Haïti Football sur la route de l'or
01 févr. 2007
En janvier, la petite nation d'Haïti, qui couvre un tiers de l'île caribéenne d'Hispaniola, a vu le destin lui sourire : elle a gagné dix places au Classement Mondial FIFA/Coca-Cola, décroché le premier titre caribéen de son histoire et composté un billet pour la Gold Cup de la CONCACAF, qu'elle n'a plus disputée depuis 2002.


Malgré les violences civiles qui l'appauvrissent et la déchirent, dans l'indifférence de la communauté internationale, l'ancienne colonie française est restée fidèle aux principes unificateurs et aux joies du sport le plus populaire de la planète. Lorsque les Brésiliens (Ronaldo, Roberto Carlos, Ronaldinho et consorts) sont arrivés à Port-au-Prince pour un Match pour la Paix, en 2004, la Seleção a été accueillie par une explosion de joie proche de la transe. Les stars du futebol ne sont pas prêtes d'oublier le ravissement qui se lisait sur le visage des Haïtiens, d'autant que ces derniers ont célébré chacun des six buts qu'elles ont inscrits contre la petite sélection lors de leur victoire 6:0. A Haïti, le football déchaîne les passions plus que partout ailleurs dans les Caraïbes.


Il faut dire que c'est l'une des quatre nations de la région à pouvoir se targuer d'avoir participé à une Coupe du Monde de la FIFA. Emmenée par des joueurs comme Arsène Auguste et Emmanuel Sanon, dans les années 70, sa génération dorée s'était qualifiée pour Allemagne 1974, où elle avait donné du fil à retordre à l'Italie et montré au monde entier les merveilles de technique et d'improvisation que recelait la mer des Caraïbes.
Mais depuis, Haïti et son beau jeu ont connu un déclin imparable. Seule nation née du succès d'une insurrection d'esclaves, elle a récemment été qualifiée d'"Etat défaillant" par les Nations Unies. Dans un pays où le quotidien se résume à la terreur et l'angoisse, difficile de faire preuve d'optimisme.
Mais l'année 2007 a ramené l'espoir sur l'île, avec le succès de sa sélection en Coupe des Caraïbes. Dernière équipe qualifiée pour la compétition, Haïti a battu avec courage les meilleures sélections de la région et brandi le trophée caribéen pour la première fois de son histoire mouvementée.
Un exploit d'autant plus méritoire lorsqu'on sait que sa sélection a disputé plus de matches que n'importe quelle autre équipe de la compétition (12), qui comptait un nombre record de participants depuis sa création, en 1989. Après avoir terminé le premier tour préliminaire ex aequo avec St-Vincent et Grenadines et les puissants Jamaïcains, à Kingston, les Haïtiens n'ont pu continuer l'aventure que grâce à une meilleure différence de buts (11 inscrits pour 3 encaissés en trois matches).
Malgré son impressionnante campagne qualificative, la sélection francophone ne semblait pas armée pour la phase finale, disputée à Trinidad et Tobago. Mais ses victoires contre la Martinique et la Barbade lui ont permis de se hisser dans le dernier carré. En écrasant 3:1 la Guadeloupe de Jocelyn Angloma, Haïti s'est qualifié pour sa deuxième finale de Coupe des Caraïbes en 18 ans.
Une finale mémorable
Au Hasely Crawford Stadium de Port of Spain, la petite sélection s'est mesurée aux hôtes trinidadiens, forts de leurs beaux débuts en Coupe du Monde de la FIFA, à Allemagne 2006. Personne ne s'attendait donc à ce qui allait suivre, surtout pas les 18 000 supporters rassemblés dans l'enceinte en ce 23 janvier 2007.
A la 22ème minute, Alexandre Boucicaut a profité d'un ballon mal repoussé pour faire trembler les filets adverses. L'impressionnant Fucien Brunel a fait le break dix minutes après la pause, réduisant au silence les tribunes combles. Nigel Daniel a réduit la marque à la 66ème minute, mais il était déjà trop tard pour les organisateurs, qui ont pâti de l'absence de leurs joueurs évoluant à l'étranger.
Cette victoire plus qu'inattendue a été dûment célébrée sur la pelouse de la capitale trinidadienne par les nouveaux champions. A Port-au-Prince, les festivités se sont prolongées jusque tard dans la nuit.
Naturellement, le sélectionneur Luis Armelio Garcia s'est montré ravi de ce succès : "Nous avons travaillé dur pour ça et respecté nos plans. Nous voulions jouer avec conviction, c'est ce que nous avons fait. Nous sommes heureux de voir la ferveur des Trinidadiens pour le football, mais encore plus d'avoir décroché cette victoire pour le peuple haïtien".
Capitaine et Homme du Match lors de la finale, Richard Pierre Bruney était, lui aussi, sur un petit nuage : "Je suis très content. Nous le sommes tous. C'est un grand moment pour nous car c'est notre premier succès dans cette compétition. Nous avions l'envie et nous avons joué notre meilleur football pour gagner. Cette victoire, nous la dédions à tous les Haïtiens".
Les surprenants et besogneux champions caribéens doivent maintenant se préparer à se frotter au gratin de la CONCACAF lors de la Gold Cup, disputée en juin prochain, aux Etats-Unis. Pour la première fois dans l'histoire de la compétition continentale, les Caraïbes seront représentés par quatre sélections lors du grand rendez-vous. Les Haïtiens y retrouveront donc Trinidad et Tobago, Cuba et la Guadeloupe, ainsi que les Etats-Unis, le Mexique, le Canada et cinq sélections centraméricaines encore inconnues.
Le rendez-vous américain marquera le retour de Haïti sur la scène continentale après cinq ans d'absence. Mais sa ténacité et son envie d'aller loin pourraient bien réserver d'autres surprises.