. Il faut, peut-être, attendre.
Toutefois, vu l'état d'avancement des travaux de construction, on aurait dû déjà entrevoir la tendance créatrice et architecturale des stands. Parallèlement, mis à part les groupes masqués, on ne peut pas non plus s'attendre à apprécier beaucoup de déguisements étant donné que les marchands de masques et de costumes rencontrés dans le pourtour du Champ de Mars se plaignent d'une décevante mévente.
Le secteur privé a quelque peu innové
« Ah, mon cher, ça, on peut le dire franchement, ce stand est hors pair. Il n'est certes pas encore terminé, mais il est vraiment chatoyant » commentent Jackson Etellus, Gary Béliard et Gérald Auguste, tous trois observateurs et admirateurs d'un stand géant construit à l'initiative du riz « Tchako ». Daniel Lélé est l'ingénieur responsable de ce stand qui est peint tout de blanc pour symboliser la couleur du riz Tchako, explique le contremaître Luc Noël.
Construit sur une surface de 216, 35 mètres carrés, ce stand de trois plates-formes et d'une mezzanine est assez solide pour supporter sans aucun risque d'accident de nombreux carnavaliers, affirme l'ingénieur.
De l'avis des curieux, il n'y a pas que ce stand qui soit, architecturalement parlant, agréable à voir. Ils disent retenir le stand « Overseas/Radio Étoile» surplombé de balustrades en bois et de bungalows couverts de tôles pastel de teintes variées. Leur curiosité est aussi piquée par les stands de deux compagnies de téléphonie mobile, en l'occurrence Voilà et Digicel. Différemment des autres constructions qui sont pour la plupart en bois d'une épaisseur 2X4, la structure ou charpente du stand de la compagnie Digicel, contigu à celui du riz Tchako, est faite de fers forgés. Les stands signalés plus haut sont tous construits le long de l'avenue de la République.

Selon les estimations de Jacques Desrosiers, secrétaire général de l'Association des journalistes haïtiens (AJH), le coût minimum d'un stand se chiffre à environ cinq mille dollars américains. Un employé affecté au service de « Tarif de location des places », qui a requis l'anonymat, déclare que l'espace minimal alloué par la mairie de Port-au-Prince est de deux à trois mètres carrés.
Les tarifs varient d'un endroit à l'autre. À l'avenue de la République, le prix total du mètre carré est de 27 500 gourdes, y compris 10% de frais d'assainissement. À la rue Capois, le m2 coûte 22 mille et à la rue Saint Honoré, 15 mille gourdes. Le tarif d'un mètre carré à la rue Oswald Durand ne dépasse pas plus de cinq mille gourdes.
Côté secteur public, on n'a pas observé de stand dont l'aspect architecturel présenterait une grande valeur artistique. Pour ce secteur et parmi les stands déjà terminés, celui du ministère de la Jeunesse, des Sports et de l'Action civique (MJSAC), et celui du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF) remportent, à eux deux, la palme des stands publics de la moindre valeur artistique ou architecturale.
Infortune des masques et costumes
Il était près de quatre heures, ce jeudi après-midi quand Frantz Janvier, jeune artisan de 18 ans de l' « Émotion shop » de Jacmel où il pratique depuis déjà un an, déclare : « Je n'ai encore rien vendu de toute la journée ». Le masque le moins cher coûte 250 gourdes alors que le plus cher vaut 2 000, explique-t-il. Jeannine, marchande de costumes de « siam » de tous les coloris, de sandales en cuir, de paniers d'osiers et de chapeaux de paille pour enfants et adultes, se plaint elle aussi d'une désespérante mévente.
Source: Le Matin