
Une question s'impose en relation avec l'aventure de la conscience. Quand celle-ci apparaît-elle ? A partir du moment où l'être humain naît ou quand il parle ? Avant qu'il naisse ou lors de la conception ? La conscience apparaît-elle à un stade précis de l'embryogenèse ? Olivier et Varenka Marc ne vont par quatre chemins. Pour eux, l'enfant aurait une conscience de tout ce qui se passe dans le ventre de sa mère et cela dès le départ. Mais quelle sorte de conscience ? se demandent plus d'un. Laissons la parole aux deux thérapeutes : «Plus on essaie de comprendre ce qu'est l'origine de la vie ou l'aube de la vie physique, plus on est amené à se rapprocher du corps. Et quand on entre dans la partie la plus avancée de cette aventure de la conscience, on est dans une sorte d'archéologie ou de préhistoire de la conscience. Dans celle-ci, conscience et matière sont confondues. On voit l'évolution de la matière. On voit une matière qui croît et qui se développe. Apparemment, il n' y a pas de conscience, c'est une matière qui se développe. Quand on voit ensuite que l'enfant, à travers son dessin, a une conscience de ce qui s'est passé là, on se dit que si l'enfant peut dessiner, c'est que sa conscience est en train de se différencier de la matière. Mais c'est encore une conscience non consciente. Il ne dit pas : « Voilà ce qui m'est arrivé dans ma vie prénatale», mais il le traduit spontanément comme quelque chose que son corps met en images. Et à partir du moment où l'on constate que l'être peut laisser sa trace ou mettre en images, c'est qu'il y a un processus de conscience qui est en marche.»

D'après les mêmes auteurs, beaucoup d'images corporelles se sont retrouvées dans les dessins intéressés. Leur impression est qu' «à travers la main, ne réfléchissant pas, ne faisant pas, agi directement le mental, l'enfant exprimait un vécu qui n'était pas un vécu conscient, mais un vécu inconscient».

Approfondissant leur concept de préhistoire ou d'archéologie de la conscience, les psychanalystes soulignent qu'il n' y a pas de matière sans mémoire et que tout est mémoire dans la nature. Olivier Marc part de l'exemple du spermatozoïde pour étayer son argumentation : « Le spermatozoïde, c'est déjà de la matière, c'est déjà la vie avant la vie. Je ne parle pas de conscience mais de souvenirs. Quand on prend une cellule, n' importe quelle cellule, pourquoi pas l'une de celles qui composent le spermatozoïde, elle réagit tactilement. Le tact est premier et dès qu'il y a tact, il y a mémoire. Basé sur la sensorialité, il semblerait que le corps emmagasine tout ce qui a été vécu depuis l'état cellulaire. Un peu comme si on imaginait un magasin dans lequel tout ce qui s'est passé est classé. Et en fonction des situations, certains événements peuvent être éprouvés ou rééprouvés, quelques fois beaucoup plus tard traduits par le dessin ou le mouvement avec un réalisme interne absolument sidérant.»

Etant donnée la pertinence de cette approche, on comprend aisément pourquoi les dessins d'Alexandre ont été montrés à Varenka et Olivier Marc. C'était là, selon B. Martino, plus qu'un pari ; c'était un défi. Toute la question portait sur la possibilité, pour les Marc, de confirmer dans le droit fil de leur ouvrage l'existence du jumeau mort en analysant les dessins du petit Alexandre. « S'ils n'ont pas exactement trouvé, ils ont tourné autour. Là où il y avait une hémorragie, ils ont parlé d' «assèchement». Là où il y avait un couteau, ils ont évoqué l' «avortement thérapeutique». Ils n'étaient pas loin, flirtant avec la réalité, la devinant peu ou prou à travers les dessins d'Alexandre.»

Notons une fois encore que lorsqu'on dit que l'enfant a une conscience de tout ce qui s'est passé dans le ventre de sa mère, cela signifie qu' «il a une conscience corporelle de ce qui s'est passé», soulignent quelques auteurs. En fait, c'est «son corps qui se souvient de tout». Comme le précise l'un des psychanalyses déjà cités, «si je dis «son corps», c'est pour ne pas dire «son mental». Mais l'enfant, lui, en fait, ne sait pas ce qu'il dessine.»

Pour rester dans la note relative au cas d'Alexandre, dont l'étude a eu lieu à l' Hôpital Roubaix en France, les parents étaient médusés. Ils n'avaient jamais pensé leur enfant de cette manière. Quant au garçonnet, lui, il était soulagé, délivré d'un grand poids, celui d'un secret indicible. Pour la première fois peut-être, il ne sentait plus peser sur lui des regards angoissés qui le forçaient à vivre seul muré dans son angoisse. Il voyait bien que ses parents le dévisageaient d'une autre façon, moins inquiète, plus perplexe. Aussi surprenant que cela puisse paraître, après cette première consultation qui n'avait duré que quarante cinq minutes, l' enfant, le soir même de ce jour, a dormi à poings fermés. Comme le dit sans ambages le docteur Titran, en dessinant, ou en dansant ou en faisant autre chose, l'enfant se met «psychiquement» au monde. «Il a besoin d'établir une continuité et de commencer à s'intégrer, à se lier au monde. C'est là que le dessin ou d'autres moyens d'expression sont fondamentalement importants : c'est qu'ils lui permettent progressivement d'intégrer son expérience passée, c'est-à-dire son vécu prénatal, ou sa naissance, ou tout juste post-natal, de le relier au monde extérieur, de le relier le monde intérieur au monde extérieur.»

Le grand Sigmund Freud a déjà exprimé cela en affirmant que «La vie prénatale est bien plus en continuité qu'on ne le pense malgré la césure de l'acte de naissance». Les Orientaux le savent puisqu'ils datent l'apparition de la vie et de la conscience à partir du moment présumé de la conception. «Il est probable que dans la réalité temporelle, ils se trompent de quelques jours», écrit un spécialiste de la question. «Mais en ce qui concerne la réalité intérieure de l'être, ils sont beaucoup plus «satisfaits», parce qu'ils intègrent les neuf mois de vie prénatale dans la vie. Au fond, le prénatal ce n'est pas du passé, c'est aussi, sur le plan sensoriel, du toujours présent.»
Le cas d'Alexandre et de bien d'autres que nous n'avons pas développés dans cet article peuvent, de l'avis de plus d'un chercheur, servir de base à un nouveau chapitre médical, qui viendrait faire progresser l'obstétrique, la pédiatrie et la pédopsychiatrie.
Juste une légende avant de clore. Nous naissons tous avec une même petite fossette au-dessus de la lèvre supérieure. Cette légende veut que le bébé encore dans le ventre de sa mère sache déjà tout du monde et de ses secrets. Aussi, quand il naît et qu'il nous rencontre, grande est son envie de nous le dire, mais au moment où il ouvre la bouche pour le faire, un ange s'approche de lui et pose un doigt sur ses lèvres : chut...!»
Frantz Bernadin
Chercheur en paranormal
Journaliste- Ecrivain
Professeur de Philosophie
Médecin Psychologue
Pour en savoir plus
1- Patrick Bernhardt : Les Secrets de la musique de l'âme
2- Thomas Verny, John Kelly : La Vie secrète de l'enfant avant sa naissance
3- Olivier Marc, Varenka Marc : L'Enfant qui se fait naître
4- Stanislav Grof : Royaumes de l'inconscient humain
5- Bernard Martino : Le bébé est une personne
6- Jacques Salomé : Papa, maman, écoutez-moi vraiment.