Le processus de ratification du Premier Ministre désigné Yvon Neptune pourrait se dérouler rapidement et sans surprise. La Commission d'étude du dossier de Neptune au Sénat a laissé entendre ce 11 mars que des renseignements obtenus auprès du Ministère des Affaires Étrangères indiquent que le dossier est correct.
Yvon Neptune n'aurait donc aucun problème de double nationalité, handicap constitutionnel pour accéder au poste de Premier Ministre. De persistantes rumeurs faisaient croire que Neptune était en possession d'un passeport américain.
Répondant aux questions des journalistes lors d'un de ses passages au sénat, Yvon Neptune, numéro 2 du parti Fanmi Lavalas qui domine quasiment sans partage le parlement depuis les élections contestées de l'année 2000, a affirmé qu'il était assuré de sa ratification. De son coté le sénateur Joseph Médard, de la commission d'étude du dossier du Premier Ministre désigné, a fait savoir que le processus allait s'accélérer.
Désigné officiellement par le Président Jean Bertrand Aristide le 4 mars, Yvon Neptune a démissionné 2 jours plus tard de sa fonction de Président du Sénat, mais garde encore son siège de sénateur. Il déclare travailler à la formation de son cabinet et à sa déclaration de politique générale, qu'il devra présenter devant les deux chambres séparément. Ses priorités, a-t-il dit, reflèteront le programme économique et social de Fanmi Lavalas et seront articulées aux questions urgentes de la conjoncture.
Il apparaît pour le moment que les dissensions au sein du parti au pouvoir, traversé par des problèmes internes fondés sur des questions d'intérêt personnel, ne seraient pas de nature à alourdir le processus de ratification. Cependant des responsables d'organisation de la base du parti, notamment René Civil de Jeunesse Pouvoir Populaire (JPP) et Paul Raymond des Communautés de Base de St Jean Bosco (TKL) ont récemment affirmé a la presse que Yvon Neptune n'aurait pas un chèque en blanc.
Les milieux politiques d'opposition maintiennent leur point de vue sur le Premier Ministre désigné, qui n'est pas considéré comme un homme de dialogue. Ce qui pourrait avoir des répercussions, selon ces mêmes milieux, sur les négociations politiques qui durent depuis plus d'un an.
Cette nomination n'arrange pas les choses, estime-t-on dans certains secteurs ecclésiaux. L'Évêque de Jacmel, Monseigneur Guyre Poulard, a jugé inopportune la désignation d'un nouveau Premier Ministre sans que l'impasse politique ne soit résolue.
En dehors de la question strictement politique, Yvon Neptune devrait avoir à adresser des problèmes cruciaux au niveau socio-économique.
Comment pourra-t-il inverser les tendances d'évolution de l'économie, terrassée par une crise sévère, selon un dernier rapport du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), qui dénote un énorme déficit budgétaire et des abus de l'État au plan fiscal ?
Le prochain gouvernement, saura-t-il juguler la logique de violence dans les quartiers populaires, en particulier le cas chronique de Cité Soleil, bidonville du nord de la capitale, ou des affrontements entre bandes rivales ont fait au cours de ce premier trimestre des dizaines de victimes ?
Lors d'une rencontre le 7 mars à Port-au-Prince avec le responsable des questions haïtiennes au Haut Commissariat des Droits Humains de l'ONU, Noberto Fryman, qui était en mission en Haiti, des défenseurs de droits humains et responsables de mouvements sociaux ont évoqué la crise institutionnelle qui bouleverse le pays, "livré a l'anarchie de la violence avec une complicité tacite du pouvoir en place". Ils ont manifesté la plus grande inquiétude a propos de l'évolution de la police, reprochée pour des actes arbitraires, des pratiques de corruption et sa faiblesse institutionnelle.
Comment les nouvelles autorités vont-elles aborder les questions d'impunité, de corruption et de trafic de drogue, qui n'ont pas cessé ces derniers temps de ternir l'image du pays ?
Yvon Neptune devrait aussi faire face à des pressions américaines. L'Ambassadeur des États-Unis auprès de l'Organisation des États Américains, M. Roger Noriega, a souhaité le 8 mars des changements en Haïti en matière du respect des droits humains et de la lutte contre le trafic de la drogue. Dans son rapport annuel 2001, le Département d'état avait mentionne Haïti comme un important carrefour de la drogue.
En outre les États-Unis auraient annulé une soixantaine de visas de dignitaires lavalas, selon le quotidien Le Matin. Une source contactée a l'ambassade américaine a confirmé l'annulation de plusieurs visas de responsables lavalas sans fournir des précisions sur les personnes touchées.