Dans presque tous les pays du monde, la femme comme la fille est toujours traitée en parent pauvre, c'est-à-dire maltraitée, humiliée, exploitée, insultée ou pire, encore, harcelée, violée et, dans certains cas, assassinée... Tout commence dès l'enfance et, dans certaines cultures, bien avant la naissance !
La discrimination et le sexisme s'installent tranquillement mais profondément. A l'échelle planétaire, sous prétexte de coutume le plus souvent, les fillettes sont confrontées à des obstacles limitant leur émancipation, et le heurtent au déni de leurs droits. La violence contre la femme existante depuis des siècles devient, au fil des temps et de la tolérance, un phénomène de société pour ne pas dire un mal de société, un fait divers.

Pourtant la violence à l'égard des femmes est une violation flagrante de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, c'est-à-dire de l'être humain, notamment en ses articles 3,4 et 5 stipulant respectivement : «Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne», «nul ne sera tenu en esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes ses formes», «Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants». Paradoxalement, la majorité des pays où ces violations sont les plus criantes sont tous signataires de cette déclaration...Quelle aberration !
Qu'entend-on par violence contre les femmes ?
Selon la déclaration des Nations Unies sur l'élimination de la violence contre les femmes, l'expression ''violence contre les femmes'' se définit comme «tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou privée.»
Cette violence comprend, entre autres choses «la violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la famille et de la collectivité, y compris les coups, les sévices sexuels infligés aux enfants de sexe féminin au foyer, les violences liées à la dot, le viol conjugal, les mutilations génitales et autres pratiques traditionnelles préjudiciables à la femme».
Une violation mondialisée
Dans de nombreux pays de la planète, les préjugés à l'égard des fillettes sont profondément ancrés dans les moeurs, et leurs droits fondamentaux à une bonne éducation, aux soins médicaux, à l'alimentation, à l'égalité et parfois même à la survie sont régulièrement bafoués. Dans certains pays, il est considéré normal d'envoyer prioritairement les garçons à l'école et de garder les filles à la maison pour les services ménagers tout comme il est ''anormal'' de donner naissance à une fille au lieu d'un garçon. Dans d'autres, on va même jusqu'à la tuer soit avant ou après sa naissance ou du moins à contraindre sa mère à avorter, avec, bien sûr, tous les risques que cela comporte... En Chine communiste, par exemple, à l'époque de la loi du fils unique où on essayait de contrôler la croissance démographique du pays le plus peuplé du monde (plus d'un milliard d'habitants).
a) Laissons parler les chiffres :
Dans le monde, sur plus de trois milliards de personnes vivant dans des conditions inhumaines, 70% au moins sont des femmes ! Un ménage sur trois a pour chef de famille une femme seule. Les femmes représentent 38% seulement de la population mondiale active : Pire encore, lorsqu'elles sont salariées, elles gagnent environ 20 à 40% de moins que les hommes même lorsqu'elles accomplissent un travail identique et quelquefois ''un'' de plus.
Dans les assemblées législatives, les femmes sont représentées faiblement notamment dans les pays arabes (4%), en Amérique Latine (10%), en Asie (19%). Chez nous, on peut les énumérer sur nos doigts. Il n'y a que dans les pays scandinaves où elles représentent environ 40% du total. On compte environ 6% de femmes ministres et un pourcentage insignifiant de femmes chef d'Etat dans le monde : comme quoi le pouvoir serait une affaire d'hommes !
b) Des chiffres qui font peiner :
On estime qu'environ 100.000 femmes meurent chaque année d'un avortement clandestin, généralement forcé, selon un rapport des Nations Unies publiés récemment. Selon ce document, près de 580.000 femmes meurent chaque année des complications d'une grossesse ou d'un accouchement, faute de contrôle de naissance, de suivi, de soins et souvent suite à des grossesses précoces (plus de 30% sont des adolescentes). Parmi les décès, 90% surviennent en Asie et en Afrique subsaharienne. En Afrique, il y a six femmes infectées par le virus du sida pour quatre hommes. Plus de 100 millions de femmes et de fillettes ont subi des mutilations sexuelles. Dans certains pays, les filles consacrent plus de 80% de temps de plus que les garçons aux tâches ménagères, ce qui a comme conséquence que sur 900 millions d'analphabètes dans le monde, environ deux tiers sont des femmes. Et seulement 17% d'entre elles fréquentent l'université. Autrefois, elles n'étaient que 7%.

La violence à l'égard des femmes est largement répandue : à l'échelle planétaire, entre 25 et 50% au moins de femmes ont été victimes de la violence physique ou sexuelle d'un partenaire masculin. Partout dans le monde, les violences commencent dans la famille. C'est le cas pour 70% des viols en France. Au Viet-Nam, 70% des divorces prononcés sont imputables à la violence du conjoint. 49% de femmes au Guatemala se plaignent d'être la cible de violences domestiques. Elles sont 54% au Costa-Rica, 59% au Japon, 60% en Tanzanie, et jusqu'à 80% au Pakistan et peut-être davantage encore en Afghanistan, surtout à l'époque des Talibans où les maris ont, légalement ou culturellement, droit de la vie ou de mort sur les femmes de la famille, épouses comprises. Aux Etats-Unis, toutes les 12 secondes, une femme est battue. Une autre est violée chaque minute et demie. En Inde, plus de 5000 femmes sont tuées chaque année parce que leur belle-famille estime que leur dot est insuffisante : c'est une sorte de bien de valeur marchande qu'une femme offre, en se mariant, à la famille de l'époux. Enfin, on estime à 100 millions au moins, le nombre de femmes ''manquantes'' à travers le monde en raison de leur sexe.


Et chez nous ?
Chez nous, en Haïti, la situation n'est pas si différente. En moyenne, chaque Haïtienne est susceptible d'être, au moins une fois au cours de sa vie, victime d'actes de violence.
Selon une enquête menée par le Centre Haïtien de Recherche et d'Actions pour la Promotion Féminine (CHREPROF) sur la violence exercée contre les femmes à travers les départements du pays et sur un échantillon de 1705 femmes, qui avaient, en général, la charge du foyer et un groupe témoin de 503 hommes, la situation des femmes haïtiennes s'avère aussi catastrophique qu'ailleurs. 70% des enquêtées ont avoué avoir déjà été victime de violence sexuelle (37%), violence physique (33%), violence psychologique, (1,5%), violence sociale (1,5%), violence politique (2%) et autres formes de violences (25%).

Les violences sexuelles (viol, agression, harcèlement, séduction par mensonge) sont les plus courantes en Haïti. Même nos fillettes ne sont pas épargnées. Selon cette enquête, les fillettes sont victimes dès l'âge de cinq ans (2%) : la violence la plus courante est la violence sexuelle. Celle-ci dépasse largement la moyenne et atteint 46% suivie de la violence physique, 34%. A noter que 87% des cas de violences exercées sur les fillettes sont le fait de parents et de proches de la famille.

Du côté des hommes, 90% ont affirmé n'avoir jamais violenté une femme, contre seulement 10% avouant l'avoir déjà fait. Pourtant, ceux qui le nient essayent de justifier la violence infligée aux femmes en citant l'adultère (4%), désobéissance (7%), agression contre son partenaire (9%), dépenses exagérées (61%), etc. On ignore si ce qu'ils ont avancé est vrai ou faux. Ce qu'on sait en revanche, c'est qu'il n'y a pas de justification pour la violence contre un être humain, qu'il soit femme, homme ou un enfant.
Nos femmes dans l'histoire du pays.
Les violences exercées contre les femmes sur notre territoire ont commencé bien avant notre Indépendance, c'est-à-dire depuis la découverte du pays par Colomb où les conquistadores n'ont pas épargné les Indiennes dans les répressions sur l'île entière. Du temps de l'esclavage, la situation des femmes s'aggrava davantage car les colons appliquaient contre elles toutes sortes de violences... Jusqu'à présent, nos femmes continuent à être victimes de violence sous toutes les formes car les colons ont laissé cet héritage aux hommes haïtiens qui deviennent, au fil du temps, leurs nouveaux bourreaux.

Dans notre pays, nous n'avons pas que des femmes victimes. Nous avons aussi et surtout des femmes très courageuses notamment dans le milieu paysan, dans le secteur industriel et notamment dans le secteur informel qui représentent, en grande partie, une force considérable et incontournable pour l'économie nationale. Dans le temps, on a eu aussi des femmes très vaillantes mais, malheureusement, nos historiens n'ont presque pas parlé d'elles dans notre histoire. Et on ne sait trop pourquoi...

Pourtant, elles ont contribué énormément dans notre lutte de la colonie à l'indépendance. Par exemple, la reine Anacaona lutta avec beaucoup de courage et de détermination contre l'occupation occidentale de l'île d'Haïti. Catherine Flon exprima, à l'Arcahaie, ce même courage en cousant notre bicolore. Sanite Bélair, alors lieutenant, révéla en 1802, aux côtés de son mari Charles Bélair, ses talents militaires en se battant dans les Matheux contre l'expédition française. Henriette Saint-Marc approvisionnait en munitions les forces de l'armée indigène et poignardait les colons après les avoir séduit. Elle utilisait surtout son charme comme arme de combat. Marie-Jeanne, chef-marron, sauva la vie de Dessalines dans l'attentat perpétré contre lui en octobre 1805. Elle était surtout reconnue pour ses talents d'espionne. Pour ne citer que celles-là...
Les causes ou racines de cette situation
Pour certains, le traitement qu'inflige l'homme à la femme serait fondé sur l'imperfection de cette dernière due au péché originel qui la condamna à être ''dominée''. De plus, pour eux, l'homme est le premier être créé et était seul sur la terre. La femme fut créée grâce à une infime partie de son anatomie et surtout à cause de ses angoisses de vivre seul sur la terre. Ils ont aussi avancé, n'en déplaisent aux chrétiennes, que les noms de femme sont très peu cités dans la Bible et parmi les douze disciples de Jésus, aucun n'appartenait au sexe féminin. Même quand ce dernier a honoré Marie Madeleine. Aucun prophète non plus n'était femme. Aussi ne se sont-ils pas demandés perplexes que si le divin ne serait pas misogyne ?
Alors que pour d'autres, ce serait les attributs physiques de l'homme, force, musculature plus développée que pour la femme, résistance à l'effort qui serait à l'origine de ce complexe de supériorité vis-à-vis d'elle.
Les principaux obstacles à l'émancipation de la femme
a) L'homme est le principal obstacle. La grande majorité se demande encore si la femme pourrait être l'égal de l'homme. Parmi les civilisations disparues, il n'y a que l'Egypte à avoir encouragé son émancipation.
b) La justice, formelle ou informelle, s'est toujours présentée en grand obstacle contre une véritable libération de la femme. On peut le comprendre aisément vu qu'elle est écrite et décidée par des hommes la plupart du temps. Le droit de vote pour les femmes ne fut promulgué aux Etats-Unis que le 26 août 1920, en France : en 1944 et chez nous, en 1957... La loi haïtienne, dans l'article 269 du Code Pénal,excuse le mari qui tue sa femme surprise en flagrant délit d'adultère. Elle en avait même considérée la femme comme mineure vis-à-vis de son mari !
c) Le chômage et la misère qui sanctionnent davantage la femme :l'homme reçoit un meilleur salaire qu'elle-même à travail égal et, d'une manière générale,est plus susceptible de trouver un emploi.On dirait que le chômage et la misère sont féminins !
d) La religion et la culture qu'encouragent la femme à la soumission quasi-totale et représentent l'homme comme le chef suprême de la famille. Tout doit passer par lui pour être valide...
e) L'analphabétisme qu'emprisonne la femme dans son ignorance obscure : Plus de 2/3 des analphabètes sur 900 millions dans le monde sont des femmes/des filles. Or l'éducation, tout comme le savoir, est le pouvoir et la liberté sous toutes leurs formes...
Conséquence de ces violences et perspectives
La violence contre les femmes cause le malheur d'un nombre considérable de foyers. Elle conditionne les enfants à avoir une image dénaturée des relations conjugales et aussi une conception erronée de la femme étant témoins malgré eux. Ces derniers, plus tard, auront tendance à reproduire ces mêmes gestes envers leurs partenaires. Le déséquilibre que cette situation provoque risque de les entraîner sur la voie de la toxicomanie, de la dépendance à l'alcool, de la délinquance. Ils peuvent souffrir de troubles psychotiques et d'accumuler des retards de développement conduisant à l'échec scolaire.

Il serait souhaitable d'avoir un monde plus équilibré sexuellement. La phallocratie ou du moins cette tendance à croire que les hommes sont supérieurs aux femmes n'amènera le monde nulle part, sinon à la catastrophe... C'est donc un impératif pour les hommes du monde entier, toutes cultures confondues, de considérer les femmes à leur juste valeur, car un monde sans femme est un monde sans vie : Elle donne la vie. Tout comme un monde où la femme est sans valeur est un monde sans valeur réelle. Si la femme, depuis l'aube des temps, avait occupé la place qui la revient, probablement l'histoire de l'humanité aurait été modifiée positivement. Ne dit-on pas que derrière l'oeuvre de tout grand homme se cache une femme !
Emmanuel JEAN-JACQUES
Mémorand en Communication et Psychologie Sociales
à l'Université d'Etat d'Haïti Source: Le Nouvelliste