Haiti Sport: Moment de gloire, moment d?interrogations
Les Haïtiens savourent encore le sacre de la sélection nationale senior (mardi dernier) face à Trinidad et Tobago en finale de la coupe caribéenne Digicel. Dans une ambiance de carnaval, une marrée humaine a accueilli les champions à l?Aéroport Toussaint Louverture mercredi soir. « L?heure n?était pas à la politique mais à l?avenir du sport national », ont remarqué des observateurs. Et les interrogations de se multiplier : N?est-ce pas le moment idéal pour un nouveau départ ? Quels sont les dispositifs qui seront mis en place par la Fédération haïtienne de football (FHF) pour conserver cette avancée et s?en servir comme catalyseur ? Le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l?Action civique (MJSAC) saura-t-il profiter de ce moment de gloire pour mettre en place des mécanismes visant la promotion du sport à l?échelle nationale ? Et les moins jeunes dans tout cela ?
Le sport obligatoire en Haïti ?
La Charte internationale de l?éducation physique et du sport de 1978 stipule, en son article 1er, que « Tout être humain jouit d?un droit fondamental d?accès à l?éducation physique et au sport, qui sont indispensables au plein épanouissement de la personnalité ». Les Nations unies n?en disent pas moins. Elles considèrent que « l?éducation physique et sportive dans les écoles est très importante car elle contribue à l?apprentissage en général ».
En Haïti, en référence aux instruments internationaux relatifs aux sports, l?Éducation physique et sportive (EPS) était devenue une obligation dans le système éducatif. Les enfants pratiquaient un sport de leur choix à l?école et obtenaient des notes après des examens. Avec le temps, cette disposition aura été systématiquement écartée en raison des faiblesses accumulées dans l?administration publique et des nombreuses crises politiques qu?a connues le pays.

De plus, la plupart des institutions scolaires ne répondent pas aux exigences pédagogiques structurelles en la matière : pas de cour, pas d?installations sportives mêmes élémentaires, pas de moniteur sportif, aucune discipline sportive incorporée dans le cursus académique, etc. Pire, les responsables de l?Éducation ne disposent d?aucun mécanisme pour réguler la situation faute de « ressources financières », dit-on souvent. Mais, on s?interroge aussi sur la volonté réelle pour faire de la pratique sportive une « matière » dans nos écoles.
Depuis fin 1999, en effet, les championnats, de toute catégorie, se réalisent difficilement ou par intermittence par le biais d?associations sportives qui se sont multipliées, à la suite du blocage de fonds du Pnud et de la coopération française, principaux bailleurs de fonds de la Secrétairerie d?État à la Jeunesse, aux Sports et aux services civiques (SEJSSC) aujourd?hui ministère des Sports
Les compétitions interscolaires, dans le temps, se faisaient à l?échelle nationale (années 80). Par la suite, l?Académie nationale de football (Anafoot créée en 96) avec le slogan « opération 2006 » a plutôt fonctionné sur fond de « football politique » que sur une véritable politique de football. Néanmoins, certains des joueurs de cette sélection 2007 en faisaient partie.
Une expérience à conter
Pourtant, faute d?infrastructures adéquates, des accommodements peuvent être trouvés. Tous les matins, par exemple, sur la place Boyer, en plein c?ur de Pétion-Ville, ils sont des dizaines d?enfants de l?institution scolaire « Paradis des Petits » à se donner à c?ur joie dans des exercices physiques et sportifs sous l??il vigilant d?un moniteur et d?une maîtresse. Des passants saluent l?initiative. Le Matin l?estime novatrice. Parmi ces enfants, l?on retrouvera peut-être un Jean Jacques Pierre ou un Bruny Pierre Richard, une Nadine Faustin ou encore un Ronald Agénor si un suivi est assuré.

Hier encore cela se faisait dans quasiment toutes les institutions scolaires en Haïti. Et, sur un terrain de foot, de volley, de basket ou d?autres disciplines sportives, des élèves de différentes écoles pouvaient être remarqués. Le nouveau ministère des Sports exprime sa volonté de renouer avec les habitudes d?antan. À l?arrivée de la sélection senior en provenance de Port of spain, le titulaire du ministère, Fritz Bélizaire, a annoncé le déroulement de nombreuses activités pour promouvoir le développement du sport dans le pays.
Les alternatives du ministère des Sports
Dans les jours qui viennent, une évaluation sera faite en matière physique et sportive par des experts cubains pour l?intégration de l?EPS (Éducation physique et sportive) dans le cursus académique au niveau des lycées l?année prochaine. L?idée est de pouvoir créer ? grâce au financement du Venezuela ? un institut qui aura pour tâches : le perfectionnement des licenciés à travers un programme de maîtrise, la formation continue des cadres moyens sur une échéance de six mois et celle des techniciens sur le terrain.
Dans une interview exclusive accordée au Matin, le responsable des activités physiques et sportives du ministère des Sports, Ronald Auguste, déclare qu?« il est nécessaire que le cours d?éducation physique et sportive se donne dans nos écoles. Mais, ces dernières doivent avoir au moins un licencié dans le domaine. Les ressources sont importantes ».
De concert avec le ministère de l?Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) le plan d?éducation physique et sportive sera élaboré. Ronald Auguste s?interroge toutefois sur le problème de financement que connaît le secteur sportif.
Les projets des autorités sportives
Cinq grands projets sont sur la table du ministère des Sports. Certains sont en discussion, d?autres se réaliseront ou débuteront au cours de cette année. Un budget rectificatif pour la réalisation de ces projets et d?autres activités est en vue au Parlement.
Le ministère compte apporter son soutien dans la préparation de la sélection nationale U-17 dans le cadre de la dernière phase des éliminatoires de la Coupe du monde. Cette sélection devra se rendre au Panama en avril prochain. Les autorités sportives réclament le concours des différents secteurs de la société pour qu?enfin Haïti puisse participer à ce grand événement.
Les autorités sportives vont doter le pays d?une politique de sport. Cela se réalisera à travers un projet intitulé « Élaboration de la politique de sport » qui est un projet à la fois moyen et à long terme.
Cette année, des jeux scolaires seront organisés dans dix grandes villes du pays dans quatre disciplines précises : volley-ball, football, basket-ball et athlétisme. Le département de l?Ouest est écarté en raison des moyens limités et de l?existence de diverses écoles de foot dans cette région. Un appui sera donné, par ailleurs, aux sports de combat (boxe, judo, karaté?) par le biais des fédérations. Un ensemble d?activités seront intégrés dans les écoles.
En 2006, rappelle-t-on, sous l?administration du Dr Paul Berne, la SEJSSC avait tenté une relance des championnats interscolaires. Mais, les faiblesses financières avaient compromis l?initiative. Le responsable des activités physiques et sportives du ministère explique que « certains trophées n?ont pas été remis et que le ministère a encore des redevances envers des moniteurs ».
La relance des Académies nationales de sport (Anasport) est un autre projet important pour le monde sportif. Le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l?Action civique (MJSAC) entend rendre fonctionnelles dix d?entre elles à l?échelle nationale pour accueillir des enfants de six à douze ans. Le ministère débutera le programme cette année avec le sport roi dans le pays : le football. Un embryon de deux à trois moniteurs seront délégués dans chaque département.
«Le MJSAC a la volonté d?encadrer les associations sportives (fédérations, clubs ligues, etc.) et de faire la promotion du sport pour l?épanouissement social, la santé, le loisir, etc. », rassure Ronald Auguste.
Le sport est bénéfique aux relations socioculturelles en rapprochant les personnes et les communautés , en contribuant au « dépassement des différences et en encourageant l?élimination des préjugés, des clichés, de l?ignorance, de l?intolérance, de la discrimination, et en favorisant le rapprochement des différences culturelle.
Source: LeMatinHaiti