Près de deux semaines après le passage du cyclone Hanna, Haïti sort timidement la tête de l'eau, les habits dégoulinats de misères et d'effroi. Son football lui ne s'en est pas encore sorti et reste dans la tourmente.
Encore un lundi sans informations sur la journée qui devrait se disputer pendant le week-end, une journée sans foot à cause du passage successifs des cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike sur Haïti. Aujourd'hui si les gens pensent encore au football au point de se lamenter sur la situation de la sélection du pays ou encore sur les chances de leur club favori de remporter la compétition, de se classer dans le super huit ou d'éviter la relégation, les besoins primaires tels que décrit par Abraham Maslow l'emportent temporairement sur le foot relégué momentanément au rang de besoins secondaires.
« Comment un joueur pourrait-il penser football quand sa maison est emporté par les flots avec tous son avoir et tout ce qu'il possède », laissent entendre les délégués des clubs Gonaïviens, Paul Edmond Aristilde du Racing et Jacques Edouard de l'Eclair des Gonaïves, joints par téléphone.
« Il ne nous reste plus rien, nous avons tout perdu. Nous n'avons plus d'uniformes, plus de ballons, plus de chaussures de football, plus de terrain de football puisque plusieurs pans des murs du Parc Vincent sont tombés », a déclaré le délégué du Racing des Gonaïves, Paul Edmond Aristilde.
« En plus la maison de notre attaquant, Antonio Lespinasse, a tout simplement disparu tandis que les autres joueurs ont perdu tout leur avoir à l'exception de leurs demeures inondées et vides. Nous ne pouvons que nous estimer heureux de ne pas enregistrer d'autres vies humaines à part celle de Miguel Saint-Jean qui restait un conseiller du club même s'il travaillait aussi comme préparateur physique du club Gonaïvien de Basket-ball », a-t-il continué.
«Nous travaillons sur un long rapport qui situera toute l'étendue du désastre », a déclaré le président de l'Éclair des Gonaïves, Francel Hillien, mardi, par téléphone.
Selon le délégué de l'Éclair des Gonaïves, « La situation du club est extrêmement grave, plusieurs joueurs du club ont vu les flots emporter leur demeure, les autres ont perdu tous ce qu'ils possédaient même s'ils savent où ils vont se loger après le désastre. Le club en lui-même ne possède plus rien ».
Interrogé sur l'identité des joueurs les plus touchés, Edouard cite le nom du portier du club, Jefferson Jean François, le milieu de terrain Rockson Rénélus mais aussi Emmanuel Jean-Baptiste. « Les flots ont emporté leur demeure ce qui fait qu'en plus d'avoir perdu le contenu de leur maison, ils n'ont plus de toit où se loger » a-t-il expliqué.
Quant à la possibilité de reprendre les entraînements, Jacques Edouard explique : « Nous n'avons plus rien, tous ce que nous avions a été emporté comment pourrions nous imaginer une date pour reprendre les entraînements maintenant ? Tous les joueurs sont sinistrés donc il est maintenant impossible de vous répondre », a-t-il conclu.
Touché aussi par le passage des Cyclones, le football du Sud-Est n'a pas échappé à la tourmente qui en résulte : « Nous n'avons pratiquement plus de terrain puisqu'une bonne partie de notre terrain a ete fortement endommage », explique le V. Président de l'Adonai de Jacmel, Ernst Cadet. Engagé en 2e division, les Jacméliens caressaient l'idée d'une montée parmi l'élite.
« La maison où nous stoquions nos équipements a été inondée et une bonne partie de nos équipement a été emportée par les flots. Nos archives sont en piteux état mais nous les avons encore » a-t-il continué.
Interroge sur l'identité des joueurs les plus touchés, M. Cadet avance : « Les joueurs qui habitaient le quartier des Orangers sont tous sinistrés mais le plus frappé s'appelle Philippe Mémé car lui il n'a pu rien épargner, Stiven Gomier, Jerry, Adriano sont eux aussi sinistrés ».
Certains clubs ne sont pas directement touchés, mais ils sont frappés par ricochet. Ainsi, l'ASPDIF d'Aquin tout comme l'ASVA sont coupés des autres clubs à causes des débordements de l'étang de Miragoane. « Il est vrai que l'équipe a repris les entrainements, cependant, il est impossible d'engager une équipe de football sur la route totalement immergée au niveau de l'étang de Miragoane. Il n'est donc pas possible pour le moment de nous déplacer vers les autres villes où se jouent la compétition » explique en substance, le Secrétaire general de l'ASVA, Etienne Saint-Cyr.
S'il a été difficile de joindre le président de l'ASPDIF d'Aquin, il reste que le club est concerné pas le meme sort que l'ASVA.
Il faudra longtemps pour que les choses reviennent à la normale dans le pays après le passage des ouragans. Pour le football aussi. Cependant, en dépit des rivalités qui existent entres joueurs des différents clubs en course pour un titre quelconque, un fait transcende, ils pratiquent le même métier et le problème de l'un devient d'entrée de jeu le problème de l'autre. Leur comportement en est la preuve.

A Léogane par exemple aucun joueur n'a été directement touché, encore moins le club. Pourtant Ifton Jean Louis qui est délégué des « vert et blanc » de Léogane estime : « Le passage des cyclones nous a énormément affecté meme s'ils n'ont pas causés de perte en vie humaines chez nous. Leur passage nous a conduit à renoncer à nos entraînements, nous avons des pertes en matériel et au niveau humanitaire encore plus. Nous avons par exemple organisé un petit match amical contre le Don Bosco pour recueillir un peu d'argent et contribuer au malheur de nos frères gonaiviens ». une autre facon de dire que chaque haïtien, qu'il le veuille ou pas, porte en lui les traces des eaux qui ont inondé les différentes villes du pays.
Source: Le Nouvelliste