Jamaïque Bora Milutinovic : cap sur les Caraïbes
Velibor Milutinovic est un véritable globe-trotter de la planète football. Plus connu sur la scène internationale sous le nom de Bora, ce Serbe qui a qualifié cinq sélections différentes pour autant de Coupes du Monde de la FIFA est prêt à se lancer dans une nouvelle aventure, en tant que sélectionneur national de la Jamaïque.
Le Serbe Bora Milutinovic, ici entraîneur du Honduras le 16 septembre 2003 à Tegucigalpa, est le nouvel entraîneur de la sélection nationale de Jamaïque. (AFP) RENE MARTINEZ
Après avoir officiellement pris la tête des Reggae Boyz la semaine dernière, Milutinovic vise déjà la qualification pour Afrique du Sud 2010. Le succès de son entreprise marquerait la deuxième participation des Jamaïcains à une phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA, après leur qualification historique pour France 1998. Depuis Kingston, l'entraîneur s'est entretenu en exclusivité avec FIFA.com sur sa nouvelle équipe, ses espoirs et le rêve de retrouver la plus grande scène du football mondial avec la nation caribéenne.
M. Milutinovic, c'est un tout nouveau défi qui vous attend à la tête de la Jamaïque. Quelles sont vos impressions ?
Oui, c'est un nouveau défi dans ma carrière. C'est peut-être le plus difficile de tous, mais ce n'est pas impossible. La Jamaïque a déjà participé à une Coupe du Monde et elle compte des joueurs très rapides, dotés d'un excellent physique. Cette équipe est capable d'accrocher la quatrième place qualificative de la CONCACAF. La devise de cette sélection est d'ailleurs : "Come back to Africa" ("Retrouver l'Afrique"), parce que tous ses joueurs ont des racines africaines.
Comment êtes-vous arrivé à la tête de la sélection de la Jamaïque ?
Crenston Boxhill, le Président de la Fédération, me connaît bien et m'a proposé de prendre le poste de sélectionneur. Il pense que je peux introduire du changement et emmener le pays à sa deuxième Coupe du Monde, après sa participation inédite à France 1998.
Pensez-vous qu'il soit possible d'égaler l'équipe de 1998 ?
Ce sera difficile car elle a placé la barre très haut. Non seulement cette équipe s'est qualifiée, mais elle a aussi battu le Japon, une équipe très compétitive. J'espère que nous pourrons égaler cet exploit. Il est très difficile pour une petite nation d'aller à une Coupe du Monde et d'y remporter un match, comme l'a fait Trinité et Tobago en Allemagne. Les Trinidadiens ont joué un excellent football et pris un point prodigieux contre la Suède. Ils ont laissé une très bonne impression du football caribéen.
Vous qui avez exercé votre métier dans le monde entier, comment qualifieriez-vous cette équipe de Jamaïque ?
Le physique des joueurs est comparable à celui des Nigérians, que j'ai dirigés à France 1998, justement. Bien entendu, ils n'ont pas la même expérience ni les mêmes compétences, mais ils en ont assez pour rêver d'une qualification pour Afrique du Sud 2010. Maintenant, il n'y a plus qu'à retrousser nos manches.
Bora Milutinovic, tout sourire lors de la cérémonie d'ouverture du Futbol Expo Show 2006 au centre Banamex de Mexico.
(AFP) RODRIGO ASCENCIO
Selon vous, qui seront vos principaux concurrents dans la zone CONCACAF ?
Dans la CONCACAF, le Mexique et les Etats-Unis ont un net avantage. Ils sont presque assurés de se qualifier. Viennent ensuite les autres sélections, comme le Honduras, le Costa Rica, Trinité et Tobago, le Canada, Cuba et le Panama. Ce sont aussi des équipes d'une grande qualité et il n'y aura qu'une place et demie pour tout le monde. Il faut s'attendre à une lutte très serrée, d'autant que le Panama est maintenant dirigé par Alexandre Guimaraes, le Costa Rica par Hernán Medford, le Mexique par Hugo Sánchez et le Salvador par Carlos de los Cobos. Tous ont joué sous mes ordres et sont devenus des entraîneurs très renommés !
C'est une drôle de coïncidence, en effet. Pensez-vous que cette situation vous donnera un avantage ?
Si je jouais contre eux, c'est possible (rires) ! Mais je ne suis pas sur la pelouse, ça ne me donne donc aucun avantage. Tout dépendra de ce dont seront capables mes joueurs. S'ils se débrouillent bien, les résultats suivront, c'est certain.
Vous avez assisté au dernier match amical de la Jamaïque, un nul 1:1 contre le Pérou. Quelle impression vous a laissée la prestation de votre nouvelle équipe ?
L'impression d'une équipe pleine de talent. Nous avons des joueurs dans les championnats anglais, suédois et américain. Je crois que nous avons assez de temps pour construire une équipe compétitive. La qualité est là. Maintenant, le tout est de nous focaliser sur le travail. La sélection ne s'est malheureusement pas qualifiée pour la Gold Cup (elle a été éliminée de la Coupe des Caraïbes par St-Vincent et Haïti), nous souffrirons donc d'un manque de compétition. Mais j'essaierai d'organiser le plus de rencontres amicales possible.
Votre expérience à la tête d'autres sélections vous servira certainement pour obtenir ces rendez-vous ?
J'espère pouvoir utiliser mes contacts, car c'est en jouant qu'on apprend le mieux. Avec le Mexique, nous avons joué 64 amicaux, 94 avec les Etats-Unis - un record absolu - et 51 avec la Chine.
Qu'allez-vous commencer par travailler avec la Jamaïque ?
Le comportement des joueurs sur le terrain et la discipline tactique. S'il y a des problèmes de comportement ou un manque de préparation tactique, on ne peut rien faire. Mais l'équipe a d'autres qualités, comme la vitesse et la puissance. Il y a juste quelques détails à fignoler.
Allez-vous vous installer en Jamaïque ?
Normalement, oui. Ce n'est pas trop loin du Mexique, où vit ma famille. Mais je vais aussi devoir aller en Angleterre et dans d'autres pays d'Europe. Certains de nos joueurs y évoluent et il va falloir aller les suivre de plus près.
Bora Milutinovic, entraîneur de la Chine, donne ses instructions à ses joueurs lors d'un entraînement au Stade de la Coupe du Monde de Seogwipo, en République de Corée, le 7 juin 2002. (AFP)Robyn BECK
Pour France 1998, le sélectionneur, René Simoes, était allé chercher des joueurs d'origine jamaïcaine en Angleterre. Avez-vous prévu de faire la même chose ?
Si je trouvais un joueur comme John Barnes (attaquant anglais d'origine jamaïcaine qui s'est illustré dans les rangs de Liverpool), ce serait le gros lot ! Mais il faut être réaliste : tous les joueurs qui étaient à dénicher l'ont déjà été. Maintenant, il faut travailler avec ceux que l'on a.
Comment avez-vous été accueilli ici ?
Super bien. Les gens sont très gais et ils m'ont réservé le plus bel accueil. La Jamaïque sera toujours la Jamaïque. Ici, les gens prennent les choses avec tranquillité. Du moins, tant que les résultats suivent !