Quand les choses vont mal, les rats quittent le navire... Cela n'est pas nouveau, et seuls les idiots ne le savent pas.
Une école tombe, des enfants meurent, d'autres sont traumatisés, des familles sont brisées. Si pour certains, c'est un véritable drame qui ne devrait plus se reproduire, il n'en est pas de même pour tout le monde. Pour certains, sans coeur, c'est une occasion en or de se mettre en valeur en exploitant, sans aucune décence, la situation, arrivant même à tout ramener à leur insignifiante petite personne.

Il est facile de faire semblant. Il est facile de dire : « j'ai fait... j'ai dit... j'ai donné... », afin de se donner bonne conscience et améliorer son image de marque. Il est facile de le crier sur tous les toits. Il est facile de dire que ce sont les autres, les coupables d'une catastrophe pour ne pas assumer sa part de responsabilité. Cela doit faire du bien de se sentir au-dessus de la mêlée, de se croire un être à part, sorti directement des cuisses de Jupiter. Il doit être facile de dire :MOI, MOI, MOI, à tout bout de champ et de ne pas prendre le temps de regarder les autres ni de les écouter. Il est facile de parler à la première personne, de flatter son ego et de dire : « Je suis différent ». Tout cela doit être bien facile quand on n'a rien à perdre.

Il est plus difficile de faire un constat d'échec collectif. Il est aussi difficile d'admettre, en évaluant les résultats, que ce que l'on a dit, que l'on a fait, que l'on a donné n'ont pas empêché le pays d'arriver, non pas au bord de l'abîme, mais bien au fond du gouffre. Il est difficile d'admettre qu'ayant tout fait pour satisfaire ses ambitions personnelles, on n'a, en réalité, rien apporté de concret à la nation qui n'ait eu un rapport direct avec la satisfaction de son ego.
Il y a des journalistes qui travaillent et qui essaient, honnêtement et courageusement, de faire leur travail sans en marchander l'orientation ni la faire dépendre de leurs intérêts particuliers. Il y a d'honnêtes gens qui apprécient ce travail qui n'a d'autre objectif que d'aider à améliorer leur vie et celle de leurs concitoyens.
Il y a des journalistes qui sont aussi des pères et mères de famille et qui ne peuvent s'empêcher de penser à leurs enfants quand ils voient la souffrance des autres. Il y en a qui sont, aujourd'hui encore, sous le choc de ce qui est arrivé, qu'ils ont VU, qu'ils ont VECU, qu'on ne leur a pas raconté. Ils étaient là! Et le triste spectacle qu'ils ont découvert n'était pas, pour eux, rien que le sujet d'un article. Cela, il y a des gens qui ne peuvent le comprendre, et pour cause...
Il est facile de prendre ses distances de la triste réalité du pays quand on vit ailleurs, très loin ailleurs et que l'on n'y a pratiquement pas d'attache, quand le pays n'est qu'un piédestal pour satisfaire ses ambitions de gloire et de célébrité.
Il est très facile de se persuader que l'on peut effacer le passé, qu'on peut l'effacer aussi de la mémoire collective. Il peut être très difficile, pour certains, de concevoir qu'il existe des citoyens intègres qui ne changent pas de discours quand ils ont l'impression que leurs intérêts sont lésés.
Nous sommes tous criminels. Encore plus criminels de ne pas avoir l'honnêteté de reconnaître nos fautes, d'abandonner les autres, que l'on fréquentait assidûment, seuls sur le banc des accusés.
Nous sommes tous criminels, et encore plus ceux qui ont pu jouir avec insouciance des avantages que leur a procurés la situation privilégiée de leur famille, de leurs fréquentations, ou encore leurs prises de position tonitruantes, et qui, maintenant, rendent les autres responsables de certains moments difficiles auxquels ils ont dû faire face sans se rendre compte, inconscients qu'ils sont, que la grande majorité de la population n'a connu et ne connaît encore que des moments difficiles.
Encore plus criminels ceux qui osent insulter ceux qui ont le courage d'accepter leurs torts et de prendre leurs responsabilités.
Que ceux qui ont la conscience tranquille dorment en paix et se la coulent douce en terre étrangère! Qu'ils soient heureux ! Mais, de grâce, qu'ils laissent en paix ceux qui ont mauvaise conscience et qui font de leur mieux pour se faire pardonner leurs péchés! Ils auraient pu, eux aussi, déserter.
Devant l'ampleur de la tâche qui les attend, il leur est fort difficile de prendre en considération les frustrations personnelles de ceux qui se sentent blessés dans leur orgueil démesuré.
Mwen te voye dlo, mwen pat panse mwen te mouye pèsonn !
Un certain Patrice-Manuel Lerebours