Douze ans après, le dossier relatif à l'insuffisance reinale aiguë qui avait fait de nombreuses victimes refait surface.
L'affaire concernant les parents des victimes de l'épidémie d'insuffisance rénale aiguë contre les Laboratoires Pharval S.A et M. Rudolphe Boulos a connu, ce jeudi 3 avril 2008, un nouveau rebondissement au tribunal correctionnel, présidé par le juge Bernard St-Vil. A l'évocation de l'affaire, les parties étant constituées et la parole a été accordée à toutes les parties au procès. Après l'exposé oral, le tribunal a mis l'affaire en continuation à quinzaine.
Selon une décision (ordonnance) du doyen du tribunal civil de Première instance, le juge Rock Cadet, datée du 10 mars 2008, cette affaire pendante a été reproduite devant un nouveau juge, parce que celui qui a initialement été saisi, Me Kesner Michel Thermesi, est actuellement substitut-commissaire du gouvernement à la Cour de cassation.
La partie civile, représentée par le cabinet Augustin, est composée de Mes Robert Augustin, Jean S. Avillon et Jean Miguel Fortuné. Ce sont eux qui défendent les intérêts des parents des victimes, des médicaments empoisonnés. Lors de la lecture de la citation, la partie civile a mentionné plus d'une soixantaine de morts que ces médicaments ont occasionné. Elle a noté également le matériel défaillant servant à la fabrication des produits pharmaceutiques des Laboratoires Pharval S.A. Elle a qualifié de négligence et d'imprudence ce qui est arrivé à Rudolph Boulos. Pour cela, elle a évalué à plus de 20.000.000 dollars américains les dommages-intérêts.
Le conseil de la défense, composé de Mes Samuel Madistin, Jean Gary Rémy et consorts a commencé à assurer valablement la défense de leurs clients (Boulos et les laboratoires Pharval). Et au moment où nous mettons sous presse, on était à l'exposé oral de l'affaire par la partie civile, sur réquisition du ministère public.
Rappel
En octobre 1995, une augmentation inexpliquée de cas d'insuffisance rénale aiguë à l'hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti (HUEH) attira l'attention du directeur médical de ce centre hospitalier de l'époque, le Dr Alix Lassègue. Ce dernier mit sur pied un comité d'études, composé de médecins aux fins d'analyser le problème et de suggérer une prise en charge thérapeutique. Ce comité fut rapidement élargi par l'intégration de représentants du MSPP et de l'organisation internationale spécialisés dans le domaine de la santé (OMS/OPS).

Les analyses réalisées tant en Haïti qu'à l'étranger ont révélé que les enfants étaient victimes des sirops Afébril et Valodon, fabriqués localement par les laboratoires pharmaceutiques Pharval S.A, destinés au traitement des symptômes de grippe et de fièvre. Les sirops ont été contaminés par un produit dénommé glycérine. Cette contamination n'a pas eu lieu à l'usine Pharval, mais à partir d'Allemagne où le produit (glycérine) fut importé pour être utilisé comme matière première dans la préparation des sirops Afébril et Valodon, toujours selon les analyses.
En septembre 1996, les parents des victimes ont porté plainte au tribunal correctionnel de Port-au-Prince contre les laboratoires Pharval, société anonyme, et son directeur général, Rudolphe Boulos, pour homicide involontaire. Le juge Kesner Michel Thermési, le 18 mars 1997, décida de renvoyer l'affaire au cabinet d'instruction pour un examen approfondi.
Il en est sorti une ordonnance de renvoi au correctionnel du juge d'instruction Eddy Darang à la date du 5 février 2001. Dans son ordonnance, le juge précise que les responsabilités pénales des laboratoires Pharval sont établies et, en tant que personne morale, ils ne peuvent être poursuivis pénalement et qu'il y a lieu d'imputer la faute pénale retenue à la charge de son président directeur général, Rudolphe Boulos. Mécontent, Rudolphe Boulos fit appel de cette décision au motif que la responsabilité pénale est personnelle et qu'on ne peut substituer une personne physique à une personne morale.
L'appel ayant été déclaré irrecevable pour des erreurs de procédure, Boulos exerça un pourvoi en cassation qui fut aussi déclaré irrecevable également pour des erreurs de procédure. C'est cette affaire qui revient douze ans après au tribunal correctionnel.
Source: Le Nouvelliste