NOEL : LA SINCÉRITÉ DES VOUX DE PAIX D'ARISTIDE MISE EN DOUTE (par SICRAD)
La période des fêtes de fin d'année en Haïti porte l'empreinte des derniers évènements politiques qui ont secoué le pays. La multiplicité d'activités culturelles ou soirées mondaines et les velléités de respecter la tradition cachent mal le malaise qui s'est accentué avec la récente tentative apparente de coup d'état et les représailles contre l'opposition et la presse.
Le discours sur la paix a repris ses droits a l'occasion de la noël, mais ne semble pas atteindre les sinistrés du 17 décembre. "Paix et harmonie" pour "faire revivre Haïti" : tel est le souhait formulé par le président Jean Bertrand Aristide en marge de ses distributions de jouets aux enfants nécessiteux. Ces voux ont été repris par le Premier Ministre Jean Marie Cherestal qui a prôné "l'entente nécessaire a la paix".
Les dirigeants politiques de l'opposition, victimes directes ou indirectes des incendies et des actes de pillage qui ont suivi l'attaque armée contre le palais national, dans la nuit du 16 au 17 décembre, pointent du droit le "double langage" de Jean Bertrand Aristide.
Gérard Pierre Charles de l'Organisation du Peuple en Lutte (OPL), dont la résidence a été incendiée par des groupes proches du pouvoir, a qualifié le Chef de l'état de "menteur". Derrière l'appel a "l'entente" lancé par Aristide, Pierre Charles voit plutôt une volonté "d'instaurer dans le pays une dictature féroce". Avis partagé par Micha Gaillard du Congrès National des Mouvements Démocratiques (CONACOM).
A Port-au-Prince, les bureaux de l'OPL, abritant la Convergence Démocratique, ceux du CONACOM, de la Confédération Unité Démocratique (KID) et de l'Alliance pour la Libération d'Haïti (ALHA) ont été incendiés le 17 décembre. Il en est de même des résidences de Gérard Pierre Charles et de Victor Benoît du CONACOM. De nombreux autres cas ont été également relevés dans les villes du Cap-Haïtien, de Saint-Marc, des Gonaïves, de Jacmel, de Jeremie et de Petit-Goâve.


Les incidents ont fait au total dans tout le pays plus d'une dizaine de morts, dont deux dans les rangs de la police et au moins deux parmi "les assaillants" du palais présidentiel. La police, qui n'a pas indiqué le nombre d'arrestations effectuées suite a ces évènements, a présenté jusqu'ici a la presse 3 personnes détenues dans le cadre de cette affaire. Il s'agit de l'ancien colonel Guy Francois, qui a été dénoncé par le nommé Pierre Richardson, un ancien militaire, qui s'est présenté à la presse comme un "exécutant". Il a été blessé et fait prisonnier dans la nuit même du 16 au 17 décembre. Jean Dumesle, gardien de la résidence d'Albert Dorélien, où se seraient tenues des réunions de préparation du "coup", a été aussi arrêté. Albert Dorélien est le frère de l'ancien colonel Carl Dorelien.


Aucune explication n'a été fournie par la police à propos de la fuite, lors des évènements, d'un trafiquant de drogue, Antonio Lopez, de nationalité dominicaine. Incarcéré depuis plusieurs mois au Commissariat de Pétion-Ville, le détenu aurait réussi à s'échapper de sa cellule, alors qu'il était placé sous haute surveillance, a appris Haiti Press Network. Contacté par l'agence le porte-parole de la police a refusé de commenter la nouvelle.
Parallèlement, les autorités équatoriennes ont procédé à l'expulsion de l'ancien Commissaire de police Guy Philippe, accusé par le gouvernement haïtien d'avoir commandité l'attaque armée contre le palais présidentiel. Arrivé en République Dominicaine le 25 décembre, Guy Philippe qui a pu passé sans problème la douane dominicaine est actuellement recherché par la police, a-t-on appris.
Entre-temps, à Port-au-Prince, le Commissaire du gouvernement, Me Josué Pierre-Louis, a annoncé qu'une enquête judiciaire était ouverte sur ce qui s'est passé en Haïti les 16 et 17 décembre écoulés. Le juge d'instruction Bernard Saintil a été mis sur le dossier, a-t-il indiqué.
Cette décision a été saluée par l'ancien sénateur Paul Denis (OPL), qui dit cependant ne pas croire en la capacité de la justice haïtienne à faire aboutir dans les conditions actuelles une telle enquête. Selon lui, l'instruction butera sur les barons lavalas qui, a-t-il dit, ont orchestré les récentes violences.
Ces derniers jours, des remous ont été observés au sein de plusieurs ministères et même au niveau du palais présidentiel à cause de violentes protestations de groupes de partisans de Fanmi Lavalas, réclamant d'être rémunérés pour "le travail effectué le 17 décembre".
Ils ont semé le trouble dans les locaux des ministères à la Condition Féminine, les Affaires Sociales et la Culture.
A la radio, ces groupes ont sévèrement critiqué Agathe Delaunay, Chargé de Mission auprès des Organisations Populaires, qui refuserait de leur verser leur du. Cette dernière a fait savoir que le gouvernement n'avait pas prévu de payer les services de ses partisans.