L'entrevue avec FC Nantes Jean Jacques Pierre: "Je veux partir"
samedi 07 juillet 2007
Convoité par plusieurs clubs français et étrangers, Jean-Jacques Pierre a pris sa décision : il ne souhaite pas accompagner le FC Nantes en L2. Malgré la volonté des Canaris de conserver le défenseur haïtien.
Jean-Jacques Pierre, avez-vous mis à profit vos quelques semaines loin de la Jonelière pour réfléchir à votre avenir ?
J'en ai surtout profité pour bien me reposer. Ça faisait longtemps que je n'avais plus connu une coupure aussi longue, ma saison ayant pris fin prématurément à Bordeaux en mai dernier. J'ai pu voir ma maman, chose qui était primordiale pour moi, ainsi que le reste de ma famille. J'ai passé huit jours en Haïti, chez moi. Ça m'a permis de me ressourcer. Habituellement, je passe mes vacances aux Etats-Unis où j'ai l'intention de construire ma vie future. Mais comme la Gold Cup (ndlr : à laquelle il a participé avec la sélection haïtienne) avait précisément lieu là-bas, j'ai pu régler quelques affaires au passage.
Vous évoquez la Gold Cup : comment avez-vous vécu votre élimination dès les phases de poules, par la Guadeloupe d'Aurélien Capoue notamment ?
Les Guadeloupéens ont mérité ce qui leur est arrivé (ndlr : demi-finalistes de la compétition). Ils ont montré une détermination impressionnante. Face à nous, ils ont réalisé un bon match. Nous avions réussi à ouvrir le score mais ils sont parvenus à nous rejoindre (1-1). Quant à Aurélien, je n'ai pas vraiment eu le temps de le voir. On s'est parlé vite fait mais on n'a pas réussi à s'organiser un petit quelque chose ensemble sur place.
Reprenons la question de votre avenir : que comptez-vous faire la saison prochaine ?
Jean-Marie (ndlr : Cantona), mon agent, a rencontré les dirigeants mardi. Ils ont discuté. J'ai pris ma décision : je veux partir. On le leur a fait savoir. J'ai des pistes un peu partout, en France et à l'étranger.
C'est-à-dire ?
Pour la France, il s'agit notamment de gros clubs européens. Le genre de propositions que vous ne pouvez pas refuser.
Votre départ du FC Nantes est-il donc inéluctable ?
A Nantes, il y a tout ce qu'il faut pour bien travailler. Mais voilà, je dois faire un choix.
Est-ce une question d'argent ?
A Nantes, on me baisse mon salaire de 20%, suite à la relégation. Comme, à la base, je ne faisais déjà pas partie des gros salaires, ils vont largement pouvoir me payer ! En rejoignant l'un des clubs avec qui je suis en contact, je toucherai trois fois plus. Mais ce n'est pas ça qui m'importe en priorité. Ce dont j'ai besoin, c'est d'être bien dans ma tête. Or, à Nantes, j'ai enduré beaucoup trop de choses.
Que voulez-vous dire ?
Je ne préfère pas entrer dans les détails.
« J'ai toujours fermé ma bouche. Mais c'est terminé »
Jugez-vous positifs les changements à la tête du club, avec le remplacement de Rudi Roussillon par Luc Dayan et le choix de Xavier Gravelaine comme patron du secteur sportif ?
Je ne pense pas avoir mon mot à dire là-dessus. Chacun à son poste essaye de faire de son mieux.
Croyez-vous cependant au renouveau ?
Le renouveau, c'est dans la tête qu'il doit se faire. Il ne faut surtout pas penser que la reconstruction se fera naturellement et que l'équipe est suffisamment talentueuse pour parvenir à ses fins. Si Nantes se pense supérieur aux autres, ça n'ira pas. Ce sera trop juste. Il est impératif d'avoir une vraie détermination collective. Les joueurs, sur le terrain, mais pas seulement. Les dirigeants aussi doivent faire les bons choix.
Ils comptent justement sur vous. Ont-ils une chance de vous faire changer d'avis ?
Il faudra alors vraiment qu'ils me tiennent un discours excellent et qu'ils me montrent leur ambition. Ils auront néanmoins du mal. Après, ils pourront toujours dire que je suis intransférable. Mais ce n'est pas à eux de dire ce qui est le mieux pour moi. Je dois maintenant penser à moi et arrêter de faire le gentil pour essayer de plaire à tout le monde. J'ai 26 ans et je suis en pleine force de l'âge. Je ne dois pas me tromper. Ma carrière en dépend.
Etes-vous prêt à aller au bras de fer ?
Ce n'est pas moi mais eux qui vont au bras de fer. Il ne faut pas inverser les rôles. J'ai plusieurs possibilités entre les mains et ils m'écrasent en me disant : « Tu ne pars pas ». Mais ça ne se passera pas comme ça. Jusqu'à présent, j'ai toujours fermé ma bouche. C'est terminé. Mon avis compte aussi.
Avant votre départ en vacances, vous aviez affirmé que seul Michel Der Zakarian pouvait vous inciter à continuer l'aventure nantaise. Sa confirmation à la tête de l'équipe n'est-il pas un signal positif pour vous ?
Ça ne change rien. Michel est quelqu'un que j'apprécie car il a une personnalité aussi forte que la mienne. J'aime travailler avec lui. Mais ce n'est pas parce que l'on aime les gens que l'on continue toujours avec eux.
Le départ annoncé de Mauro Cetto et celui confirmé de Julio Rossi, deux joueurs de l'effectif dont vous êtes proche, vous confortent-ils dans vos envies d'ailleurs ?
Ça n'a rien à voir. Ça aurait été un plaisir de continuer à jouer à leurs côtés mais on a tous une carrière à faire. S'ils trouvent mieux ailleurs, tant mieux pour eux.
Au fait, avez-vous gardé contact avec Fabien Barthez ?
Oui, oui, on se parle toujours. Il faut dire qu'on a le même agent. Ça rapproche.