Haïti ou une symphonie en sélection majeure
On voudrait verser dans le chauvinisme le plus radical qu?on ne trouverait pas assez de substantifs laudatifs pour rivaliser avec un reportage objectif sur la performance en tous points exceptionnel de l?équipe nationale de football samedi après-midi à Port of Spain en demi-finale de la Digicel Cup.
La Guadeloupe a été balayée par des tourbillons successifs durant 90 minutes. Ce n?est point faire offense à la vérité si on considère que les dégâts, exprimés en termes de buts encaissés (3-1 ), ont été finalement peu considérables pour le département français d?outre- mer, surtout que les vaincus ont pu marquer un but (82e) alors que le ballon a été à 70 % en possession des Haïtiens.
On en vient à s?interroger sur la vraisemblance de la qualité de jeu exposée par les joueurs au palmiste tant les adversaires ont été, pour ainsi dire, inexistants. C?est peut-être, paradoxalement, la seule réserve à avancer sur cette production collective exceptionnelle puisque, comme on le sait, le football a besoin de deux bons protagonistes pour atteindre sa plénitude esthétique.
Un nouveau système
Garcia avait laissé Monès Chéry sur le banc, remplacé par Ednerson Raymond de sorte que les deux latéraux gauches, celui-ci et Frantz, Gilles, l?un défenseur, l?autre milieu, étaient associés. Vuibert occupait seul le poste de milieu défensif ; Germain se plaçait près des attaquants Fucien et Cadet et, Boucicaut devait occuper le flanc droit du milieu. Le petit milieu de terrain du Violette bougea beaucoup, comme à son habitude, se retrouvant souvent dans l?axe à côté de Fucien et même jusque sur le côté gauche près de Raymond. Le grand avantage de l?équipe nationale a été sans conteste l?entêtement de l?entraîneur guadeloupéen à aligner Jocelyn Angloma, ancien international français (42 ans) comme milieu offensif, dans la zone d?évolution d?Alain Vuibert, athlétique, agressif, sobre et de vingt ans son cadet.

Les remontées de balle haïtiennes furent d?une rare fluidité, de la défense à l?attaque en passant par un milieu de terrain où seul Lamourde (numéro 13) pouvait plus ou moins les contrarier. Mais lui aussi, si seul, fut emporté par la vitesse d?exécution du bloc offensif haïtien animé par de véritables lutins qui ont pour nom Boucicaut, Fucien, Raymond et même Guillaume, arrière latéral offensif et technique. Et Peter Germain orientait avec vitesse et précision. Que croyez-vous qu?il arriva ?

À douze mètres du but, Guillaume croisa trop son tir (8e) ; le ballon choisit de heurter le poteau gauche de Grandel sur une tentative subtile de Cadet (19e) ; à cinq mètres du but, Boucicaut mit à côté un centre au ras du sol de Fucien (25e) ; ce dernier fut rejoint à la dernière seconde par Vertot au moment où il armait son tir à l?intérieur de la surface (30e). On ne vous comptera pas les nombreux centres et une-deux qui ont obligé la défense guadeloupéenne à dégager en catastrophe. Pas de but marqué
Éliphène Cadet enfin
Peut-être pas assez précis dans les actions finales, Raymond fut remplacé dès la 38e minute par Chéry. Boucicaut passa à gauche. Le sort et quelques petites maladresses continueraient-ils à faire des Haïtiens des infertiles ?
Frantz Gilles, en possession de la balle dans son coin gauche de la moitié de terrain haïtienne, passa en retrait à Bruny qui changea le jeu par une transversale de quarante mètres qui trouva la poitrine de Guillaume qui enchaîna illico vers Fucien décroché légèrement sur la droite ; il eut la bonne idée d?orienter son contrôle vers l?avant et vit alors Cadet démarqué dans la défense adverse, son centre fut repris par l?attaquant d?une tête intelligente qui loba le portier (56e). De passeur, Fucien se remit dans son statut de buteur. Il marqua le second but à la 63e minute et Fritzson Jean-Baptiste paracheva l??uvre à onze minutes de la fin sur un retrait généreux de Chéry.
Entre ces trois buts, que d?enchaînements collectifs, que de preuves d?engagement, que de science du jeu exposée, que de feintes de corps et de pieds !
L?équipe haïtienne a joué sur un nuage. Pourra-t-elle renouveler ce spectacle en finale contre Trinidad, vainqueur de Cuba dans l?autre demi-finale (3-2) ?
On n?est pas tous les jours en état de grâce mais les bons musiciens font le métier de jouer tous les jours des symphonies. Aux dernières nouvelles, on projette d?offrir au public le mercredi qui sera 23 janvier 2007 une autre édition de la « Symphonie en sélection majeure » jouée à Port of Spain par treize musiciens haïtiens sous la direction d?un chef d?orchestre cubain d?une grande sensibilité. Ils ont pour nom :
Fénelon ? Guillaume, Bruny, Mayard, Gilles ? Boucicaut (Marcelin) , Vuibert, Germain, Raymond (Chéry) ? Fucien, Cadet.
« Chef d?orchestre » : Luis Armelio Garcia
Source: LeMatinHaiti