Parti suivre un stage au Mans (en France) en compagnie de Charles Hérold Junior, l'ex talentueux capitaine de la sélection nationale haïtienne des moins de dix-sept ans en Corée du Sud, Peterson Joseph, est revenu au bercail sans avoir été retenu par les dirigeants du Mans. A ce sujet Enock Néré s'est entretenu avec Marc-Daniel Saint-Ange, l'agent de joueur de la Fifa qui l'avait emmené en France. Révélations.
P U B
M. Marc Daniel Saint-Ange, vous êtes agent de joueur de la Fifa et vous êtes à l'origine du stage en France de Peterson Joseph qui malheureusement n'a pas été retenu par Mans. Compte tenu de ses capacités qu'est-ce qui l'empêche de percer sur le marché européen. Il a le talent, le physique, le mental et le niveau sportif adéquat ?

J'ai pu remarquer que vous êtes ce journaliste haïtien qui fait partie du jury mondialisé du Ballon d'Or de France Football. Pour revenir à votre question, je suis d'accord avec vous. Peterson a le talent, les qualités techniques et physiques ( qui peuvent encore s'améliorer ) et surtout le mental pour réussir en Europe. Mentalement, il force l'admiration de tout le monde, il est au-dessus des autres. Il a eu la malchance (si on peut appeler cela ainsi) de tomber dans un club (Le Havre) qui est considéré en France comme l'un des 3 meilleurs clubs au niveau de la formation. Les coaches qui l'encadraient au Havre étaient unanimes à son sujet : Il a le niveau et le mental pour réussir en France (même s'il restait des aspects de son jeu à améliorer). Mais malheureusement le responsable du recrutement a estimé qu'il était au même niveau que les meilleurs jeunes qui occupent son poste dans le club. Donc priorité aux jeunes déjà présents au club ou alors il fallait que Peterson soit à un poil au-dessus d'eux.

Pourquoi alors ne l'aviez-vous pas conduit ailleurs ?
Je voulais l'emmener ailleurs car j'étais sûr qu'il allait être pris. Mais son visa expirait, on n'avait plus le temps. Je vais me battre pour qu'il revienne en France, car il mérite vraiment d'avoir sa chance. Les choses seraient beaucoup plus simples pour le faire revenir (lui et d'autres) si ce n'était pas si compliqué avec Haïti. Continuer >






Il y a une chose qu'il faut savoir. Quand un jeune joueur étranger a la possibilité de tenter sa chance dans un centre de formation en France, il a intérêt à être vraiment très fort surtout quand il vient d'Haïti. Si t'es pas au-dessus des jeunes qu'ils ont déjà au centre de formation, ils ne te prendront pas. Il n'y a pas d'état d'âme ici. Les personnes à Haïti pensent qu'il suffit d'être doué pour être retenu, mais des jeunes joueurs doués, il y en a des milliers ici et des millions dans le monde entier. Des Messi, Ronaldinho, Zidane, Benzema, Ronaldo..etc..il y en a 1 ou 2 tous les 10 ans. Donc quand votre nom n'est pas Messi ou Zidane, il faut faire la différence autrement : avec la tête ! C'est à dire en plus d'être un bon joueur de football (sans être un génie), il faut avoir une force mentale à toute épreuve, une volonté farouche et une discipline de fer ! Cela implique des sacrifices énormes : pas de sorties, pas d'alcool, travailler plus que les autres, hygiène de vie irréprochable...etc.....difficile de faire comprendre cela à des jeunes qui pensent qu'au bling-bing, aux paillettes dès qu'ils tapent dans un ballon un peu mieux que les autres. Peterson lui a déjà compris tout ça.

Vous continuez à vous intéresser pourtant à d'autres joueurs haïtiens que vous voudriez lancer sur le marché mondial, comment faites-vous pour savoir qui sont les meilleurs chez nous?

Heureusement, j'ai quelques amis à Haïti qui m'informent du niveau des joueurs. Mais là encore, il faut se méfier. Un joueur peut être considéré comme très fort à Haïti, il peut être un titulaire indiscutable avec la sélection haïtienne, et pourtant il n'a pas le niveau pour jouer dans un club professionnel en France. Passé un certain âge, on peut considérer que c'est trop tard pour eux de venir en France. A 21 ans, si le joueur évolue toujours à Haïti, c'est trop tard. Le mieux, ce sont les jeunes entre 16 et 19 ans. Le club en France pourra toujours rectifier les tirs et finir la formation du jeune à cet âge-là. Mais à 21 ans c'est trop tard, ils n'ont plus le temps de former le joueur. S'ils prennent un joueur de 21 ans, c'est pour jouer de suite dans leur équipe première. Or difficile de trouver un joueur de 21 ans évoluant à Haïti, capable de jouer professionnel de suite en France, il a trop de lacunes sur le plan physique, tactique, voir même technique.

Qu'en est-il du cas du jeune milieu de terrain de l'Association Sportive de Mirebalais (ASM) Jeff Louis ?
Jeff Louis est intéressant parce qu'il a un potentiel au dessus des autres d'après ce qu'on m'a dit, et surtout parce qu'il est très jeune. Il faut l'encadrer le plus tôt possible, sinon ce sera trop tard pour lui aussi.
Marc Daniel Saint-Ange, quels sont les critères qui rendent un élément éligible pour travailler avec vous?
Pour travailler avec moi, c'est simple : être bien sûr, un très bon joueur de football, être honnête et être prêt à tous les sacrifices ! Dans la vie, on n'a rien sans rien. Le maître mot c'est "A-CHAR-NE-MENT" ! Je pourrais aider les jeunes footballeurs haïtiens à accéder au plus haut niveau européen à ma façon, mais encore une fois, c'est tellement compliqué avec Haïti, même pour un simple petit stage sans aucune garantie de contrat définitif. Et ça c'est ce qui tue le plus le football haïtien. Tant qu'on aura pas 5 ou 6 joueurs de l'équipe nationale qui évolueront dans des championnats de 1ère ou 2ème division en Europe, on aura du mal à se qualifier pour les phases finales de compétitions internationales.
Propos recueillis par Enock Néré Source Lenouvelliste.com