Si on excepte son service peu puissant et ses difficultés sur les balles hautes, l'une et l'autre faiblesse due à la fois à son âge (12 ans), sa taille et son poids, la demoiselle Victoria Duval est inégalable parmi ses compatriotes de l'intérieur comme de l'extérieur. Elle l'a confirmé dans le tournoi international de Bellevue de cette fin de semaine en remportant tous ses matchs, ceux contre des filles de son âge et celui contre sa pote, Rokia Sacko, de deux ans son aînée.
La Dominicaine Rodriguez numéro 1 de son pays (14 ans) passa au moulinet (6-2, 6-0) et la compatriote Koralie Etienne, vraiment trop frêle, fut emportée par une tempête (6-0, 6-0). C'était samedi après-midi. Dimanche, Athéna Trouillot, pourtant très athlétique, ne fit pas mieux : (6-1, 6-0). Cerise sur le gâteau donc, en match d'exhibition, Duval battit Sacko (6-2, 6-4).

Son premier point en finale 12 ans contre Trouillot, Duval le marqua par un amorti en coup droit alors qu'elle était distante du filet d'au moins six à sept mètres, ce qui permet de croire qu'elle commence à maîtriser les coups les plus subtiles de son sport. En ce qui a trait aux fondamentaux, mademoiselle maîtrise son tennis comme il n'est pas permis de croire : coup droit ou revers à deux mains, le long de la ligne ou croisé ; jeu de jambes ultra rapide qui lui permet toutes les audaces sur les balles les plus difficiles; retour de service impeccable; un calme olympien; une acuité tactique qui lui ouvre des avenues de choix judicieux; et, surtout, un sens du mouvement au service d'une excellente technique qui lui épargne les gestes superflus. Victoria Duval joue au tennis comme opère un chirurgien.

Est-ce l'effet de la fatigue : lors de son dernier duel avec Sacko, immédiatement après sa finale victorieuse, elle commit huit fautes directes dont cinq sur son revers ? Pour gagner 6-2, 6-4, elle a donc aussi bénéficié d'un nombre élevé de fautes directes de Sacko (16 au total), peut-être déjà complexée face à une adversaire aussi redoutable.
Sur les travées de Bellevue, les initiés du sport en étaient à se demander quel peut être ce handicap qui empêcherait la jeune championne d'atteindre les plus hauts sommets mondiaux. On a cherché à savoir si ses parents sont grands ou petits, donc si l'espoir qu'elle atteigne au moins 170 centimètres de hauteur est raisonnable, si son encadrement aura assez d'argent pour la placer chez l'un des cadors de la formation tennistique du genre Tiriac ou Bolitieri, si elle ne sera pas perturbée lorsque viendra la puberté…si…si…si…

On sait l'exigence du haut niveau. Elles sont des milliers, de partout le monde, aussi talentueuses à fourbir leurs armes en rêvant d'une histoire aussi fabuleuse que celle des soeurs Williams. Est donc rude la bataille qui attend Victoria Duval. Athéna Trouillot et Rokia Sacko, pour leur part, devraient surtout travailler leur mental, en veillant surtout à éviter une espèce d'auto flagellation dans les moments difficiles, ne pas compter que sur la puissance (Trouillot), et se concentrer sur les coups sans se poser de questions (Sacko).
Koralie Etienne (11 ans) douée elle aussi, vainqueure de la Dominicaine Zapata, doit cependant encore grandir et s'appliquer à l'entraînement pour être compétitive prochainement parmi ses aînées.
L'année prochaine à pareille date, ce ne sera pas une mauvaise nouvelle si, occupée à se coltiner d'aussi impertinentes qu'elle à Berne ou Hambourg, Paris ou Boca Raton, Victoria Duval ne passe pas par Port-au-Prince un peu trop coincée pour ses larges et profonds coups droits.
Source: InfoHaiti