Dirigé et supporté par des dirigeants dont la plupart ont résidé aux USA, jouissant d'un certain confort matériel et vouant pour leur patelin un attachement certain, le Roulado de la Gonâve a pris le pli d'un cador de la compétition nationale. Après un début en seconde division, le club s'est installé en effet de manière durable dans l'élite jouant toujours les premiers rôles et, surtout, remportant deux fois le titre.
Deux entraîneurs argentins et pas moins de quatre joueurs étrangers de la même nationalité ont défendu les couleurs jaune et noir du club. Parallèlement, des joueurs haïtiens de qualité ont garni l'effectif. Non seulement les Jean Rebert Ménélas, Jean Muller Altidor, enfants de l'île et internationaux, y ont fait carrière mais encore des joueurs du calibre de Descollines, Jovelas Jeune, Samuel Dalcé, Clamar Augustin ont habitué le public à la victoire et un haut niveau de compétitivité.

Mais on sait que les résultats sportifs sont souvent liés à des facteurs que l'on ne maîtrise pas toujours. L'implication paternelle des dirigeants gommait les handicaps majeurs, particulièrement l'insularité. Puisque presque tous les joueurs, Gonâviens ou pas, résident à Port-au-Prince, une grande maison en plaine sert de siège et de dortoir. En fait, les joueurs du Roulado se rendent tous les quinze jours à Zabriko, une localité de l'île distante d'une quinzaine de kilomètres d'Anse à Galets mais que l'on atteint par une route montante, cahoteuse et malaisée. Cette servitude de devoir, prendre la mer et grimper cette route dangereuse tous les quinze jours, effraie au départ beaucoup de joueurs mais les dirigeants ont toujours su compenser par une politique salariale convainquante. Cela a duré une décennie.

Depuis deux ans, le club n'attire plus autant. Et cette année, si on excepte deux ou trois figures historiques comme Joël Pierre, Lormera, Sylvio Gabriel, ce sont de jeunes joueurs et même quelques recalés, incapables de trouver place dans les autres effectifs, qui s'alignent pour la Gonâve. Résultat : après cinq matchs de la série ouverture, le Roulado ne compte que deux points, soit donc deux matchs nuls et trois défaites. Inacceptable. Un Gonâvien qui trouve sa fierté à travers le club local, a confessé récemment que l'un des jours les plus tristes de sa pourtant assez longue vie de cinquante-sept ans est « la défaite 3-1 concédée au stade S. Cator au Racing Club Haïtien lors d'un match retransmis en direct par la télévision nationale ». Ce jour-là, ajoute notre cher Gonâvien, « je n'ai rien vu qui ressemble au football d'engagement auquel nous a habitués notre club et qui donne une image positive de notre communauté. »

La déception était grande et la frustration refoulée chez certains. Dimanche après-midi à Zabriko, les freins ont lâché. Alors que le Baltimore, ténor de la compétition, y était en visite et que les deux équipes ont laissé filer deux points, le public n'a trouvé de bouc émissaire ni en l'arbitre ni en l'équipe adverse. Les joueurs gonâviens ont été agressés par leur propre public. L'étendue des dégâts n'est pas bien connue mais on doute fort que le club puisse recevoir ce dimanche à Zabriko tant les joueurs en sont sortis traumatisés. Quelle sera la réaction de la Linaf ? Dans le domaine de la discipline sportive, la violence est condamnée d'où qu'elle vienne et quelle que soit la victime.

La saison nationale de football n'est qu'à ses débuts. La route est encore longue, celle qui débouche sur les sanctions de fin de saison. Cette année, les quatre derniers du classement seront relégués en deuxième division. Roulado est en 16e position mais il a le temps de se remettre. La tâche des joueurs sera plus ardue si le public s'acharne à les chahuter. Il pourrait alors se produire un phénomène d'inhi- bition causée par la peur de mal faire. Et bonjour la catastrophe.
Source: LeMaitinHaiti