Mwen ta pwal di menm bagay-la tou: Apa de Preval ak Vob, mwen pa rekonet figi pesonn nan mesye sa yo. Moun ki konnen yo, idantifye yo pou nou sou ple.
Le président ne voulait pas être seul
- Par Patrice Dumont
Une part de vérité suinte inévitablement des clichés. Malgré une armée de conseillers attachés entièrement à son service, un président, dit-on souvent, est un homme seul. La collaboration administrative aussi chaleureuse qu’elle puisse être, ne remplacera jamais la gratuité d’une relation amicale, les échanges passionnés autour d’une table, ou au hasard d’une rencontre, sur les plaisirs et les douleurs de la vie, sur la musique, sur le football.
Un chef d’État partage le malheur des hommes et femmes riches. Il court le risque de percevoir de l’intérêt mal placé dans tous les gestes aimables vis-à-vis de sa personne, à moins qu’il ne s’agisse d’amitié de très longue date. Il est encore plus seul quand il doit signer des documents importants, donc quand il se présentera devant l’Histoire.
Comment gèrent-ils ce drame de la solitude, «ces fous qui nous dirigent»?
Un portrait-robot de président donnerait deux types :
celui qui s’enferme dans sa solitude, engaine l’analyse des dossiers et l’exercice du pouvoir comme un ticket travail-détente, adore sa solitude et, de repos, ne connaît que le sommeil.
un autre, qui sait décompresser, refuse de se dépouiller de ses habits de simple citoyen malgré la lourde tâche à accomplir. Il lutte contre la solitude, s’attache à certains rêves de jeunesse. Il distribue son aménité dans tous les salons où il se retrouve, ce qui ne l’empêche pas d’être, ce qui fait peut-être même de lui, un redoutable manœuvrier politique.
René Préval vivait en Belgique au cours des années soixante-dix. De la froidure belge, il imaginait le bonheur que disséminait la sélection toup pou yo dans le cœur de tous les Haïtiens. Rendre hommage à ces hommes lui taraudait l’esprit : une dette à acquitter, eu égard aux avantages tirés par l’ensemble des citoyens et le peu de respect gagné par les acteurs. Lui, là-bas en Europe, dans la rudesse d’études agronomiques confondues avec le devoir d’être
kamoken de gauche, a pu mesurer l’étendue du prestige gagné par le pays à l’étranger grâce à ces quinqua et sexagénaires qu’il n’a pas vus jouer, dont il ignorait jusqu’aux traits du visage. Le coup était à faire. Préval l’a fait en exploitant le timing de la nécessité d’une relance du civisme à travers le drapeau sur mode d’antan et les succès éclatants des équipes nationales.
(Qu'il soit dit en passant: le terme kamoken de gauche est un pleonasme vicieux. Par definition, un kamoken est toujours de gauche, et pour la gauche. Peut-etre, je n'en sais pas assez, mais a ma connaissance il n'y a jamais eu de kamoken de droite!)
On ne sait pas ce qui se dit entre le Chef de l’État et les soixantequatorzards mais le ministre des Sports a parlé de réparation envers des hommes qui ont sacrifié leur jeunesse au bénéfice de la nation. A-t-il vendu la mèche d’une réparation matérielle des fausses promesses ? On l’espère vivement. En attendant, le faste du Palais national a convenu à cet hommage. Réunir tout le football autour de ces hommes en leur donnant l’occasion de vivre en direct leur paternité par rapport à la Sélection A actuelle et les moins de 17 ans pouvait suffire à leur bonheur.