Mystères du Monde Quelques découvertes sensationnelles
Le père et la mère d'un garçon de quatre ans consultent un pédiatre. Les parents sont visiblement inquiets. Ils décrivent Alexandre comme un enfant «tourmenté, violent, asocial». Celui-ci est habité d'une peur secrète qui l'empêche de vivre. Un premier pédiatre a déclaré forfait. L'enfant lui faisait peur ; il trouvait son comportement bizarre, imprévisible, inquiétant.
Le docteur Titran consulte le dossier, pose les premières questions selon le rituel routinier, puis interroge les parents sur les problèmes de l'enfant. Le petit Alexandre est insomniaque et il a peur de la mort. «Tout à l'heure en arrivant, il a vu l'image d'une femme qui tenait un bébé et il a dit : «Il est mort le bébé ?» précise le père.
«Y a-t-il autre chose ?», interroge le médecin qui ne semble pas pressé de sortir son carnet d'ordonnances pour prescrire un médicament. Et la mère d'intervenir : «Il cache les couteaux de la cuisine et il a toujours peur de couper les mains de son frère...»

Si les parents du garçon interprétaient le comportement de ce dernier en termes de maladie mentale et commençaient à parler de placement dans un établissement spécialisé, Maurice Titran, lui, voulait comprendre le cas. Pour essayer d'y parvenir, il est remonté en arrière. Alexandre est un deuxième enfant complètement désiré. Sa naissance s'est déroulée dans de bonnes conditions : 2,6 kg à la naissance. « Un beau bébé bien complet, bien fini», souligne le médecin. Mais il fallait s'enfoncer davantage, chercher encore. Le docteur Titran apprend que durant la grossesse, la mère a eu des pertes de sang, pas de celles qui peuvent arriver en début de grossesse. La gestante était restée, couchée six mois environ. «Six mois couchée !», s'exclame l'homme de science. «Ce n'était donc pas une grossesse si facile que cela. Vous avez dû avoir peur de perdre votre bébé à ce moment-là. Déjà, là, vous vous êtes dit sans doute que vous aviez un bébé fragile qui allait vous poser des problèmes. Je suppose qu'on vous a fait des examens. Une échographie ?»

Le père et la mère du blondinet ont précisé que le bébé était normal et le foetus en bonne place. C'est alors que le pédiatre s'est mis à exposer son point de vue : «Je suis un peu embarrassé, parce que je dois vous dire qu'en 1978, on ne connaissait pas encore bien les causes, toutes les causes de ces hémorragies qui durent très longtemps, qui sont très spectaculaires, et qui font très peur aux mamans et aux papas qui attendent un enfant.»

M. Titran poursuit en disant que de nos jours, «on sait qu'une des principales causes de ces hémorragies persistantes, c'est que vous n'attendiez probablement pas un seul bébé, mais deux bébés et vous avez dû en perdre un ; mais vous n'avez jamais su que vous l'attendiez, ce bébé-là.» A cet égard, ajoute-t-il, «il est donc très vraisemblable que votre peur, votre angoisse, soit liée à ce bébé dont vous ignoriez l'existence et c'est par erreur qu'elle s'est progressivement concrétisée sur Alexandre qui, lui, se porte très bien, comme les examens le confirment puisqu'ils sont constamment négatifs...»

Que les parents soient stupéfaits, cela ne fait pas de doute. Ils posent des questions, commençant à regarder les événements sous ce jour nouveau. Mais c'est Alexandre qui mobilise l'attention du journaliste présent lors de cette consultation. «Quand le docteur Titran explique qu'il y avait dans le ventre de la mère non pas un mais deux bébés, le comportement d'Alexandre devient fascinant», rapporte Bernard Martino. «Dorénavant, il écoute intensément», poursuit l'enquêteur.
«Lui qui était assis près de moi, occupé à jouer avec des cubes, soudain se lève, et saisit un gros nounours rouge. Tandis que l'on évoque ce petit frère ou cette petite soeur inconnue, il vient se glisser entre son père et sa mère pour poser le nounours sur la table de consultation entre lui, ses parents et le médecin, avant d'aller s'asseoir sur les genoux de son père sans pour autant quitter le médecin des yeux... Sa vie change en ce moment ; il n'est plus l'enfant fragile pour qui on craint le pire.»
L'auteur de «Le bébé est une personne» ne manque pas de souligner que des regards stupéfaits, presque admirables, se posent sur Alexandre. A partir de là, Maurice Titran reprend tous les symptômes les uns après les autres. A la lueur de ce que le médecin vient de découvrir, «tout prend un sens». Le comportement du garçon est perçu sous une dimension cohérente, presque magique.
Alexandre, qui écoutait attentivement, s'est mis à dessiner. Les parents ébranlés ont les yeux rivés sur leur enfant. Celui-ci fait trois dessins, trois petits cailloux qu'il laisse pour qu'on le suive bien : sa petite soeur Emilie d'abord (c'est la première fois qu'il en parle) puis un arc-en-ciel dans lequel pluie et soleil se confondent et, enfin, le dessin d'un personnage qu'il baptise Goldora avec, planté au milieu du ventre, une sorte de couteau.

Mais laissons un instant Alexandre, et ses dessins pour nous pencher sur les expériences et découvertes de deux psychanalystes français, montrant que le foetus n'oublie jamais rien. Selon Olivier et Varenka Marc, à défaut de son esprit, le corps du foetus garderait tout en mémoire. Bien plus, ils disent avoir observé dans les dessins d'enfants, derrière ce qui pourrait apparaître comme des gribouillages sans signification, des ressemblances étranges, des coïncidences troublantes. Opérant des recoupements avec des graphismes traditionnels, ils mettent en parallèle un dessin rituel montrant le chemin que parcourt l'initié, le shaman, pour parvenir à l'ultime connaissance, et l'image d'un ovule fécondé qui lentement, remonte dans la trompe.

Dans leur livre «L'Enfant qui se fait naître», Olivier et Varenka Marc citent, entre autres cas, celui d'une petite fille qui avait signé librement dès un an et demie son premier graphisme jusqu'à six ans, son entrée en classe. Cette fillette, précisent les deux auteurs, n'avait pas été au jardin d'enfant et elle n'avait jamais reçu la moindre directive. Et pourtant, ces dessins, au nombre de cinq cents environ, se sont révélés, à l'examen plein de signification quant à la vie prénatale.

«Nous nous sommes dit : regarde là, ce dessin a un rapport avec le retournement dans l'utérus, et, en remontant un peu, là c'est l'ébauche d'une main, d'un bras, ça ressemble tout à fait au moment où les membres se forment, et là ce visage entouré d'un collier, mais c'est le blastocyte (une des premières phases du développement de l'ovule fécondé). Il ne pouvait s'agir du tracé maladroit d'un enfant car, si tel avait été le cas, la similitude ne serait pas si forte avec quelque chose qui existe réellement.»

Les psychanalystes susnommés disent n'avoir jamais imaginé qu'une telle histoire puisse se dérouler sous leurs yeux. «Nous avions l'impression que la trame de fond de tous les graphismes de cette enfant était son histoire prénatale, ses neufs mois de vie prénatale, toute l'histoire de son développement embryologique», expliquent-ils. Varenka et Olivier Marc n'ont pas caché leur stupéfaction, puisqu' ils ne s'attendaient pas, disent-ils, à une telle similitude. «Même si nous pensions que l'être humain peut ressentir certains états dès la toute petite enfance et peut-être d'avant la naissance, la ressemblance entre ces dessins et les schémas que nous connaissions du développement embryologique nous sidérait».

D'autres dessins d'enfants étudiés par les Marc semblent avoir confirmé leur théorie. Ils évoquaient, selon eux, un aspect de la vie prénatale. En théorie, lorsqu'il y avait «toute une série de dessins sur une période assez longue, on s'apercevait que c'était toute une histoire : celle, probablement, d'une période difficile de la vie prénatale que nous voyions apparaître». Certes, s'empressent d'ajouter ces chercheurs, «tous les enfants ne dessinent pas, mais quand ils commencent, à quelque âge que ce soit, ils commencent tous le même dessin». Un tel constat montrerait que «nous avons tous le même fond archaïque» et que «cette préhistoire est commune à tous les êtres». En d'autres termes, avant que la vie nous divise, nous sépare, nous avons tous ce langage commun. Et ce langage commun, « c'est l'intérieur du ventre de la mère qui est le même partout, qui est le même pour tous.»

Une belle intuition, diriez-vous, face à l'argumentaire développé par les deux psychanalystes ! Pour eux, cependant, ce n'est pas seulement une intuition. «Il y a quand même beaucoup d'ébauches de confirmation quand on compare les documents embryologiques et les dessins d'enfants avec un grand nombre de dessins traditionnels qui existent dans toutes les traditions et qui, tous, relatent des situations identiques. Leurs images font état de mouvements qui ne se manifestent à l'origine que dans la vie anténale. Nous le vérifions d'autant mieux que, maintenant, nous pouvons nous aider de la microphotographie et de l'échographie pour voir comment se développe à l'intérieur du ventre maternel sans entraîner de perturbation.»