Après plusieurs semaines d'absence, la telenovela mexicaine «Marina» revient sur les écrans à la grande satisfaction des nombreux passionnés, tant féminins que masculins, de cette série, l'une des rares attractions dans un pays en manque de loisirs.
Lundi 18 août. 4h 55 pm. Marie, vendeuse dans un magasin, tourne le bouton du poste de télévision sur la Chaîne 4 pour regarder «Marina». Pas de chance, la série est déjà terminée. Marie, qui d'habitude laisse le magasin après 4h, s'oblige à y rester quelques minutes, pour se rattraper sur la 8 (TNH), l'une des 4 chaînes qui diffuse la populaire telenovela mexicaine en Haïti.
"C'est tout a fait normal de regarder ces émissions dans ce pays il n'y a pas de loisirs," déclare-t-elle comme pour s'excuser. Cette vendeuse se met toujours sous la peau de l'héroïne et ne tolère aucun dérangement, fut-il un client.
Son habitude de se vêtir comme les héroïnes de telenovela lui a valu le surnom de "Preta" (actrice de la série brésilienne Au coeur du péché). Ses voisins l'ont ainsi rebaptisée car elle portait toujours des robes à fleurs, à l'instar de son idole.
Lise est une dame de 53 ans. Elle est fan de «Marina» qu'elle regarde tous les jours, à l'exception du mardi et du jeudi, à cause des réunions dans son église. Elle qui se compare à Alberta regrette quand même que celle-ci maltraite trop son héroïne préférée, à savoir Marina. Ces derniers jours, elle accepte sans problème Alberta, puisque cette dernière reconnaît ses fautes vis-à-vis de Marina et de Chui. "Je me sens bien en regardant Marina, déclare-t-elle, mais je prie pour que l'Ed'H ne me fasse pas manquer mon rendez-vous."
Un homme d'une quarantaine d'années se dit fan des telenovelas latino américaines, un fan inconditionnel de Marina. "Si, à cause du boulot je ne la regarde pas à 5h pm, je reste jusqu'a 10 h du soir attendre la reprise" confesse-t-il en ajoutant que l'arrêt de la série a été pour lui un choc.
Un autre jeune homme dans la vingtaine qui déclare avoir suivi toutes les séries diffusées sur la TNH et la chaîne 4, depuis Marimar jusqu'a Marina, affirme que le retour de cette série est un soulagement pour lui. "Grâce à Youtube et autres sites web, j'ai pu connaitre la suite, indique-t-il, mais voir quelques extraits sur Youtube et lire quelques résumés sur Google ou Ticket ne peuvent pas remplacer la telenovela."
La série n'a pas que des amis. Des pasteurs évangéliques exhortent leurs fidèles à ne pas se laisser séduire par «ces choses mondaines» qui leur font oublier de se rendre aux vêpres au cours de la semaine. Les professeurs, quant a eux, reprochent à leurs étudiants de sécher leurs cours pendant 30 ou 40 mn (suivant la série) pour aller suivre les telenovelas qui désormais occupent une place importante dans leur emploi du temps. Même les amants connaissent l'horaire de leurs amantes : "chéri, entre 17 h et 17 h 30 je ne suis pas disponible."
Pour beaucoup c'est de l'acculturation, car les images que projettent ces telenovelas ne reflètent pas notre réalité. Mais c'est toujours la même fièvre qu'ils suscitent. Dans un pays comme Haïti avec tous les problèmes auxquels fait face la population, ces types de programmes permettraient aux gens de se divertir et de rêver un peu...
Jonas Laurince