PANORAMA DES RÉACTIONS APRÈS LES ÉVÈNEMENTS DU 17 DÉCEMBRE (par SICRAD)
Les violences survenues en Haïti le 17 décembre ont suscité de nombreuses réactions de divers secteurs. Naturellement, l'opposition a condamné sans réserve et le parti au pouvoir a tenté de justifier. Evans Paul de la KID a demande au président Aristide de "fermer le robinet de sang qui coule dans le pays". Le président du sénat et représentant national a.i. de Fanmi Lavalas, Yvon Neptune, a de son coté déclaré que le peuple a réagi à sa manière a "un complot ourdi par les anciens et nouveaux putschistes".
Au niveau de la communauté internationale, les réactions vont de la condamnation de l'attaque perpétrée contre le palais au rejet des violences qui l'ont succédée. l'Organisation des États Américains (OEA)et le gouvernement canadien ont condamné l'attaque. En outre, l'OEA considère le recours à la violence comme une grave menace à la démocratie.
Le gouvernement français a déploré que l'attaque du Palais ait été suivie d'actes de violences dirigés contre les responsables et les sièges de partis politiques de l'Opposition. La France a protesté énergiquement contre le saccage de l'Institut Français au mépris des conventions internationales.
L'Union Européenne (UE) a fermement condamné "les évènements confus qui se sont produits lors de l'attaque contre le Palais National" et "les actions violentes déclenchées à la capitale comme en province par des Organisations Populaires (OP)". L'UE a demandé aux autorités haïtiennes de condamner sans réserve les violences et intimidations enregistrées en Haïti le 17 décembre dernier.
L'ambassadeur des États-Unis à Port-au-Prince, Brian Dean Curran, a visité le 19 décembre les ruines des locaux de la Convergence Démocratique. Le diplomate a condamné les actes de représailles des partisans du pouvoir et critiqué la passivité de la police. Des parlementaires lavalas ont déploré l'attitude de Brian Dean Curran qui aurait du, selon eux, visiter aussi le palais présidentiel. Paul Raymond et René Civil, deux responsables d'organisations proches du pouvoir ont fustigé le comportement de l'ambassadeur américain accusé d'être de connivence avec des "terroristes" en Haïti.
Des réactions de condamnation des violences en Haïti sont venues aussi d'institutions patronales, d'organismes de défense des droits humains, d'organisations féministes, socio-professionnelles et religieuses.
L'Initiative de la Société Civile (ISC), regroupement dominé par les institutions patronales et religieuses, a condamné l'apparition sur la scène nationale de "groupes civils armés et violents s'apparentant à une milice politique". L'ISC a demandé au gouvernement de faire la lumière sur les évènements qui se sont produits au Palais National.
Ce qui exige la mise sur pied d'une commission d'enquête indépendante, selon la Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains. En plus de la prise d'assaut du palais et des violences qui ont suivi, la POHDH a condamne avec la plus grande rigueur la mise à sac du local du Centre de Recherches Économiques et Sociales et de Formation pour le Développement (CRESFED), institution membre de la Plate-forme et réclame des autorités des mesures de réparations.
Jocelyn McCalla de la section basée aux États-Unis de la National Coalition for Haitian Rights (NCHR) a exprimé sa préoccupation face à la persistance du cercle vicieux des récriminations politiques dans un contexte de crise économique et de manque de leadership. Il a salué l'appel à la paix du président Aristide et réclamé que le gouvernement adopte des "mesures concrètes pour protéger la vie de ses opposants et garantir la liberté de tous les Haïtiens".
Des mesures nécessaires pour protéger les personnes, sont également recommandées par le Secrétaire exécutif de la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH), le Dr Santiago A. Canton. Il a condamné énergiquement la situation de violence qui règne en Haïti et demandé l'ouverture d'une enquête. Selon lui, "la démocratie doit se construire dans un climat de tolérance et participation de tous les secteurs de la société".
L'État haïtien doit prendre "des mesures décisives pour mettre fin à ces violences commises à titre de représailles", a déclaré de son coté Amnesty International (AI). Pour AI, l'enquête qui doit être menée doit être "exhaustive" et doit concerner "tous les actes de violence, qu'ils aient été commis au Palais national ou ailleurs".
Le Centre International des Droits de la Personne et du Développement Democratique, basé au Canada, a fait part de sa consternation dans une lettre adressée au président Aristide. Le Centre a insisté sur la passivité de la police devant l'action de civils armés, agissant au nom de Fanmi Lavalas. En plus d'une "enquête approfondie", le Centre demande a Aristide "d'intervenir personnellement auprès de ces fauteurs de troubles pour que cessent leurs activités criminelles" et de rappeler vivement la police a l'ordre.
Les organisations féministes Enfofanm, Kay Fanm et Solidarite Fanm Ayisyen (SOFA) ont dénoncé les violences du 17 décembre entrant, selon elles, dans le cadre d'un conplot contre l'aspiration démocratique du peuple haïtien. Le modèle de société prôné par Lavalas ne correspond en rien aux revendications populaires, ont déclaré ces organisations, qui ont appelé a la responsabilité citoyenne face aux tentatives de restaurer un régime de fer en Haïti.
Avec les récents évènements qui se sont produits en Haïti, la Plate-forme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif(PAPDA) se dit alarmée par le glissement progressif d'Haïti vers une "entité chaotique ingouvernable". La PAPDA a fait part de son indignation en notant que le 17 décembre "des bandes de fascistes" ont "cambriolé, pillé et incendié des lieux culturels" tels le CRESFED et l'Institut Français d'Haïti.